Vincent Terrail-Novès : les (grandes ? ) ambitions d'un jeune maire de droite

Il a 36 ans, mais en paraît 10 de moins. Bronzage soigné, élocution parfaite, costumes impeccables... Vincent Terrail-Novès, le jeune maire Les Républicains de Balma, est également le conseiller régional à l'origine de "l'affaire AWF" et il sera tête de liste en Haute-Garonne pour les régionales. "Sarkozyste dans la politique" mais "juppéiste dans la méthode", il fait partie de la relève de la droite locale, prudente, et (très ?) ambitieuse. Portrait.

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Vincent Terrail-Noves
Vincent Terrail-Noves (Crédits : Rémi Benoit)

Ce soir du 23 mars 2014, sa vie prend un tournant. Entouré de son épouse et d'une poignée de proches, installé dans sa permanence de campagne à Balma, le jeune conseiller régional LR (ex-UMP) sait que la victoire est possible mais, de nature prudente, il ne veut pas s'emballer. Le candidat est tendu. Et puis, les résultats tombent : c'est gagné, haut la main. Nous sommes le soir du 1er tour des élections municipales et Vincent Terrail-Novès, 35 ans, est élu maire de Balma avec 52 % des voix, accablant ainsi le socialiste en place depuis 1995, l'indétrônable Alain Fillola.

"À ce moment-là, je suis bluffé par le score, je ressens une immense joie, c'est un moment unique !", se souvient l'élu. Mais la liesse ne dure pas.

"Très rapidement, j'ai mis mes habits de maire, je savais que, dorénavant, je devais des comptes, et que ma vie allait changer."

Un "pur sarkozyste" ?

Depuis plus d'un an, Vincent Terrail-Novès a pris ses marques dans le bureau de son prédécesseur, à la mairie de Balma. "Je n'ai rien changé à la déco d'Alain Fillola, sauf un tableau que j'ai ajouté pour égayer la pièce, décrit-il. Et je l'ai acheté moi-même."

La précision prend tout son sens au regard des critiques formulées à son encontre par l'opposition locale. "Vincent Terrail-Novès a augmenté son indemnité de maire de 15 % dès qu'il est arrivé", dénonce le leader de la gauche à Balma, Laurent Méric, qui évoque un maire "bling-bling".

Pas de quoi ébranler le jeune élu, qui fait de l'"exemplarité" son maître mot :

"J'ai supprimé les avantages des élus en termes d'essence, de restaurants, de séminaires, de téléphone. Les économies réalisées sont bien plus importantes que mon augmentation de 100 euros."

L'argent, Vincent Terrail-Novès ne veut pas en faire un tabou. Dans le magazine de la mairie Balma Info, il a indiqué le montant de son indemnité de fonction (2052,09 euros). "La valeur de l'argent fait partie des principes que l'on m'a inculqués pendant mon enfance, de même que le mérite et le travail. Chez moi, on n'a rien sans rien", martèle-t-il.

"C'est un représentant de la droite dure, estime pour sa part Laurent Méric. Un pur sarkozyste."

Dans la bouche du socialiste, le qualificatif ne sonne pas comme un compliment.

Une main de fer

Le maire Les Républicains se montre plus nuancé :

"Je suis sarkozyste dans le fond et juppéiste dans la forme. Je pense que Nicolas Sarkozy n'existera plus politiquement tant qu'il n'aura pas expliqué les erreurs commises pendant son mandat. Mais je partage sa vision libérale de l'économie, en étant pour la solidarité mais pas pour l'assistanat. Par ailleurs, je pense qu'Alain Juppé inspire davantage confiance, mais que ses positions manquent de fermeté."

Et la fermeté, ce n'est pas ce qui manque à Vincent Terrail-Novès. "Il est même autoritaire", complète Laurent Méric. Même certains élus de la droite haut-garonnaise pointent "son ton parfois cassant, son attitude qui peut paraître arrogante".

Pour son 3e adjoint à Balma, Michel Baselga (ex-adversaire lors des municipales de 2008, devenu son allié en 2014), le maire a simplement "une forte personnalité" :

"Il a des idées bien arrêtées et il faut parfois le convaincre de changer d'avis, mais je ne l'ai jamais vu parler mal à quelqu'un. Il a son caractère, mais quand on est maire, c'est un peu normal."

"Il est à l'écoute et humain. Mais aussi constructif et réaliste", affirme avec affection Sophie Lamant, meilleure amie et 1re adjointe à Balma. "Il a un grand sens de l'humour", révèle-t-elle.

Un père nommé Guy Novès

Né à Pibrac un 24 décembre, le jeune Vincent y est élevé (avec ses deux sœurs) par sa mère, qui fait des études de médecine, et par un certain... Guy Novès. Au sujet de ce père au nom glorieux, Vincent Terrail-Novès souhaite couper cour à toute polémique : "Je lis dans la presse que Guy Novès serait mon 'beau-père'. Alors voilà l'histoire : quand j'avais trois mois, ma mère s'est séparée de mon père biologique et est retournée vivre avec son amour de jeunesse, un prof de sport nommé... Guy Novès. Il m'a élevé, c'est mon père."

