"L'énergie n'est pas assez chère", selon Sébastien Matty

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Sébastien Matty, avec son entreprise, veut agir en faveur de la transition énergétique.
Sébastien Matty, avec son entreprise, veut agir en faveur de la transition énergétique. (Crédits : Rémi Benoit)
Invité de La Matinale organisée par La Tribune jeudi 8 novembre, Sébastien Matty, le PDG de GA Smart Building, est revenu sur son parcours et ses ambitions pour l'entreprise. En tant qu'acteur du bâtiment, le dirigeant estime avoir un rôle à jouer dans le défi de la transition énergétique auquel doit faire face la planète. Il désire ainsi réduire le bilan carbone de ses opérations de construction.

En l'espace de quelques années, il est passé de stagiaire étudiant à dirigeant d'une filiale du groupe Bouygues (Elan), au chiffre d'affaires annuel de 10 millions d'euros, à moins de 30 ans. C'est en effet la carrière qu'a offert le groupe coté au CAC 40 à Sébastien Matty. Après être devenu "le plus jeune patron du groupe", comme il s'en étonne encore, il est nommé, à 34 ans, directeur général de Bouygues Bâtiment Ile-de-France Construction Privée. Une branche qui réalise à l'époque un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros. Une carrière toute tracée s'offre alors à lui.

"Je disais souvent qu'aucune autre entreprise du bâtiment ne pourrait m'intéresser pour y travailler, sauf peut-être une, GA (avant d'être renommée GA Smart Building fin 2015, ndlr), que je ne connaissais pas très bien pourtant. Pourquoi ? Car c'est une entreprise différente aux modèles des autres constructeurs, qui comporte néanmoins quelques points communs avec le groupe Bouygues notamment sur le management", raconte Sébastien Matty, aujourd'hui âgé de 46 ans.

Un cabinet de recrutement qui le démarche exerce alors "son vœu". Après quelques entretiens, il quitte Paris et prend la tête du constructeur toulousain GA au cours de l'été 2014, en remplacement de Robert Dagrassa. Une entreprise qui devrait franchir le cap des 300 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2018.

"Nous sommes en première ligne"

Une fois à la tête de cette structure, qui réalise actuellement la future plateforme logistique d'Amazon à Brétigny-sur-Orge de 142 000 m2, Sébastien Matty "joue la stratégie de la différence" face à ses concurrents en mettant le digital au cœur de son modèle économique. L'entreprise toulousaine devient alors leader sur la technologie du BIM (pour building information modeling). Celle-ci consiste à concevoir un jumeau numérique du bâtiment avant sa conception, pour une meilleure coopération entre tous les intervenants sur le chantier, réduire sa durée et donc les coûts, ainsi que pour faciliter la maintenance par la suite.

Mais cette entreprise, leader français de la construction hors-site (construction des pièces en usine avant livraison sur chantier) a également un rôle sociétal à jouer. C'est en tout cas la volonté de son dirigeant.

"Les bâtiments consomment pas moins de 40% des énergies produites et sont responsables de 40% des émissions de gaz à effet de serre. Nous, les acteurs du bâtiment, sommes donc en première ligne des transformations que touchent notre planète. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était et nous devons avoir un impact positif au travers de notre stratégie et de nos opérations", estime Sébastien Matty.

Dans cette optique, mais pas seulement, GA Smart Building a repris officiellement à Bouygues Immobilier le 20 décembre 2017 l'entreprise Ossabois, spécialiste de la construction hors site de maisons en bois.

"Avec cette acquisition nous voulons considérablement améliorer le bilan carbone de nos opérations, en y intégrant du bois notamment", explique le dirigeant à la tête d'une équipe de 675 salariés avec ce rachat, dont 380 à Toulouse.

Une législation pas assez ambitieuse ?

Mais pour lui, face au récent rapport alarmant du GIEC sur les retards pris par les États dans la lutte contre le réchauffement climatique, tout n'est pas mis en œuvre pour enclencher une prise de conscience sur le sujet.

 "Je trouve que la réglementation aujourd'hui n'est pas assez contraignante, donc nous, en tant qu'entreprise innovante, nous devons montrer le chemin. Quand vous avez cette réelle conviction de la transition énergétique en vous, vous vous demandez qu'est-ce qui ferait bouger les gens ? La facture d'électricité pas suffisamment apparemment, et je pense que l'énergie n'est pas assez chère et elle devrait l'être davantage pour qu'il se passe quelque chose".

Une prise de position qui peut sembler à contre-courant de l'opinion publique. Le gouvernement français a décidé d'augmenter de quelques centimes d'euros les taxes sur les carburants à la pompe. Seulement, cette décision a entraîné une grogne sociale importante partout en France.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2018 à 9:18 :
Allez, encore en bon coup de com en modèle "greenwashing", pour tenter de gommer l'image "béton" du groupe Bouygues. Je rappelle d'autre part que GA signifie à l'origine "Guiraudie Auffeve", une gros préfabricateur béton de la région de Toulouse.

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