PGE : "On finance des crédits qui ne seront pas remboursés" (A. Condaminas)

La Banque Populaire Occitane a présenté son bilan 2019 à l'occasion de son assemblée générale, le 29 avril. Si tous les voyants sont au vert en termes de coût du risque, produit net bancaire et résultat net, en revanche la direction s'inquiète de l'avenir des Prêts garantis par l'État (PGE), dédiés aux entreprises en ces temps de crise. Si la banque a accordé plus de 600 millions de ces prêts, elle estime aller au-delà de ce qu'elle devrait accepter. Les précisions.
Le directeur général de la Banque Populaire Occitanie s'inquiète pour le non-remboursement de certains PGE.
Le directeur général de la Banque Populaire Occitanie s'inquiète pour le non-remboursement de certains PGE.

"Je suis absolument convaincu que les banques, ne sont pas LA solution, mais font partie de la solution pour surmonter cette crise sans précédent que nous traversons", lance Alain Condaminas, le directeur général de la Banque Populaire Occitanie, à l'occasion de la présentation des résultats de la banque sur l'année 2019. Pour le démontrer, il annonce un chiffre : 27 000.

"C'est le nombre d'échéances de crédits que nous avons reporté de six mois, pour nos entreprises clientes, de toutes tailles. Ce qui représente une somme de 211 millions d'euros, soit autant de trésorerie que nous avons laissé dans les entreprises de notre territoire. Cette aide concerne pas moins de 70% de nos clients", détaille-t-il en rappelant que "sa" banque est celle d'une entreprise sur deux dans la région.

Plusieurs centaines de millions d'euros de PGE accordées

De plus, depuis le début du confinement, la Banque Populaire Occitanie a accepté environ 3 800 dossiers (pour 426 millions d'euros) de prêts garantis par l'État (PGE), et 1 400 sont à l'étude (182 millions d'euros). "Cela fait un total de 608 millions d'euros de crédits accordés à nos entreprises, avec un risque pour la banque de 10% en cas de non-remboursement", précise le dirigeant.

Pour mémoire, ces prêts dédiés à toutes les entreprises sont garantis, en cas de non-remboursement, par l'État à 90%. Mais la Banque estime quand même que 20 % de ses clients pourraient avoir recours au PGE avant la fin de l'année. Si leur montant moyen, de 114 000 euros, "ne représente rien" selon Alain Condaminas, en revanche les secteurs d'activités demandeurs sont parlants.

"45% ont été octroyés à des commerces touchés de plein fouet par le confinement comme les commerces, cafés, hôtels et restaurants. Derrière, le secteur de la construction a concerné 17,6% des prêts accordés et l'industrie environ 13%", détaille le directeur général qui précise par ailleurs que 46% des PGE concernent des sociétés de Haute-Garonne.

"Nous allons au-delà de ce qu'on devrait accepter"

Malgré ces résultats plutôt convaincants, certaines voix dans l'écosystème toulousain voire régional se sont faites entendre dernièrement comme quoi les banques rechigneraient à accorder ces PGE et les refuseraient de manière injustifiée, comme la CPME Occitanie présidée par Samuel Cette. Des accusations que rejette totalement Alain Condaminas.

"Notre taux de refus est aujourd'hui de 3,8%, et 55 dossiers sont en médiation. Cette faible proportion démontre que nos refus sont parfaitement justifiés, et nous allons au-delà de ce qu'on devrait accepter. Dire que nous mentons, comme certains l'ont fait, est une insulte. Le PGE doit permettre de dépasser les difficultés conjoncturelles engendrées par la crise sanitaire et non pas résoudre des problèmes structurels au sein de l'entreprise et antérieurs à la crise. Le PGE reste de l'argent publique donc nous n'avons pas le droit de faire n'importe quoi !", lance le dirigeant.

Ce dernier espère même que l'État va prendre des mesures prochainement au sujet de ce dispositif afin d'éviter les effets d'aubaine et que certaines entreprises se retrouvent dans l'incapacité de rembourser leurs prêts.

"Nous allons très au-delà de ce qu'on devrait accepter. Nous finançons des crédits qui ne seront pas remboursés. Il y aura inévitablement des dépôts de bilan et cela va coûter très cher à l'État quand il va falloir rembourser. Il doit prendre des mesures", espère Alain Condaminas.

Une année 2019 record sur la production de crédits

Avant ce coup d'éclat à propos des PGE, la direction de la Banque Populaire Occitanie a tenu, à quelques heures de son assemblée générale, présenter ses performances sur l'année 2019. Et l'année écoulée a été une année record en termes de production de crédits.

"Nous avons débloqué plus de trois milliards d'euros de crédits, c'est le record absolu de toute notre histoire. Environ 1,3 milliard ont concerné des crédits immobiliers, autant des crédits d'équipements aux entreprises, 290 millions d'euros de crédits à la consommation et 350 millions de crédits pour la croissance verte. Et avec les performances enregistrées sur les deux premiers mois de 2020, nous étions partis pour faire une année extraordinaire autour des 3,6 milliards d'euros de production de crédits", révèle le directeur général de la Banque Populaire Occitanie.

Malgré cette production de crédits record, le coût du risque a été évalué à 16 millions d'euros en 2019, soit une baisse consécutive depuis trois ans."Mais celui-ci devrait repartir à la hausse en 2020", regrette le dirigeant. Par ailleurs, le produit net bancaire de la banque a atteint les 346,4 millions d'euros l'année passée (+1,3% de croissance par rapport à 2018) et son résultat net a été évalué à 66,8 millions (+3,1%).

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 6
à écrit le 12/05/2020 à 17:50
Signaler
On se rattrape en mettant en chômage partiel des salariés qui pourraient télétravailler.

à écrit le 04/05/2020 à 17:48
Signaler
Il a raison, ces prêts n'aurait jamais du être étudiés et accordés par les banques. Comme je l'ai ecrit, ces prêts auraient du passer par les chambres de commerce, d'indsutrie et d'agriculture, ainsi que par les tribunaux de commerce, comme juge. Un...

à écrit le 02/05/2020 à 12:10
Signaler
Faux. C'est le principe du prêt garanti par l'état, l'état est garant du remboursement en cas de défaillance. Ou alors, la communication gouvernementale est encore une fois mensongère.

à écrit le 30/04/2020 à 17:35
Signaler
Je vais pleurer tout ce week-end du premier mai... pauvres banquiers !

le 01/05/2020 à 23:09
Signaler
Quelle réflexion constructive... Encore un qui a tout compris à la crise actuelle et sa réalité economique... Montrez nous vos solutions, sans les banques, pour soutenir les entreprises déjà en difficulté hier, aujourd hui et demain... C'est de la...

le 02/05/2020 à 9:16
Signaler
@ multipseudos: Tu défends ces pauvres banquiers qui en générant leurs paradis fiscaux se sont tirés eux mêmes une balle dans le pied, tu es gentil c'est bien de défendre les faibles d'esprits, comme les curés. Par ailleurs tes deux commentai...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.