Aéronautique : le fabricant de rivets AHG veut devenir n°1 français de la production de masques

Ateliers de la Haute-Garonne, entreprise aéronautique toulousaine centenaire et spécialisée dans la production de rivets, a réussi en l'espace d'un an son pari de devenir un fabricant majeur de masques en France. Depuis son usine en Ariège, elle approche à grands pas de la barre des 30 millions de masques chirurgicaux et FFP2 produits par mois. Mais la société ne s'arrête pas là et élabore désormais la couche filtrante, les élastiques et la barrette nasale des masques. Avec l'ambition de devenir à terme compétitif y compris avec les produits chinois. Un exemple salué par la ministre de l'Industrie en déplacement dans l'usine qui avance des pistes pour pérenniser cette filière industrielle hexagonale.

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AHG Médical va bientôt atteindre 30 millions de masques produits par mois dans son usine en Ariège.
AHG Médical va bientôt atteindre 30 millions de masques produits par mois dans son usine en Ariège. (Crédits : Rémi Benoit)

"J'ai vu les machines sortir de cette usine. Cela fait du bien d'en voir de nouvelles arriver", se réjouit Eric Lassus. Ce coordinateur de maintenance travaillait il y a encore quelques mois sur une ligne de production de pièces aéronautiques de la société MKAD. Mais le sous-traitant ariégeois s'est trouvé en grandes difficultés avec l'effondrement des cadences de production du secteur dans le sillage de la crise sanitaire. Début 2021, Ateliers de la Haute-Garonne, entreprise aéronautique toulousaine centenaire et spécialisée dans la production de rivets, a repris l'usine pour la transformer en site de production de masques.

"Fabriquer des rivets et des masques chirurgicaux, c'est le même métier. Il faut produire en de très gros volumes. Nous avons réalisé 1,3 milliard de fixations aéronautiques en 2019. Sur les deux marchés, il y a très peu de marge. Sur l'aéronautique, nous avons vendu des rivets dans 45 pays. Cela veut dire que nous avons réussi à être compétitif y compris en Chine. Le challenge c'est d'en faire de même pour les masques", lance Stéphane Auriol, l'un des quatre dirigeants du groupe AHG.

90% du masque made in Ariège

Pour être compétitif, AHG mise "sur une intégration verticale de la production", autrement dit la fabrication d'un maximum d'éléments du masque sur place. Le groupe fait partie des 11 projets sélectionnés en France (et le seul pour le grand Sud-Ouest) dans le cadre d'un appel à manifestation d'intérêt (AMI) gouvernemental pour produire le meltblown. Ce matériau textile non tissé, qui est au cœur du filtre des masques chirurgicaux et FFP2, n'était pas élaboré en France et devait être importé par les fabricants de masques depuis la Turquie ou la Chine.

AHG MASQUES

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Une gigantesque machine sert à produire le meltblown des masques (Crédits : Rémi Benoit).

Pour le produire, une gigantesque machine culminant à dix mètres de hauteur et qui a demandé 7,4 millions d'euros d'investissements a fait irruption dans l'usine. "Nous achetons auprès de fournisseurs européens des granulés de polypropylène et la machine va chauffer ces granulés, les extruder et les rendre liquides pour réaliser la couche centrale de filtration du masque", décrit Olivier Martin, responsable du site. La société ne s'arrête pas là.

"Nous avons un équipement qui nous permet de faire des élastiques des masques et nous attendons une dizaine de machines supplémentaires dans les prochains mois. Nous allons aussi recevoir un engin pour élaborer la barrette nasale. Cela veut dire que dans cette usine de Varilhes en Ariège, nous aurons plus de 90% des produits qui permettent de fabriquer un masque. Il nous manquera juste le tissu extérieur et celui qui est placé contre le visage. Pour l'instant, ce n'est pas prévu de le fabriquer sur place", informe Stéphane Auriol.

30 millions de masques par mois

Au total, AHG a investi 20 millions d'euros (dont 3,5 millions pris en charge par l'État dans le cadre de l'AMI et 2,5 millions de soutien financier de la région Occitanie) pour l'achat de l'usine et l'investissement dans les équipements. Pour la production de masques en tant que telle, AHG dispose d'une trentaine de machines qui fournissent chacune 60 masques à la minute. La société est en train d'installer un équipement haute performance "qui fait 20 mètres de long, 40 tonnes et 600 masques à la minute".

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AHG a investi 20 millions d'euros dans cette usine (Crédits : Rémi Benoit).

