Pourquoi la Région Occitanie mise sur la filière hydrogène

La région Occitanie souhaite devenir un territoire à énergie positive à l'horizon 2050. Pour y parvenir, elle mène une politique ambitieuse en matière d'énergies renouvelables. Et mise, en parallèle, sur la filière hydrogène au travers d'une stratégie régionale.

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La Région a mis l'accent sur la mobilité pour valoriser la filière hydrogène
La Région a mis l'accent sur la mobilité pour valoriser la filière hydrogène (Crédits : Seiya Consulting)

Fortement engagée sur la question du développement durable, la Région Occitanie s'est penchée sur la filière hydrogène, également mise en avant par Ségolène Royal dans le cadre de l'appel à projets "Territoires Hydrogène" lancé en 2015, lors de son passage au ministère de l'Environnement. Présenté comme un vecteur énergétique à fort potentiel avec de multiples applications, l'hydrogène pourrait se révéler un élément essentiel dans la transition énergétique.

"Le changement climatique est l'affaire de tous. Dans le cadre de notre politique volontariste en matière énergétique, je souhaite faire d'Occitanie la première région européenne à énergie positive, d'ici 2050. Pour répondre à ce double pari de la transition énergétique et de l'innovation, je souhaite m'appuyer notamment sur la filière hydrogène", déclarait ainsi Carole Delga lors de la présentation de l'étude stratégique pilotée par Madeeli et financée par la Région et l'Ademe.

Menée par Seiya Consulting, cette étude a révélé de nombreux atouts dans la région. L'Occitanie possède en effet un historique fort en matière d'hydrogène. "Cela fait plusieurs années que des projets étaient développés, notamment dans le Tarn et l'Aveyron, au-delà de toute stratégie régionale : Vabhyogaz, Eveer Hy Pôle... Il y avait une demande de ces territoires pour que la région s'engage de façon plus claire sur cette filière", souligne Bertrand Chauvet, président du cabinet.

D'abord circonscrite au territoire de l'ex-Midi-Pyrénées, l'étude a rapidement été redimensionnée à l'échelle de la nouvelle région. Au-delà de ces projets peu médiatisés et isolés dans un écosystème qui n'était pas consolidé, la Région s'est posée la question de la pertinence d'un engagement fort dans cette filière, alors que la région Rhône-Alpes disposait d'une vraie légitimité industrielle en la matière.

"Nous avons effectué une enquête de terrain auprès des industriels, des collectivités, des PME-PMI, des laboratoires, détaille Bertrand Chauvet. Nous avons eu une centaine de retours qui nous ont permis de voir qu'il existait des projets industriels plus ou moins confidentiels. Nous sommes partis des territoires pour déterminer des axes de développement."

Des industriels majeurs comme Safran faisaient des développements à base de piles à hydrogène pour l'aéronautique. Safran Power Unit a ainsi rassemblé toutes ces équipes à Toulouse. À Tarbes, Alstom travaille sur l'assemblage de bloc de propulsion hybride de train.

"Pour nous, il s'agissait d'avoir une cartographie précise des compétences en région, explique Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région en charge du Développement économique. Nous avons constaté qu'il y avait un schéma cohérent, avec des compétences académiques, mais aussi des compétences au niveau industriel."

Deux types d'application

Aujourd'hui, du point de vue énergétique, deux typologies de marché se dégagent autour de la filière hydrogène : les applications stationnaires et la mobilité. "On peut par exemple utiliser l'hydrogène pour rendre des sites totalement autonomes. C'est le cas d'un refuge dans la Vanoise. Le gros avantage de l'hydrogène, c'est qu'on peut le stocker indéfiniment", avance Bertrand Chauvet. Selon lui, une pile à hydrogène fournit de l'électricité et de la chaleur en quantité égale.

Concernant la mobilité, l'utilisation de l'hydrogène est soumise à deux contraintes : la présence d'un hydrogène bon marché et d'un hydrogène vert. En Aveyron, la société Braley, spécialiste de la valorisation des déchets, a installé en février 2016 la première station française de production et de distribution d'hydrogène par électrolyse. Dans le Tarn, c'est le projet Vabhyogaz, mené par un syndicat de valorisation des déchets Trifyl et coordonné par la Sem Eveer'Hy'Pôle, qui a placé l'Occitanie sur la carte de l'innovation en matière d'hydrogène. Il y a un an, la première station française de distribution d'hydrogène vert issu du biogaz des déchets a ainsi été inaugurée.

Forte de ces atouts, la région a fait le choix de mettre l'accent sur la mobilité pour exploiter la filière hydrogène. "Si nous voulions faire partager l'intérêt de la filière hydrogène, il nous fallait une thématique. La mobilité est celle qui nous est apparue la plus pertinente", analyse Nadia Pellefigue, présidente déléguée de Madeeli.

Quatre piliers différenciants

À partir des éléments repérés par l'étude stratégique, quatre piliers différenciants ont été mis en avant dans la région autour de la filière hydrogène :

  • Le stockage des énergies renouvelables
  • L'économie du tourisme
  • Le biogaz
  • L'écosystème aéroportuaire

En plein appel à projets "Territoires Hydrogène", l'occasion est trop belle. Avec de nombreux acteurs intéressés par le stockage des énergies renouvelables, la volonté de développer un tourisme durable au travers de nouvelles offres, l'existence de projets industriels ou de recherche autour du biogaz et la valorisation des aéroports régionaux dans, l'Occitanie se positionne. C'est ainsi que naît le métaprojet HyPort, qui s'inscrit de surcroît dans la loi de Transition énergétique qui vise à réduire les gaz à effets de serre.