Après une éducation "stricte, mais où on n'oublie pas de s'amuser", Vincent Terrail-Novès fait des études de kiné à Toulouse (c'est aujourd'hui son métier, même s'il ne l'exerce plus par manque de temps). En parallèle, dès l'âge de 15 ans, il s'intéresse à la politique, à la grande surprise de ses parents :

"On a découvert un peu par hasard qu'il distribuait des tracts et qu'il s'intéressait à la politique. Il n'a pas été élevé pour devenir un homme politique, mais les valeurs de partage, d'investissement et de loyauté que nous lui avons transmises se lisent dans son engagement. Nous avons respecté son cheminement sans l'influencer. Nous avons été attentifs, sans nous en mêler", se souvient Guy Novès.

Néanmoins, le 28 mars 2014, jour de la prise de fonctions officielle du maire de Balma, Guy Novès est là, en arrière plan sur les photos. "Ma fierté ne vient pas tant de son élection, mais plutôt du fait qu'il ait réussi à fédérer autour de lui", dit-il.

Vincent Terrail-Novès, qui évoque encore ses parents en les nommant "papa" et "maman", est également père d'une petite fille de 3 ans.

En 1997, le déclic de la politique

Retour 20 ans en arrière. En 1995, Vincent Terrail-Novès a 16 ans. La "fracture sociale" en France est au cœur du débat politique. Alain Juppé, alors Premier ministre de Jacques Chirac, se heurte à des manifestations de grande ampleur qui le font reculer sur plusieurs réformes, notamment celle des retraites. Le jeune Vincent, sensibilisé à la politique, est convaincu que les réformes que voulaient mener Alain Juppé "étaient les bonnes". Deux ans plus tard, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale et la droite perd la majorité : pour l'adolescent de 18 ans, c'est le déclic. "À ce moment-là, je prends ma carte au RPR", se souvient-t-il.
Il devient rapidement responsable des jeunes RPR en Haute-Garonne.

La suite de sa carrière politique sera marquée par une rencontre : Françoise de Veyrinas, élue UDF puis UMP de Toulouse, qui le prend sous son aile et lui propose d'être son suppléant lors des législatives de 2002.

"Elle a été secrétaire d'État et, pourtant, elle a toujours été proche des gens. Elle m'a appris la simplicité sur le terrain, la disponibilité. Pour moi, c'est l'image noble de la politique."

Mais ces élections sont perdues. S'ensuivront une élection (encore perdue) aux municipales de Balma de 2008, puis, la victoire triomphale de 2014.

Quelles ambitions ?

"Il fait partie de la relève", "il ira loin"... Il semble que les proches de Vincent Terrail-Novès aient beaucoup d'ambition pour lui. "Il se sert de la Mairie de Balma comme tremplin pour servir sa carrière politique", avance même son opposant Laurent Méric. Mais certains mettent en garde : "Il a une belle gueule, un beau nom et des ambitions. Il aura une belle carrière politique, sauf si les cadres de son parti ne le laissent pas grimper les échelons..." Et de poser des questions : "Pourquoi n'a-t-il pas été choisi comme suppléant de Laurence Arribagé à l'Assemblée nationale ? Pourquoi est-il cantonné à la délégation des sports et loisirs à Toulouse Métropole ?"

Pour l'intéressé, c'est un faux débat : "Quand mon nom a circulé pour le poste de suppléant de Laurence Arribagé, j'ai refusé, car je ne veux pas faire trop de choses à la fois et les faire mal. J'ai toujours refusé d'avoir des responsabilités au sein du parti. Aujourd'hui, je suis maire de Balma et je ne peux pas être sur tous les fronts." Mais, comme tout homme politique, le jeune élu a une fierté à défendre :

"Même si mon nom n'est jamais cité dans la presse dans 'les réseaux Moudenc', je fais partie de ses plus proches alliés. Et je suis quand même 3e vice-président à la Métropole !"

L'ambition de Vincent Terrail-Novès se lit également à travers ses actions. En tant que conseiller régional, c'est lui qui est à l'origine, avec son groupe d'opposition au Conseil régional, du petit "Bygmalion" local : "l'affaire AWF". Révélée par l'intermédiaire du Canard Enchaîné en septembre 2014, elle porte sur des soupçons de marchés publics frauduleux au sein du Conseil régional de Midi-Pyrénées présidé par le socialiste Martin Malvy depuis 1998. Une enquête judiciaire menée par le parquet de Paris est toujours en cours. Un joli coup ? "Ce sera un joli coup si l'enquête en cours nous donne raison", tempère modestement l'élu.

Mais le maire de Balma aura décidément du mal à cacher ses ambitions : il a accepté d'être tête de liste en Haute-Garonne pour les régionales en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, sous l'étiquette Les Républicains. Aux côtés de Dominique Reynié, l'objectif est clair : être en tête, avec le meilleur score possible, et ce après les résultats "déplorables" des départementales en Haute-Garonne.

"Cette tête de liste n'est pas un cadeau. Mais j'aime beaucoup les challenges et j'aime être là où on ne m'attend pas. Peu de personnes imaginaient que je serais élu maire de Balma. Certains amis bien intentionnés me disaient que j'étais trop jeune, mais j'ai tracé ma route."

La détermination dans les propos et le regard laissent penser que la route de Vincent Terrail-Novès ne s'arrête pas aux régionales. "Il va doucement mais sûrement", analyse sa meilleure amie Sophie Lamant.

Le soir du 13 décembre prochain, Vincent Terrail-Novès attendra probablement les résultats des régionales dans son local de campagne. Sa vie va-t-elle prendre un nouveau tournant ?

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