Ekito, la fin tragique de l'accélérateur de startups toulousain

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Ekito a été placé sous liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 13 novembre dernier.
Ekito a été placé sous liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse le 13 novembre dernier. (Crédits : ON / Rémi Benoit)
Créé en 2005, Ekito a mis la clé sous la porte. L’emblématique accélérateur de startups a été placé en liquidation judiciaire par son président Benjamin Böhle-Roitelet le 13 novembre dernier. Depuis des mois la société était dans une tourmente financière notamment à cause d’un détournement de fonds de près de 500 000 euros survenu en 2011 qui a eu de lourdes conséquences.

C'est la fin d'une aventure de près de 13 ans. Le 13 novembre dernier, le producteur et 8accélérateur de startups Ekito a été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse par son président. Créée en 2005, Ekito était une société de services informatiques spécialisée dans le conseil aux entreprises. Ce n'est qu'en 2014 qu'elle va endosser le rôle d'accélérateur de startups qu'on lui connaît aujourd'hui.

Mais le chemin jusqu'à la liquidation n'a pas été un long fleuve tranquille et a déclenché une véritable guerre entre le président de l'entreprise, Benjamin Böhle-Roitelet, certains salariés et anciens salariés d'Ekito. L'été dernier, le patron d'Ekito, Benjamin Böhle-Roitelet, annonce vouloir quitter dans un futur proche l'accélérateur de startups, qu'il avait fondé avec trois autres collaborateurs, pour se lancer dans la création d'une autre boîte. Avec trois nouveaux associés, il a mis au point Relief, une application de l'intelligence artificielle qui gère les documents administratifs des particuliers. "Ekito n'était pas la structure pour construire ce type de projet", nous avait-il confié.

Mais le 23 octobre, c'est une autre histoire que révèle le site d'investigation Mediacités. Selon certains salariés et anciens salariés, l'entreprise était dans le rouge et son président, Benjamin Böhle-Roitelet aurait quitté le navire en pleine tempête. "L'entreprise perd de l'argent. La maison est en feu. Et lui dit qu'il part en la laissant aux salariés, tout en continuant à toucher son salaire de 5 000 euros net par mois. C'est une façon de rejeter sur nous l'échec d'Ekito", dénonçait ainsi un salarié dans cet article.

Des accusations réfutées par Benjamin Böhle-Roitelet.

"Je n'ai en aucun cas quitté le bateau. Après le détournement de fonds, je me suis dit qu'une fois que j'aurai fini les poursuites, mon travail serait achevé et je pourrais passer la main. Mon ambition était de transmettre la structure. En 2016, j'ai pris du recul, et ai habité pendant deux ans à Biarritz en laissant la place à un directeur général tout en continuant à travailler pour Ekito. À partir de janvier 2018, je suis revenu à Toulouse pour gérer la transmission correctement. J'ai conservé mon poste de président jusqu'à la fin. J'ai annoncé que Relief allait être mon projet de prédilection. Aujourd'hui ma mission est d'accompagner la liquidation et de protéger Ekito dans la réalisation des actifs et le recouvrement des créanciers en cours. De faire que la procédure se déroule bien", raconte-t-il.

L'entrepreneur atteste par ailleurs que "jusqu'à la fin" les salariés ont perçu des salaires généralement supérieurs à 3 000 euros net par mois. "Ils étaient en CDI et ont été augmentés régulièrement".

L'enquête publiée par Mediacités narrait un déclin progressif de l'accélérateur .

"L'effectif salarié est passé de 23 personnes en 2015 à 13 aujourd'hui. Le chiffre d'affaires a chuté de 2,5 à 1,7 million d'euros sur la même période. Et les finances sont dans le rouge : en manque de trésorerie, la société ne peut plus payer ses créanciers, ses cotisations sociales et ses prestataires. L'endettement se situe entre 300 000 et 400 000 euros. (...) en 2016, l'entreprise affiche une perte nette de 273 000 euros pour un chiffre d'affaires de 2,2 millions", peut-on lire dans l'article.