En novembre 2016, grâce à ce projet, la région Occitanie est labellisée "Territoires hydrogène". L'objectif d'HyPort est de mettre en évidence le potentiel des zones aéroportuaires comme écosystèmes pertinents pour accélérer le développement d'une économie de l'hydrogène.

"C'est un dossier extrêmement cohérent. Il existe un écosystème complet, qui englobe toute la chaîne de valeur, où l'innovation est centrale, pointe Bertrand Chauvet, président de Siya Consulting. C'est une façon de mettre en œuvre la stratégie régionale. Les aéroports sont aussi des nœuds de communication et de transport stratégiques pour le maillage territorial. Cela va permettre de reconnecter les projets déconnectés."

Développer un projet structurant

Les aéroports de Toulouse-Blagnac et de Tarbes-Lourdes-Pyrénées ont été ciblés pour lancer HyPort. L'ambition du projet est de développer une activité de recherche, industrielle et économique autour de l'hydrogène. À partir de ces deux sites, la Région souhaite renforcer le développement des trois autres piliers identifiés par l'étude stratégique : le tourisme vert, le bio-hydrogène et le développement des énergies renouvelables à travers le stockage de l'énergie. "Il y a une vraie demande pour des offres touristiques vertes, remarque Bertrand Chauvet. À Montpellier par exemple, Discover France met 600 vélos électriques à proximité de l'aéroport." Si le modèle est validé, il pourra être répliqué sur d'autres sites (aéro)portuaires.

"Le but est de faire émerger des projets structurants. L'hydrogène est mis en avant pour les gains environnementaux et les gains de compétitivité qu'il permet mais aussi pour ses capacités de stockage. À nous de le démontrer. C'est tout l'objet du projet HyPort", insiste Nadia Pellefigue.

Pour cela, la région souhaite mobiliser les acteurs publics et privés en cohérence avec le tissu industriel et l'ambition de territoire à énergie positive. Parmi les entreprises impliquées dans le projet HyPort, la société grenobloise Symbio, l'un des spécialistes européens des solutions de mobilité à hydrogène. Pour Pierre-Yves Le Berre, vice-président de l'entreprise, "le projet Occitanie est très intéressant car il offre toute latitude pour proposer de nouvelles choses. Nous aurons beaucoup de données ce qui permettra de créer de nouveaux services." Il souligne la tradition d'innovation de Toulouse et de sa région et insiste sur le fait que le modèle pourra être répliquer en s'adaptant aux spécificités locales.

Capable d'équiper des véhicules en série avec la pile à combustible hydrogène qu'elle a conçue, Symbio souhaite profiter de son implication dans le projet régional pour poursuivre le développement de ses technologies. "Nous allons tester un concept de taxi véhicule utilitaire propre", explique-t-il par exemple.

Malgré la volonté de la région et l'enthousiasme de nombreux industriels, tout le monde n'est pas convaincu par l'intérêt de l'hydrogène, tout du moins à court terme. Ancien directeur général du groupe Actia, Christian Desmoulins reconnaît que "l'hydrogène est scientifiquement parfait, il ne produit pas de gaz carbonique. En revanche, techniquement, c'est d'une grande complexité. Le stockage de l'hydrogène pose problème. Il ne peut pas être stocké ni transiter dans des contenants métalliques car, en cas d'explosion, le bruit sera trop fort. Ensuite, l'une des manières de fabriquer l'hydrogène est à partir de l'électricité, par électrolyse de l'eau. On utilise donc de l'électricité avant de produire l'hydrogène." Pour que l'hydrogène soit une source énergie totalement propre, il faudrait par conséquent que l'électricité utilisée proviennent d'énergies renouvelables. C'est justement l'une des stratégies de la Région dans son ambition d'être un territoire à énergie positive à horizon 2050.

Directeur Régional Nord Midi-Pyrénées et Lozère chez Enedis, Matthieu Casaux rappelle de son côté que la filière hydrogène "est en cours d'acquisition de maturité". Pour le fournisseur d'électricité, l'émergence de cette solution entraîne de nombreux challenges. "Nous sommes obligés d'anticiper pour accompagner les mouvements innovants. L'Occitanie est le terrain idéal pour les énergies renouvelables. Le potentiel est là et la volonté politique est forte. Cela doit permettre, à travers la transition énergétique, de développer une véritable filière industrielle de l'hydrogène", prédit Matthieu Casaux. Preuve de la volonté d'Enedis de s'engager dans cette démarche, la société va se doter d'une Kangoo électrique équipée d'une pile à hydrogène "pour offrir des débouchés en local à la société Braley.

Dans le cadre du projet Smart Occitania, Enedis va par ailleurs mesurer la valeur ajoutée de l'hydrogène pour le réseau et son utilité dans le développement des énergies renouvelables. Mais l'ambition régionale concernant l'hydrogène va plus loin. Un véritable corridor hydrogène Rodez-Saragosse doit être mis en place avec l'installation de stations hydrogènes afin de ne pas se limiter à des flottes de véhicules captives.

"Nous voulons nous positionner comme un territoire pilote au niveau français et européen, conclut Nadia Pellefigue. Il y a une logique de marketing territorial et nous voulons créer une identité autour de l'hydrogène."

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