Cancer : Toulouse et Montpellier en lice pour un équipement à 40 millions d'euros

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Un scanner de l'Oncopole de Toulouse.
Un scanner de l'Oncopole de Toulouse. (Crédits : Rémi Benoit)
Qui de Toulouse ou de Montpellier aura son centre de protonthérapie ? Technique encore très rare en France, la protonthérapie permet de soigner de manière plus ciblée certains cancers, notamment chez l'enfant. Dans le cadre du dernier plan Cancer, l'État veut en développer l'usage sur le territoire et une ville du Grand Sud sera sélectionnée pour développer cette technique de pointe. À Toulouse comme à Montpellier, élus et médecins se mobilisent pour défendre un investissement à 40 millions d'euros.

Officiellement, il n'existe aucune compétition entre Toulouse et Montpellier. Pourtant, en coulisses, les deux métropoles de la future grande région bataillent pour accueillir dans leur ville une technique de pointe pour lutter contre le cancer : la protonthérapie. Découverte dans les années 20, la protonthérapie est une forme de radiothérapie qui agit de manière très ciblée sur les tissus cancéreux et limite les effets secondaires des radiations. "Elle permet de réduire les risques de cancers secondaires et de ne pas toucher les tissus sains", précise le Montpelliérain David Azria, président du groupe de recherche en radiothérapie oncologique d'Unicancer. Une technique particulièrement adaptée pour les cancers de l'enfant.

Un concours pour départager les villes candidates

Mais son coût se révèle environ 10 fois plus élevé que les formes plus conventionnelles de radiothérapie. Du coup, cette technique reste très peu développée. En 2010, on comptait seulement une cinquantaine de centres de protonthérapie à travers le monde, le plus grand nombre étant aux États-Unis, au Japon et en Europe. En France, seules les villes de Paris et de Nice disposent d'équipements adaptés. Au moment du lancement du plan cancer 2014-2019 l'an dernier, le gouvernement affiche sa volonté d'implanter 5 à 6 centres supplémentaires en France et notamment un dans le Grand Sud. L'Institut national du cancer a même prévu de lancer un concours avec un jury international pour départager les villes candidates. Depuis, à Toulouse comme à Montpellier, élus et médecins se mobilisent pour défendre chacun leur projet devant l'État.

Un usage pour la santé mais aussi l'aéronautique et le spatial

Côté toulousain, le projet baptisé Périclès est porté par Jacques Léglise, directeur du CHU et le professeur Michel Attal, directeur général de l'Institut universitaire du cancer Oncopole. Il prévoit un investissement de 54 millions d'euros pour implanter ce centre au cœur de l'Oncopole. "Les deux équipements de protonthérapie représentent un coût de 36 millions d'euros auquel il faut ajouter une quinzaine de millions d'euros pour construire un bunker pour accueillir les appareils", explique Daniel Rougé, vice-président de Toulouse Métropole et adjoint au maire en charge de l'Oncopole.

Quels sont les atouts de Toulouse face aux autres villes concurrentes ?

"L'un des atouts majeurs est que le centre sera placé à l'IUCT-Oncopole, c'est-à-dire dans un environnement scientifique reconnu internationalement comme exceptionnel. Il viendra compléter l'offre et le tissu de compétences d'un campus d'excellence où travaillent des spécialistes en radiothérapie parmi les meilleurs en France. En outre, ce centre répondra à l'enjeu fondamental d'une plus grande égalité d'accès aux soins de protonthérapie pour les patients du grand Sud-Ouest, dépourvu actuellement de cette offre médicale. Il aura une position d'équilibre non seulement au niveau national mais aussi à l'échelle européenne", répond l'élu.

Mais Toulouse compte surtout sur sa position de leader dans le secteur des systèmes embarqués au sein du pôle de compétitivité Aerospace Valley. En effet, au-delà du cancer, les protons sont aussi très utiles pour l'aéronautique et le spatial :

"Les avions ou les fusées voient leurs matériaux détruits à haute altitude à cause des protons. Les industriels pourront les utiliser pour tester des matériaux différents, bombarder les matériaux de protons et voir leur résistance, faire des études en situation, poursuit Daniel Rougé. L'intérêt de ce projet est de ne pas se limiter à des applications sur la santé et d'en faire également un outil de recherche en matière médicale et industrielle."

Alors, la mobilisation s'organise parmi les élus, les médecins et les industriels : "Nous avons déjà fédéré un réseau d'une dizaine d'entreprises autour du projet. Une soirée est prévue le 8 octobre prochain avec des industriels qui soutiennent le projet", précise Christophe Cazaux, à la tête de la Fondation Toulouse Cancer Santé. Un autre événement de soutien sera également organisé le 8 juillet, à l'initiative notamment de Christian Desmoulins, président des conseils d'administration de deux filiales du groupe Actia, spécialisé dans les systèmes électroniques.

Montpellier veut rester pionnière sur le traitement du cancer

Côté montpelliérain, un projet de 40 millions d'euros a été déjà présenté début avril devant l'État. La capitale de la région Languedoc-Roussillon met en avant ses multiples innovations en matière de traitement du cancer.

"L'institut du cancer de Montpellier a accueilli en 1995 le premier scanner dédié à la radiothérapie en France puis, en 2001, la première IMRT de l'Hexagone. Accueillir un centre de protonthérapie permettra à Montpellier de conserver son avance", espère David Azria.

Autre atout, pour le professeur :

"La protonthérapie est inscrite depuis 2011 dans le projet médico-scientifique de l'Institut du Cancer de Montpellier (ICM). Et l'institut dispose de partenaires historiques : Marseille au sein du pôle de compétitivité EurobioMed et Barcelone en tant que ville jumelée depuis 1963."

Montpellier compte ainsi proposer un projet axé autour de trois villes. La métropole a également déjà réfléchi à des applications en dehors du traitement du cancer. Comme à Toulouse, la ville compte s'appuyer le centre spatial universitaire et la branche aérospatiale d'Airbus dans la ville pour réaliser des tests sur les satellites. Côté biologie, deux projets soutenus par des startups sont à l'étude avec, par exemple, l'identification des patients à risque de séquelle sous radiothérapie conventionnelle et qui pourraient donc être des candidats au traitement de protonthérapie.

Une chose est sûre, la ville qui disposera de son centre de protonthérapie gagnera en visibilité. "Ce projet peut renforcer l'attractivité médicale et scientifique de l'Oncopole avec le recours à des techniques que l'on ne retrouve pas ailleurs", pointe Daniel Rougé, l'élu toulousain. La balle est désormais dans le camp de l'État pour désigner la ville du Grand Sud la mieux placée pour accueillir une telle technologie. Selon certains proches du dossier, Montpellier serait favorite, l'État souhaitant rétablir un équilibre des forces entre les deux métropoles en vue de la fusion des régions...

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Commentaires
a écrit le 29/10/2015 à 21:27 :
Admettons que l'état souhaite en implanter 6 en plus de Nice et Paris (comme dit dans l'article), Je verrai ces 6 autres centres à Bordeaux, Montpellier, Rennes, Lille, Nancy et Lyon. Pour bien couvrir le territoire
a écrit le 24/10/2015 à 13:06 :
Pourquoi ne pas rapprocher ce 3ème centre des patients ? Bordeaux sera alors bien plus pertinent que l'une des métropoles de LRMP.
a écrit le 23/06/2015 à 22:44 :
Les arguments de Montpellier sont bien pauvres pour avoir cet équipement.

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