France-Chine : des Chinois au capital de l'aéroport de Toulouse, une première qui passe mal

Le Premier ministre chinois Li Keqiang atterrira demain jeudi 2 juillet à l'aéroport Toulouse-Blagnac, avec Manuel Valls. C'est la première visite d'un officiel chinois depuis que, le 15 avril, des entreprises chinoises sont entrées au capital de l'aéroport. Une première en France. Malgré le montant des investissements prévus et la promesse de l'État de ne pas vendre les parts qui lui reste, l'opération suscite toujours de nombreuses oppositions. Par ailleurs, la "disparition" présumée du principal actionnaire chinois ajoute de la confusion au dossier.
L'aéroport de Toulouse-Blagnac acceuillera demain le Premier ministre chinois
L'aéroport de Toulouse-Blagnac acceuillera demain le Premier ministre chinois (Crédits : Rémi Benoit)

La scène a eu lieu mercredi 17 juin dernier : devant quelques photographes, une plaque funéraire est déposée devant l'aéroport Toulouse-Blagnac à 9h30 du matin. On peut y lire : "En souvenir de l'abandon à nos concurrents chinois d'une infrastructure essentielle pour l'avenir d'Airbus et de l'industrie aéronautique française". L'homme politique à l'origine de ce happening est un habitué de ce type de communication : Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout La France. Si ce geste arrive un peu tard et essentiellement pour des raisons politiques (l'élu prépare les régionales), il résume pourtant bien les arguments mis en avant par les opposants à la "privatisation" depuis l'annonce de l'opération, le 11 juillet 2014.

"Maintenir un contrôle public"

Comme s'est évertué à le répéter le ministre de l'Économie Emmanuel Macron (qui sera lui aussi ce jeudi à Toulouse), il ne s'agit d'ailleurs pas d'une véritable "privatisation". En effet, l'État, qui détenait 60 % de la société de gestion de l'aéroport (ATB), a cédé à l'actionnaire chinois (Casil Europe) 49,9 % du capital pour la somme de 308 millions d'euros (l'offre la mieux disante). Il détient donc encore 10,1%, que le gouvernement a (finalement) promis de ne pas vendre. Les 40 % de capital restants sont entre les mains des collectivités locales (CCI 25 %, Département 5 %, Région 5 %, Métropole 5 %).

Une assurance qui ne satisfait pas tout le monde. Le nouveau président PS du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric, a proposé la semaine dernière aux autres collectivités de se rassembler pour racheter les 10 % restants, le tout en partenariat avec la plateforme de crowdfunding Wiseed, pour y associer les citoyens. Objectif : "maintenir un contrôle public et garantir un développement équilibré de l'aéroport".

Quelle stratégie pour l'aéroport ?

Le développement de l'aéroport est justement le point qui préoccupe les opposants à ce changement d'actionnariat, réunis au sein du "collectif contre la privatisation de la gestion de l'aéroport". Le mot qui fait peur ? "Hub". Les nouveaux actionnaires chinois prévoient une augmentation du trafic de 8 à 18 millions passagers d'ici à 2046 et des ouvertures de lignes vers l'international, et notamment la Chine, l'Amérique et le Moyen-Orient. Dans un premier temps, l'aéroport misera sur des lignes "entrantes" avec une clientèle "tourisme" (autrement dit, faire venir les étrangers à Toulouse, particulièrement les Chinois). Le 2e axe stratégique se situe au niveau de l'accueil et de l'offre de services (parkings, commerce, restauration). Le programme d'investissements est chiffré à 850 millions d'euros.

"Un hub serait complètement délirant"

"Un hub serait complètement délirant pour un aéroport situé aussi proche du centre-ville (15 km, NDLR)" martèle le président du Département Georges Méric. "Il n'est pas question de mettre l'aéroport de Toulouse au niveau de celui d'Orly (28 millions de passagers en 2014, NDLR)", prévient Chantal Beer-Demander, présidente du collectif des riverains de l'aéroport, qui a déposé un recours auprès du Conseil d'État. Des craintes balayées d'un revers de main par Anne-Marie Idrac (lire son interview). Élue présidente du Conseil de surveillance d'ATB le 5 mai dernier, l'ancienne ministre des Transports et ex-patronne de la SNCF est catégorique :

"Un hub n'est pas d'actualité. Casil Europe propose un développement raisonné de l'aéroport. Si cela n'avait pas été le cas, je n'aurais pas accepté le poste."

