Chez Ecocert, "le bio n'est pas juste un produit sans pesticide, c'est un écosystème"

Sur un métier de niche (la certification) et sur un marché de niche (la bio), l'entreprise Ecocert, basée dans le Gers, est leader mondial de son secteur avec le seuil symbolique de 50 M€ de chiffre d'affaires prévu pour 2016. Plus qu'un industriel, Ecocert se présente comme un acteur engagé de l'économie, dont le but est la préservation de l'environnement. Entretien avec Philippe Thomazo, directeur général d'Ecocert depuis juillet 2015.
Philippe Tomazo, directeur général d'Ecocert
Philippe Tomazo, directeur général d'Ecocert (Crédits : Ecocert)

Avec (seulement) 50 millions d'euros de CA, Ecocert est leader de la certification bio au niveau mondial. Cela traduit-il un marché très restreint ?
En effet. La bio, malgré sa progression constante au fil des années, est un marché de niche. On en parle beaucoup mais cela représente 5 % de l'agroalimentaire mondial. La certification étant aussi un métier de niche (il y a seulement quelques très grands acteurs connus tels que Bureau Veritas ou SGS), donc je vous laisse imaginer : un métier de niche dans un secteur de niche fait qu'Ecocert est leader mondial avec 50 millions d'euros de CA. Néanmoins, la bio représente une solution d'avenir pour nos agriculteurs et un moyen pour eux de vivre décemment de leurs productions.
 C'est un marché en pleine croissance et c'est assez visible : il y en a de plus en plus dans les rayons, c'est tout à fait notable, notamment sur les deux dernières années où l'on a ressenti une plus grande conversion d'agriculteurs au bio. En plus, il y a une vraie tendance de fond des consommateurs qui souhaitent plus de qualité dans leur assiette et dans leur alimentation.

Les produits bio se multiplient, notamment en grande surface, suscitant la méfiance des consommateurs. Peut-on avoir confiance dans les labels bio ?
Oui. Il existe en France et en Europe tout un système de contrôle "qui part de la fourche du champs jusqu'à l'assiette", un système assez bien rodé, qui est selon moi le meilleur système de contrôle qui existe. Les producteurs comme les industriels s'y soumettent volontiers dans une démarche d'amélioration continue. Nous avons plusieurs concurrents en France que je respecte beaucoup, et en tant que consommateur de produits bio, j'achète en toute confiance.
 Le bio est d'ailleurs beaucoup plus contrôlé que ce qui n'est pas bio, c'est un paradoxe ! Les agriculteurs n'utilisant pas de produits toxiques sont plus contrôlés que les autres...

Pour vous, le bio ne concerne pas seulement les composants d'un produit mais la façon dont il est fabriqué, c'est-à-dire ?
Souvent, les gens ne comprennent pas que la bio est avant tout un système, un modèle économique alternatif d'agriculture. On a trop souvent tendance à réduire un produit bio à un produit sans pesticides, or, il peut arriver qu'un produit bio ait des résidus de pesticides, mais il y a des limites beaucoup plus exigeantes dans la bio. En cas de résidus dans un produit bio, il va y avoir des investigations pour essayer de savoir d'où vient cette contamination : si c'est une contamination fortuite ou si c'est une fraude. Mais surtout, il y a d'autres principes dans l'agriculture bio comme le lien au sol, la rotation des cultures et tout un tas de principes très importants qui font une agriculture beaucoup plus respectueuse de l'environnement, de la nature, de la biodiversité.

Vous parlez de modèle économique alternatif. Est-il limité à quelques agriculteurs ou touche-t-il également les industriels de l'agroalimentaire ?
Cette économie nouvelle part du producteur qui s'engage, qui change ses méthodes de production, et va jusqu'à l'industriel qui innove et qui envisage l'économie de façon différente. Aujourd'hui, vous allez trouvez du bio chez Carrefour, chez Auchan, bientôt chez Leclerc (la marque veut réduire les pesticides dans ses fruits et légumes, NDLR). Mais il y a aussi Biocoop, le réseau de distribution spécialisé de la bio qui ne cesse de s'étendre, vous en voyez partout. Biocoop contractualise avec ses producteurs, développe des réseaux de production locaux et symbolise une nouvelle économique autour de la bio, que ce soit des réseaux de distribution ou des Amaps. Tout ça sort petit à petit de sa niche avec un modèle économique alternatif et des valeurs fortes.

Pour quelles raisons - et dans quelles proportions - Ecocert peut être amené à retirer la certification bio aux agriculteurs ?
En France, nous sommes sur un ordre de déclassement de production aux alentours de 10 %, c'est-à-dire environ 2 000 exploitations chaque année. Il peut y avoir plusieurs raisons : par exemple une production qui est censée être bio va révéler lors d'un contrôle des résidus de pesticides. Très souvent, ce sont des cas de contamination fortuites à cause d'un champs voisin traité. Il peut aussi exister des fraudes, mais ce n'est pas le cas le plus majoritaire. Certains agriculteurs abandonnent aussi car ils n'y arrivent pas, ils avaient sous-estimés les efforts que cela demande. Le passage au bio implique une période de deux ans très difficile durant laquelle les agriculteurs doivent adapter leur modèle (avec des chutes de rendement possibles) sans pouvoir vendre sous la certification "bio", c'est un véritable effort financier. La labellisation arrive au bout de la troisième année.

Bio signifie-t-il "équitable" ?
Non, bio ne veut pas forcément dire commerce équitable, et commerce équitable ne veut pas dire bio non plus. Mais de plus en plus, l'industrie bio est préoccupée par les questions sociétales et les équilibres économiques. On a, avec la bio, des leaders qui sont des entrepreneurs très engagés et qui montrent les tendances. Je pense par exemple à Léa Nature ou Nutrition et Santé.

Vous allez lancer vous-même un dispositif de commerce équitable, "Fair for Life". Quelle différence avec un label comme Max Havelaar par exemple ?
Fair for life est un référentiel qui existe déjà, mais qui appartenait à la société IMO dont nous avons fait l'acquisition en 2012. Nous allons totalement revoir ce référentiel et le mettre à plat en tirant les conséquences de nos expériences en commerce équitable (nous faisons de la certification commerce équitable depuis plusieurs années). Le nouveau référentiel sera lancé en février 2017 et l'on espère qu'il a une approche un petit peu novatrice, orientée sur les filières. Max Havelaar a une approche qui cherche a redistribuer une partie de la chaîne de valeur dans les pays du Sud. Notre approche est plutôt de demander aux donneurs d'ordres de mettre en place des projets, des programmes d'amélioration en RSE tout au long de leurs filières, dans un souci d'amélioration continue des conditions des producteurs et des relations durables.

L'agriculture bio en France

Selon l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique, au 30 juin 2016, l'agriculture biologique en France comptait :
- 31 880 producteurs, soit + 10 % par rapport à fin 2015.
- 14 300 opérateurs de l'aval (transformateurs, distributeurs et importateurs), soit + 6 % par rapport à fin 2015.
En fin d'année 2016, la SAU (surface agricole utile) est estimée à plus de 1,5 million d'hectares, ce qui représente un accroissement de plus de 20 % des surfaces conduites selon le mode biologique par rapport à 2015. La part de la SAU française en bio atteindrait ainsi 5,8 % de la SAU totale.

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