Salaires et dialogue social : les revendications des grévistes chez Latécoère

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130 salariés (sur 1000) sont en grève à l'appel de la CGT
130 salariés (sur 1000) sont en grève à l'appel de la CGT
Environ 130 salariés de l'équipementier aéronautique Latécoère (sur 1 000) sont en grève depuis mercredi 9 décembre à l'appel de la CGT. Ils dénoncent le gel des salaires et la dégradation du dialogue social depuis l'arrivée au capital de fonds d'investissements américains. La direction se dit prête à ouvrir les négociations 2016 dès le mois de janvier.

"Le feu couvait depuis des années, il vient de prendre." Dans un communiqué de presse en date de ce jeudi 10 décembre, la CGT (syndicat minoritaire chez Latécoère), indique pourquoi environ 130 salariés de l'équipementier aéronautique toulousain sont en grève depuis hier. Au-delà des revendications salariales, les difficultés de l'entreprise depuis plus de 10 ans, ainsi que la récente restructuration du capital, inquiètent les salariés.

"Nous sommes inquiets pour nos salaires, pour nos carrières, pour nos conditions de travail", explique Richard Ferrasse, secrétaire syndical CGT chez Latécoère.

Lire aussi : Aéronautique : pour réduire sa dette, Latécoère annonce deux augmentations de capital

Gel des salaires

En 2015, tous les salaires ont été gelés, ce que n'accepte pas la CGT. "Ce que nous voulons, c'est la réouverture des négociations sur la base d'une augmentation générale de 50 euros", indique Richard Ferrasse.

"Chez Latécoère, un ouvrier qualifié avec 10 ans d'ancienneté gagne péniblement 1 400 euros nets par mois, c'est indécent. Fin de la politique d'alignement salarial sur Airbus, deux gels des salaires en cinq ans, pas de prime de participation depuis Mathusalem, peu de promotions : nous sommes au pain sec."

Dans l'entourage de la direction, on justifie ce gel des salaires par les difficultés de l'entreprise :

"Latécoère a vécu des années très difficiles et il est vrai qu'en 2015, les salaires de tous les collaborateurs ont été gelés. Mais il faut savoir que, jusque là, les salaires augmentaient de 2,5 à 3 % chaque année, ce qui est supérieur à la moyenne de ce qui se pratique dans l'aéronautique."

La direction propose ainsi d'avancer la date des négociations 2016 : "La CGT exige une négociation immédiate sur les salaires. La direction a indiqué qu'elle est prête à ouvrir les négociations salariales et à les anticiper, en les ouvrant en janvier 2016 au lieu d'avril."

Pas de quoi rassurer Richard Ferrasse, de la CGT : "ouvrir les négociations, ça ne veut pas dire le non-gel des salaires. L'année dernière les négociations n'ont rien donné. Je préviens : ces négociations salariales vont être très rudes."

Une augmentation pour les patrons ?

Autre motif de colère : certaines décisions prises par les nouveaux actionnaires de Latécoère, les fonds Apollo Management et Monarch Capital (entrés au capital l'été dernier) :

"Les premières décisions de nos tout nouveaux actionnaires - au premier rang desquels les fonds d'investissement anglo-saxons Apollo et Monarch - ne sont pas étrangères à cet embrasement : augmentation substantielle de la rémunération des membres du conseil d'administration (dont M. Gadonneix est le président et un des heureux bénéficiaires desdites augmentations) et attribution d'actions gratuites au management du groupe pour un montant total, au cours actuel de l'action, voisin de 10 millions d'euros", dénonce la CGT.

"Ces décisions calamiteuses ont été prises alors que les salaires ont été gelés cette année ; alors que tous les objectifs industriels ont été atteints ; alors que la direction n'a de cesse de louer les efforts et la performance des salariés et alors que la situation financière du groupe est assainie."

Sur ce point, la direction ne souhaite pas réagir, assurant que l'ouverture des négociations salariales "est la priorité".

Lire aussi : Latécoère : les fonds Monarch et Apollo entrent au capital de l'équipementier aéronautique

L'inquiétude des salariés

Selon le secrétaire CGT, la grève entamée cette semaine n'est pas simplement liée aux rémunérations. Il dénonce avant tout un climat anxiogène, notamment dû aux délocalisations (Latécoère vient de poser la première pierre d'une nouvelle usine au Maroc) :

"Depuis longtemps déjà, nos ateliers se vident de leurs ouvriers : 176 fin 2009, 127 au 30 septembre 2015. Dans le même temps, l'activité et le chiffre d'affaires (650 millions d'euros pour le groupe en 2015) ont explosé, mais c'est désormais aux quatre coins du tiers monde - au Mexique depuis peu, au Maroc bientôt, en Moldavie peut-être - que cette activité se fait. Fait nouveau, les bureaux aussi se vident et les cols blancs aussi s'inquiètent. Le ralentissement brutal et durable des activités d'étude - pas de nouvel avion à développer avant 10 ou 15 ans - ne manque pas d'interroger cruellement nos collègues ingénieurs et techniciens de bureau d'étude quant à leur avenir."

Si les salariés reconnaissent que l'arrivée des fonds américains a permis d'assainir la situation du groupe d'un point de vue comptable, le bilan social et humain dressé par la CGT n'est pas positif :

"Dialogue social bafoué, multiplication des sanctions disciplinaires, management par objectifs déshumanisant, incitations appuyées à la "mobilité" : le vieux modèle paternaliste - qui n'était pas tendre et pour lequel nous n'avons aucune nostalgie - a été bousculé dans le sens du pire."

Un déménagement ?

L'usine vieillissante de la rue Périole va-t-elle déménager ? Depuis plusieurs années, cette hypothèse est évoquée sans qu'elle ne se soit jamais concrétisée. Mais cette fois, Richard Ferrasses est méfiant :

"Ce site en plein cœur de ville a une valeur non négligeable. Nous sommes entre les mains de fonds d'investissement qui vont vouloir retomber sur leurs pattes en cas de difficulté. Rien de plus facile pour eux de vendre le site et de faire une usine plus petite un peu plus loin. C'est leur métier."

La CGT redoute aussi la vente de la filiale Latelec, basée à Labège. À noter que cette grève dans les ateliers de Latécoère arrive au moment où les dernières livraisons de l'année (de portes d'avions) sont effectuées, pour Airbus et Boeing. Une façon de mettre la pression sur la direction.

Le représentant du syndicat FO, syndicat majoritaire, n'était pas joignable à l'heure où nous publions cet article. Les prochaines élections professionnelles auront lieu en mars prochain.

Lire aussi : Aéronautique : Latécoère vise le retour à une trésorerie positive début 2017

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Commentaires
a écrit le 12/04/2016 à 21:25 :
Depuis cet article, les salariés ont envoyés un signe fort à la direction en plaçant la CGT et Mr Ferrasse à la tête du CE de l entreprise reine du groupe !
On espère voir la direction prendre position sur la rémunération patronale et les dividendes aux actionnaires!

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