Toulouse : l'affaire Sophia Belkacem en quatre questions

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Dans le cadre de son mandat, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales (deuxième en partant de la gauche) était notamment présente aux côtés du ministre du Logement, Julien Denormandie, lors de son déplacement à Toulouse le 8 avril.
Dans le cadre de son mandat, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales (deuxième en partant de la gauche) était notamment présente aux côtés du ministre du Logement, Julien Denormandie, lors de son déplacement à Toulouse le 8 avril. (Crédits : Rémi Benoit)
Depuis quelques jours, le Capitole est secoué en raison des agissements peu déontologiques d'une élue démissionnaire, dans le cadre de l'appel à projets Dessine-moi Toulouse. Adjointe au maire en charge des cultures urbaines et maire de quartier jusqu'au début du mois de juillet, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales a dévoilé à un promoteur immobilier les propos tenus dans le cadre des délibérations du concours alors qu'il était en course sur un site. Pour comprendre la polémique et ses conséquences, voici un décryptage en quatre questions de ce dossier à neuf mois des élections municipales.

Qui est Sophia Belkacem-Gonzales de Canales ?

Grâce à son jeune âge, elle représentait une nouvelle génération d'élus locaux à son arrivée au Capitole en 2014, lors de l'élection de Jean-Luc Moudenc suite à sa victoire aux élections municipales à Toulouse face au maire sortant, Pierre Cohen (PS). Dès lors, la jeune élue, en plus d'être maire des quartiers Saint-Michel, Empalot, Saint-Agne, Busca, est nommée adjointe au maire en charge des cultures urbaines et des relations avec les clubs sportifs. Des fonctions qu'elle occupera jusqu'au 28 juin, date de sa démission surprise, à neuf mois des prochaines élections municipales.

"Après cinq années à œuvrer comme élue municipale et métropolitaine au service des Toulousains dans l'équipe de Jean-Luc Moudenc, j'ai résolu de me consacrer pleinement à ma vie professionnelle, qui a pris récemment un nouvel élan, et à ma vie familiale (...) Depuis mon élection, je me suis mariée, puis j'ai eu deux enfants, aujourd'hui âgés à peine de 1 an et 2 ans et demi, tout en débutant dans le métier d'avocate. Tout cela prend du temps et demande une implication qui ne peut se faire dans la demi-mesure. Tout concilier devenait objectivement impossible", a-t-elle expliqué dans un communiqué.

Effectivement, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales a ouvert son propre cabinet, et se présente comme une avocate spécialiste  des droits de l'immobilier, de la famille, des personnes et de leur patrimoine et du droit routier. Après sa démission, elle vient donc d'être remplacée aux cultures urbaines par Françoise Ampoulange et Laurence Arribagé reprend la mission des relations avec les clubs sportifs.

Qu'est-ce-qui a déclenché l'affaire ?

"Je ne peux que comprendre et respecter les raisons personnelles qui amènent aujourd'hui Sophia Belkacem-Gonzalez de Canales à quitter ses fonctions électives, en gardant toute ma confiance. Exercer un mandat n'est jamais chose aisée - n'en déplaise à certains esprits idéalistes - lorsque vous devez sacrifier soirées, samedis et dimanches pour l'intérêt général et au détriment de votre vie familiale ou professionnelle. Parvenir à tout concilier est parfois impossible et le sacrifice attendu par l'action publique parfois trop grand par rapport à ce que l'on peut donner", avait alors réagi à son tour dans un communiqué datant du 2 juillet, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.

Oui, mais la raison du surmenage ne pourrait être finalement qu'une simple couverture. La veille de la démission de la désormais ex-élue, Jean-Christophe Rivière, un ancien cadre du groupe immobilier Angelotti publie sur le réseau social Twitter des captures d'écran d'échanges par SMS entre Sophia Belkacem-Gonzales de Canales et Yohann Moreau, le président de la société Moreau Investissement, partenaire de la société Angelotti dans le cadre de l'appel à projets Dessine-moi Toulouse.

Une partie des SMS dévoilés par Jean-Christophe Rivière, qui est en train d'écrire un livre "Immobilier, on ne construit pas sans la vertu", qui dévoilera en septembre les pratiques dans le secteur entre les élus d'Occitanie et les promoteurs.

Au cours de cette discussion datant du 20 février, il ne fait aucun doute que l'élue en question partage le déroulement de la délibération du jury du concours à son interlocuteur pour le site sur lequel il candidate. De plus, il semble qu'en regardant l'ensemble de la discussion, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales œuvre en coulisses pour que le projet de son ami soit retenu face à ses concurrents. Sollicité par France 3 suite à ses révélations, le Capitole "fait savoir que M. le Maire condamne avec fermeté le comportement en question, alors que l'intéressée "plaide la naïveté". Son lien d'amitié avec Monsieur Moreau l'a poussée à commettre une faute, certes ponctuelle mais néanmoins éthiquement inacceptable".

Qu'est-ce-que le concours Dessine-moi Toulouse ?

À l'occasion des 3èmes Assises du développement économique de Toulouse Métropole en fin d'année 2017, son président, Jean-Luc Moudenc, annonçait la tenue prochaine d'un concours devant favoriser l'aménagement des réserves foncières de l'agglomération toulousaine à vocation économique. Ce concours deviendra quelques mois plus tard "Dessine-moi Toulouse" et la collectivité dévoilera en mai 2018 la vingtaine de sites toulousains qui feront l'objet de cette méthode innovante.

Parmi eux, le site au cœur de la polémique : Les cales de Radoub des Demoiselles. Ce site de 25 000 m2, propriété de Voix Navigables de France (VNF, notamment en charge de la restauration des berges du Canal du Midi) est un site du XIXe siècle, connu pour être un site d'entretien des péniches. En mettant le site dans le concours, le but de Toulouse Métropole et de VNF était de le faire rénover, tout en lui faisant conserver son aspect architecturale historique et son lien avec des activités en lien avec la navigation fluviale.

Les cales de Radoub des Demoiselles

Quelles sont les conséquences ?

Néanmoins, les agissements de l'élue toulousaine n'ont eu aucune incidence sur le concours d'urbanisme. Alors que Toulouse Métropole a dévoilé lors du dernier Mipim de Cannes, le 13 mars, les lauréats de Dessine-moi Toulouse, aucun vainqueur n'a été désigné pour le site de VNF. L'organisme public n'a pour le moment retenu aucun des projets qui lui a été proposé et se laisse le temps de la réflexion.

Lire aussi : Dessine-moi Toulouse : qui sont les 15 lauréats ?

Si sur le concours en lui-même les conséquences semblent nulles, de son côté, Sophia Belkacem-Gonzales de Canales, qui a été contactée par des médias locaux, dit que sa démission n'a pas été poussée par cette affaire. Par contre, sur le plan politique, ce comportement risque de mettre en difficulté Jean-Luc Moudenc qui, même sans être encore candidat déclaré aux élections municipales de mars 2020, semble avoir lancé sa campagne.

Antoine Maurice, élu d'opposition au conseil municipal et président de groupe Toulouse Vert Demain, vient de demander officiellement au maire de Toulouse de saisir la Chambre régionale des comptes. Il veut ainsi que l'organisme réalise un audit sur "la commission d'appel d'offres, et notamment des marchés de travaux à bons de commande, particulièrement sujets aux dérives constatées". Jean-Luc Moudenc n'a pas encore fait part publiquement de sa réponse à cette demande.

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