La production est quasiment entièrement automatisée. Elle emploie tout de même 150 personnes dont 50 salariés et 100 intérimaires chargés de conditionner les masques par paquets de cinq ou de 25. Une demi-douzaine d'anciens salariés de MKAD (qui comptait 40 salariés) ont été repris pour la nouvelle activité de l'usine (les autres ont pratiquement tous été déjà reclassés). 

Aujourd'hui, la filiale AHG Medical dont les masques sont commercialisés sous le nom Auriol Masques produit 15 millions de masques par mois mais dès la fin mars les dirigeants espèrent atteindre le rythme de croisière fixé à 30 millions d'unités mensuelles. Du côté du meltblown, 1,5 million de m2 par mois seront atteints d'ici la fin 2022. Pour le moment, les masques sont vendus principalement en B2B auprès d'industriels (Airbus, Naval Group) mais aussi des acteurs de la santé (CHU de Toulouse, Clinique Pasteur et de nombreuses pharmacies).

MASQUES FFP2

Les ventes de FFP2 ont explosé depuis la mi-décembre (Crédits : Rémi Benoit).

L'activité est surtout dédiée aux masques chirurgicaux même si depuis la mi-décembre et l'annonce de la vague Omicron AHG a vu la demande de masques FFP2 être multipliée par dix. La vente de masques a déjà généré 10 millions d'euros de revenus et devrait culminer à plus de 20 millions dès cette année. Une aubaine pour Ateliers de la Haute-Garonne dont l'activité aéronautique a plongé de 48 millions d'euros en 2019 à 33 millions en 2020 et 2021. 

Un guide pour privilégier les masques français dans la commande publique

Une success story qui a poussé la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher à se rendre vendredi 14 janvier dans l'usine. La membre du gouvernement n'a pas hésité à saluer le développement avec succès d'une activité de masque par un sous-traitant aéronautique.

"Le développement de capacités de masse a permis à un certain nombre d'entreprises de ne pas s'effondrer durant la crise. Cela a été permis notamment grâce à la commande publique avec un milliard de masques commandés via Santé publique France", a fait savoir la ministre.

agnes pannier runacher

Agnès Pannier-Runacher en visite chez AHG Médical le 14 janvier (Crédits : Rémi Benoit).

Pour autant, elle sait bien que toutes les entreprises qui se sont lancées dans la production de masques n'ont pas rencontré le même succès que AHG. Certaines ont même dû mettre la clé sous la porte après avoir acheté des machines, n'ayant pas le volume de commandes espéré. Les fabricants français ciblent en particulier l'État et les collectivités locales qui ont bien réalisé au début de leur production des commandes auprès d'usines locales avant bien souvent de retourner acheter des masques chinois. "Le code des marchés publics ne nous permet pas de privilégier des masques français", glissait en fin d'année le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, lors d'une visite d'un fabricant de masques.

"Pour autant, les acheteurs publics et privés ont aujourd'hui la possibilité d'insérer des critères environnementaux et sociaux, comme des critères de qualité, dans leurs achats. Or, on sait que faire venir des masques de Chine représente une empreinte environnementale désastreuse", souligne Agnès Pannier-Runacher. Le gouvernement vient d'ailleurs de publier un guide "pour aider les acheteurs publics et privés à favoriser une offre française ou européenne de produits de santé stratégiques".

Comment gérer l'après-Covid ?

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Les fabricants français devront pérenniser leur activité après le Covid (Crédits : Rémi Benoit).

Le deuxième défi auquel seront confrontés les fabricants français de masques c'est de pérenniser cette activité sur le long-terme. "Nous risquons d'avoir de moins en moins de besoins de masques dans les prochaines années si l'épidémie s'atténue. Or, il faudra continuer à produire pour constituer un stock stratégique et aussi être en mesure d'atteindre à nouveau un rythme de production 24h/24 en cas de besoin", fait valoir la ministre.

Cet horizon post-Covid risque-t-il de casser cette industrie français émergente ? De son côté, AHG reste confiant sur des besoins à long-terme. "Dans les Ehpad, le personnel va continuer à porter des masques et puis les entreprises vont devoir renouveler leurs stocks. Il y aura des besoins forcément supérieurs à avant le Covid", conclut Stéphane Auriol.

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Commentaires 2
à écrit le 15/01/2022 à 12:31
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Bravo ! et la liste est longue des choses simples que l'on pourrait re-fabriquer en France. Toutes ces fabrications qui ont été délocalisées pour cause de mépris petit bourgeois pour le travail manuel, ce qui est tellement franchouillard, et parce q...

à écrit le 15/01/2022 à 10:33
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Bonne diversification. Les rivets sont une vieille technologie. Les avions sont de plus en plus en matériaux composites qui nécessitent d'autres moyens, des "colles".

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