Réforme territoriale : le sénateur UDI Alain Chatillon dénonce le "charcutage" des départements

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Alain Chatillon
Alain Chatillon
Sénateur UDI de Haute-Garonne depuis 2008, Alain Chatillon a participé au débat sur la réforme territoriale en déposant un amendement contre la fusion Midi-Pyrénées / Languedoc-Roussillon. "À défaut", il se prononce en faveur d'une région regroupant l'Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. S'il se satisfait de la carte à 15 régions votée par le Sénat la semaine dernière, il n'en est pas moins fermement opposé à cette réforme "illogique". Interview.


Êtes-vous satisfait de la carte à 15 régions votée par le Sénat la semaine dernière ?

Cette carte est pertinente. Malheureusement, on sait que l'Assemblée nationale va suivre la position du gouvernement d'une carte à 13 régions. Le problème, c'est que cette réforme, maintes fois modifiée, est illogique. Elle marque le retour du jacobinisme. Le jacobinisme régional : on recentralise autour de grandes régions qui feront le double de superficie, sans prendre en compte les exigences de proximité et d'identité.

Lors des débats, vous avez déposé (avec les sénateurs Philippe Bonnecarrère, Pierre Médevielle et Brigitte Micouleau) un amendement contre la fusion Midi-Pyrénées / Languedoc-Roussillon, et à défaut pour un grand Sud-Ouest regroupant également l'Aquitaine, n'est-ce pas contradictoire ?

Je continue à considérer que la région Midi-Pyrénées (dont la superficie est de 2 fois ½ celle de la Belgique), qui a des finances saines et un développement équilibré pourrait se suffire à elle-même. Ceci garantirait également la proximité de la Région avec nos habitants. À défaut, à vouloir l'élargir, reprenons l'idée du Grand Sud-Ouest proposée en 1978, en faisant une grande région Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon ! Je vous rappelle que tant pour l'aéronautique que pour l'agriculture, l'agroalimentaire et l'agro-industrie, les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine sont étroitement liées.
Je suis un chef d'entreprise, je réagis de façon logique : je préfère fusionner d'abord avec la région avec qui nous partageons des complémentarités évidentes, puis avec une autre. Pas l'inverse. Par ailleurs, que l'Aude soit rattachée à Midi-Pyrénées, cela paraît logique. Mais le Gard, qui est à 70 km de Marseille, ne viendra pas à Toulouse.

Pensez-vous que les sénateurs devraient avoir le dernier mot sur la réforme territoriale ?

Oui. Nous sommes élus par nos pairs, nous sommes les représentants des territoires. Les sénateurs devraient avoir le dernier mot pour tout ce qui concerne les territoires. Ce gouvernement change de positions tous les matins sur les sujets majeurs sans vision ni même identification claires des problèmes et des solutions adéquates.

Les élections régionales ont été fixées en décembre 2015, qu'en pensez-vous ?

Je m'interroge : est-ce vraiment une bonne initiative de les fixer en décembre ? Cette période ne me paraît pas propice pour un vote important de nos concitoyens. Les gens, à cette période-là, ont d'autres préoccupations. On risque une très grande abstention, comme aux élections européennes avec la conséquence que l'on connaît (la montée du Front national), surtout si nous votons sur des grandes régions.

Et pour les cantonales, fixées en mars prochain?
4 mois avant l'échéance, on ne sait pas quelles seront les compétences et les moyens des départements, ce qui est un comble ! Je suis depuis toujours "un départementaliste" convaincu par la nécessaire proximité attendue par nos concitoyens. Par ailleurs, on va voter sur des cantons de 40 000 habitants en moyenne, ce qui va créer 2 fois plus de conseillers territoriaux à Toulouse et 2 fois moins en rural ! Était-ce bien la volonté de nos concitoyens et notamment des maires ruraux ?

Vous êtes pour le maintien des départements. Même en Haute-Garonne, où il y a une métropole ?

Justement, il serait grand temps de clarifier la situation. Il doit être confirmé que la métropole de notre département n'absorbera pas (contrairement à ce que souhaite le gouvernement) le Conseil départemental. Par ailleurs, je continue à penser, pour assurer la proximité avec les collectivités territoriales et notamment celles du rural et du périurbain, qu'il convient de maintenir les Conseils départementaux dans leurs fonctions. Je regrette la réforme des cantons qui va considérablement affaiblir les cantons ruraux au sein de l'instance départementale. Au-delà, "ce charcutage" s'imposait-il alors que l'intention du gouvernement est de supprimer les départements en 2020 ?

Comment réduire le millefeuille territorial ?

La question est comment supprimer des charges dans un système qui coûte trop cher à l'État. Je propose de modifier le statut des fonctionnaires territoriaux. Passons-les en CDI, comme dans le privé, cela traduirait ainsi une égalité souhaitée par tous.
En revanche, il ne faut absolument pas toucher au statut des fonctionnaires des ministères régaliens (éducation, santé, justice, défense etc.). De surcroît, ne pas poursuivre le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux a été une grave erreur tout autant que le refus d'augmenter la TVA qui aurait pu rapporter 40 milliards d'euros par an, dont la moitié assumée par les produits d'importations.

Il ne s'agit pas seulement de coût, mais de proximité avec les usagers...

Il faut créer un guichet unique ! Je suis à l'origine de la création de MPE en 1993, un seul service pour répondre à plusieurs questions des entreprises et qui a remplacé le Bureau régional de l'industrialisation (BRIA). Pour moi, le guichet unique doit être Midi-Pyrénées Expansion pour l'ensemble de la région et devenir l'interlocuteur privilégié des entreprises, ce serait une belle simplification souhaitée par tous.
L'ancien maire de Toulouse, il y a 3 ans, a recréé une agence de développement de la métropole ! Ne devons-nous pas au contraire, irriguer économiquement l'ensemble de la Haute-Garonne plutôt que de continuer à concentrer les activités économiques sur Toulouse ?
Je salue par ailleurs la volonté de Martin Malvy de rapprocher MPI de MPE.

Concernant le dossier Sivens, êtes-vous pour la poursuite des travaux ?
Oui. Il y avait 2,2 millions d'agriculteurs et éleveurs en 1980 il n'y en a plus que 435 000 30 ans plus tard ! Veut-on leur disparition ? Les besoins en eau avec une climatologie proche du semi-tropical vont devenir majeurs. De plus, dès l'instant où l'ensemble des élus du Conseil général du Tarn ont validé cet investissement tout autant que la population locale, je comprends mal la position de l'État sous la pression "d'agitateurs" venus le plus souvent de l'extérieur de ce département.
Je rappelle que depuis 1993, la Région avait accompagné le développement de réserves en eau dans les Pyrénées, ce dossier n'est toujours pas validé à ce jour ! Et pourtant, tant pour la population que pour l'agriculture et la régulation des eaux de la Garonne, ces investissements m'apparaissent fondamentaux et urgents.

 ©photo Rémi Benoit

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