Mike Poon, un parfum de scandale

L'actualité récente vient apporter de l'eau au moulin des opposants, dont certains dénoncent depuis le début l'opacité de la procédure. D'après une dépêche Reuters du 22 juin, la société de leasing Calc, basée à Hong Kong, a annoncé vendredi 19 juin que "son directeur général Poon Ho Man (connu sous le nom de Mike Poon, NDLR) avait démissionné le 17 juin sans explication et avec effet immédiat, alors qu'il était en congé". Or, Mike Poon est précisément le président de Casil Europe, nouvel actionnaire de l'aéroport. Son nom serait cité dans une enquête pour corruption.

Pour Anne-Marie Idrac, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

"Je ne sais pas où est Mike Poon mais, à vrai dire, cela ne m'importe pas tellement. Il est président de Calc. Calc est un loueur d'avion qui n'a rien à voir avec l'aéroport et avec qui je n'ai pas de relations d'affaires."

La société Friedmann Pacific Asset Management (actionnaire de Casil Europe) précise d'ailleurs que "Mike Poon garde la présidence de Casil. Il n'y a aucun impact ni sur les activités, ni sur la gouvernance, ni sur l'actionnariat de cette dernière."

En revanche, pour Chantal Beer Demander, "la démission du PDG de ce groupe ne fait que renforcer les doutes sur la probité des intervenants de cette opération". La leader du collectif contre la privatisation organise ce soir (mercredi 1er juillet) une parodie de conférence de presse sur le thème "Où est Mike Poon?", quelques minutes avant la conférence de presse officielle d'ouverture du forum économique franco-chinois.

Un article de Mediapart vient conforter les "anti-privatisation" : dans un article publié le 30 juin intitulé "L'aéroport de Toulouse a été privatisé au profit d'une société-écran", le journaliste Laurent Mauduit affirme que, selon ses informations, le siège social de la société Casil Europe à Paris serait fictif.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 10
à écrit le 03/07/2015 à 16:44
Signaler
Idrac est de celles (et de ceux) qui gravitent par cooptation dans un maximum de conseils d'administration d'entreprises du CAC40. Des gens avides de pouvoir, d'argent, dont les intérêts personnels passent avant l'intérêt collectif. La vente de l'aé...

à écrit le 02/07/2015 à 17:22
Signaler
Je n'ai pas bien compris s'ils avaient versés l'argent ou pas (même en lisant la Dépêche du Midi). Tant qu'ils n'ont pas payés, pas de problèmes, mais ça sent le coup foireux.

à écrit le 02/07/2015 à 12:35
Signaler
Ne pas oublier dans cette affaire le rôle de SNC-Lavallin (interdit de contrats pour 10ans àla Banque Mondiale. Egalement en délicatesse avec le Québec, etc) Bien sûr Mme Idrac , n'était pas au courant , et elle ne lachera pas son nouveau salaire cr...

à écrit le 02/07/2015 à 11:00
Signaler
Soit c'est de la stratégie économique de haut vol, ou de bas atterrissage en l'occurrence, soit c'est un transfert de technologie déguisé. Car sinon quel est l’intérêt de la Chine pour un aéroport décentré du cœur de l'Europe et de fréquentation moi...

à écrit le 02/07/2015 à 6:39
Signaler
J’aime!!!bien M. Dupont Aignan un grand défenseur des intérêts de la France qui se résume à Monsieur et Madame et oui Madame est l’attaché parlementaire de ce brave homme grand défenseur de ses intérêts. Il paraît qu’il préside un parti politique deb...

à écrit le 02/07/2015 à 5:46
Signaler
l'époque des braderies...! Que ne ferait on pas pour ramasser "3 francs, six sous".

à écrit le 02/07/2015 à 1:14
Signaler
Bien M. HOLLANDE , alors on vend les bijoux de la REPUBLIQUE à ce que je vois. Alors l'aéroport de TOULOUSE qu'est ce que M. HOLLANDE va bien vendre? Nous pourrions commencer par vendre l'Elysées aux chinois pour le transformer en hôtel grand luxe...

à écrit le 01/07/2015 à 23:13
Signaler
Il vont nous le faire a la découpe comme les immeubles. Cette équipe gouvernementale de "bras cassés" vont nous mettre sur la paille, complétement rocambolesque ?????

à écrit le 01/07/2015 à 22:38
Signaler
Heuh... maps indique moins de 10km en voiture du Capitole jusqu'au terminal; donc dans les 5km à vol d'oiseau; et 4km si l'on considère le seuil de piste... Cela doit avoir un certain poids dans les projets...

à écrit le 01/07/2015 à 22:01
Signaler
Ahahahah voilà la réponse du berger, euh pardon, la contrepartie du deal de l'achat de 30 A330, d'ailleurs considéré par la grande presse spécialisée française comme une "commande cruciale" ! si la France, après les "Trente Glorieuses" ne fait que de...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.