Benjamin Böhle-Roitelet réfute ces chiffres et remet en cause leur véracité avec des bilans et documents officiels à l'appui que La Tribune a pu consulter :

" En 2015 l'effectif était de 20 personnes (19 salariés en 2016 et 2017) et à la fermeture d'Ekito il y a 11 salariés. En 2014, le chiffre d'affaires est de 2 millions d'euros et le résultat à l'équilibre de 15 000 euros ce qui était l'objectif d'Ekito, en 2015 le chiffre d'affaires est de 2,5 millions d'euros et le résultat à l'équilibre -12 000 euros. En 2016 c'est 2,3 millions d'euros de chiffre d'affaires et une perte de - 273 000 euros qui est due à une dépréciation purement comptable de 208K€ sur incident survenus en 2011, qui n'a rien à voir avec le run exploitation de l'année. En 2017, le CA est de 1,96 millions d'euros et la perte de -197 000 euros elle est également due à une dépréciation purement comptable de 202 000 euros suite au même incident survenu en 2011. D'ailleurs, si vous calculez, sur cette année nous gagnons de l'argent. Les pertes sont dues à l'impact des événements de 2011 et non pas à la mise en place de l'accélérateur comme certains l'ont dit."

Un détournement de fonds qui a fragilisé la société

Cet événement survenu en 2011, c'est un détournement de fonds près de 500 000 euros de la part de son ancien directeur administratif et financier. Un coup dont elle ne s'est jamais remise selon l'entrepreneur.

"On ne s'est pas facilement remis de ce détournement contrairement à ce qui a été dit. De plus, les procédures se sont terminées seulement en juin 2018, on ne pouvait donc pas "s'être remis" avant. À la fin des poursuites, nous constatons que le détournement serait recouvert de manière partielle. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés comptablement avec moins de près de 200 000 euros sur l'exercice comptable de 2017. C'est un facteur fragilisant pour l'entreprise mais que nous avons toujours su géré par l'implication jusque là", explique-t-il.

Malgré la situation de l'époque, le président d'Ekito décide de payer les salariés et de prendre "le risque de continuer, en révélant la situation à l'ensemble des collaborateurs d'Ekito et en investissant à nouveau personnellement et financièrement", écrit-il dans une tribune publiée le 16 novembre sur le réseau social Medium. Il rappelle qu'à son retour à Toulouse début 2018, il a proposé aux salariés restants de reprendre la société sous forme de Scop (société coopérative et participative) mais le projet est tombé à l'eau sous fond de tensions internes.

"J'ai cherché des repreneurs jusqu'à la fin. Il y a quatre projets de reprises et plusieurs projets de réinvestissement que j'ai portés sur les derniers mois. Mais malheureusement, Ekito avait ses problèmes sociaux", regrette-t-il, pointant qu'un investisseur se serait retiré à la suite de la publication de l'article.

Une plainte va être déposée pour abus de confiance et de bien social au vu du contexte dont il dispose.

Des salariés prêts à "tourner la page"

De leur côté, le directeur général Laurent Blondon et une partie des salariés ont publié une tribune commune sur Medium le 19 novembre.

"Malgré notre implication de chaque jour, il y a des vents contre lesquels on ne peut pas lutter, c'est pourquoi les accusations récentes qui nous sont portées par le fondateur d'Ekito nous font l'effet d'une double peine, écrivent-ils. (...) Si nous sommes en mesure de répondre à ces accusations, nous considérons pour l'heure, que ce n'est ni le lieu ni le moment d'établir la réalité des faits. (...) Nous devons nous résoudre à tourner une page de ce qui restera une part inoubliable de notre vie professionnelle. Faisons le avec dignité."

Contacté le mardi 20 novembre par téléphone et texto, Laurent Blondon, directeur général d'Ekito et premier signataire de la lettre n'a pas souhaité ajouter d'autres déclarations nous invitant à "reprendre ce qui a été écrit dans la tribune". "Nous recueillons beaucoup de soutien et de témoignages de confiance", assure-t-il par sms. Une triste fin en tout cas pour l'accélérateur toulousain.

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