Stade Toulousain : l'élection d'un nouveau président au Conseil de surveillance va-t-elle calmer les esprits ?

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© photo Rémi Benoit
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Mardi 16 décembre, Hervé Lecomte a été désigné à l'unanimité président du Conseil de surveillance lors de l'Assemblée générale du Stade et succède à Eugène Passerat. Suffisant pour apaiser les tensions en interne ? Éléments de réponse deux jours après la plainte déposée par Eugène Passerat pour abus de pouvoir social et complicité au sein du club qui viserait selon certaines sources Didier Lacroix, dirigeant de la régie commerciale du club, et René Bouscatel, le président du Stade Toulousain.

À 55 ans, Hervé Lecomte prend la présidence du Conseil de surveillance du Stade Toulousain. Ancien joueur, membre du comité directeur et président de l'Amicale des anciens du Stade Toulousain, il se présente comme "un homme neuf". L'ancien président, Eugène Passerat, qui a porté plainte pour abus de pouvoir social et complicité au sein du club, reste quant à lui membre du conseil de surveillance, "ce qui devrait calmer les esprits" selon plusieurs sources.

Volonté d'apaisement...

De l'avis de tous, l'élection d'Hervé Lecomte sonne en tout cas comme une volonté d'apaiser les tensions. Une source interne, membre du conseil d'administration des amis du Stade explique ainsi : "Ni Michel Lacroix ni Louis Jourda n'a été désigné. Cela dans une volonté de montrer qu'aucun des clans ne prend le pouvoir." Sous-entendu, les clans Novès ou Bouscatel. De nombreuses sources font en effet état d'une lutte d'influence persistante en interne entre le président René Bouscatel et le manager Guy Novès. Des accusations démenties à plusieurs reprises par les deux intéressés. Pour rappel, Eugène Passerat a déposé plainte contre X lundi matin pour abus de pouvoir social et complicité au sein du club. Lui et son avocat n'ont pas souhaité apporter plus de précisions sur les faits à l'origine de cette plainte.

Pour un ancien dirigeant du Stade Toulousain, c'est Didier Lacroix, directeur associé du groupe À la une, la régie commerciale du Stade toulousain (chargée de signer des contrats de partenariats et de sponsoring pour le Stade Toulousain), qui était visé. "Certains avaient pour objectif de donner davantage de pouvoir à Michel Lacroix, comme président de l'Association Stade Toulousain Rugby, ce qui aurait permis à son frère Didier de renouveler son contrat plus facilement." Selon cette source, la plainte porterait sur la reconduction d'un contrat de régie, "pour lequel René Bouscatel n'avait pas mandat".

Selon Gérard Labbe, président de l'Association Stade Toulousain Rugby, "la plainte déposée par Eugène Passerat vise bien Michel Lacroix et indirectement Didier. Je regrette cette plainte. J'étais un ami de leur père Jean, qui était membre du Conseil de surveillance. Cette accusation de conflit d'intérêt n'a pas lieu d'être car le Conseil de surveillance ne signe pas de contrat."

De son côté, Didier Lacroix a été surpris par cette plainte et ne se sentait pas visé. "C'est par voie de presse que j'ai vu que le contrat de régie de À la une pouvait être visé. Très honnêtement, lorsque j'ai pris connaissance de la plainte, je n'ai pas senti qu'elle était orientée contre moi." Il s'interroge d'ailleurs sur les informations qui ont pu amener à évoquer son nom et celui de son frère. "Cette plainte a été déposée contre X, donc non orientée de manière juridique, mais elle semble l'être sur le plan médiatique. Cela a-t-il été nourri par la personne qui a porté plainte ou par d'autres ?"

Sur le fond de l'accusation, le directeur associé de la régie commerciale du Stade Toulousain tient à s'expliquer. "Mes comptes sont ouverts. Le contrat passé avec le club date de 1994, alors que le Stade Toulousain n'était pas professionnel. À l'époque, les contrats de partenariats s'élevaient à 300 000 euros. Aujourd'hui, nous sommes à 12 M€. Depuis 20 ans, le Stade est le club le plus performant sur le plan commercial et je pense que ce sont ces résultats qui m'ont permis de renouveler mon contrat. Penser que la présence de mon frère au conseil de surveillance m'a aidé est faux. Ces contrats se sont négociés avec l'ensemble des parties du club." L'ancien joueur du club ajoute que le contrat avec le Stade "ne représente qu'une partie de l'activité de À la une. Je fais ce métier avec passion du fait de mon passé avec le club et aussi avec pour objectif de rendre l'équipe et le club le plus performant possible."

... ou bal des hypocrites ?

Gérard Labbe, qui n'a pas participé à l'assemblée générale, estime que l'élection d'Hervé Lecomte est une "bonne chose. Nous l'avions choisi comme représentant de l'association au conseil de surveillance. Il s'est porté candidat et a été élu. C'est un ancien joueur qui connaît le club." N'appartenant à aucune tendance, il apparait en effet comme un homme de consensus.

À l'opposé, certains estiment que l'assemblée générale qui s'est déroulée hier soir n'a en rien arrangé les choses. "C'était hyper faux-cul ! Tout le monde s'est fait la bise. J'espère qu'un jour le Stade Toulousain trouvera des dirigeants qui font ça pour donner et non pas pour recevoir", aurait déclaré Philippe Ruggieri, actionnaire du Stade Toulousain, selon le site rugbyrama.fr.

"Si être faux-cul, c'est vouloir apaiser les tensions médiatiques afin de permettre au club d'avoir les meilleurs résultats possibles, autant que l'on continue. Lorsque l'on dit ça, on peut avoir l'impression qu'il s'agit d'une entente pour ne pas faire éclater les conflits au grand jour, mais c'est ma conviction", insiste Didier Lacroix.

Le Stade Toulousain divisé

Pour l'avocat d'Eugène Passerat, Laurent De Caunes, "un conflit d'intérêt existe depuis des années, se perpétue, et fait perdre au Stade des sommes considérables d'argent. Il faut faire cesser ces pratiques et de les sanctionner".

"René Bouscatel a mis en place un système despotique, confie un membre du conseil d'administration des Amis du Stade. C'est la Corée du Nord. Il ne faut pas oublier que le Stade est le seul club où le président est salarié et, pourtant, il a tous les pouvoirs. Dans tous les autres clubs du Top 14, le président a amené de l'argent, sauf à Castres, où il est salarié du principal actionnaire Pierre Fabre." "La plainte déposée par Eugène Passerat n'est que la continuation de la lutte des clans Bouscatel et Novès", insiste un ancien dirigeant du club.

Là encore, Didier Lacroix réfute tout idée de tensions et regrette cette agitation. "Tout ce qui est de nature à ternir l'image du Stade Toulousain me paraît néfaste. Mon métier est de commercialiser le club et pour cela, il faut une bonne image. Elle se construit sur les résultats et sur l'image générale renvoyée par le club." Selon lui, il n'existe aucun clan au sein du club. Il confesse seulement "quelques débats, comme il y en a partout. Mais la chance du Stade Toulousain, c'est de toujours se nourrir de ces débats. Aujourd'hui, le club peut être perçu comme un objet de pouvoir et de convoitise, mais je n'ai jamais au de conflit ouvert avec Guy Novès, même si nous avons eu des divergences sur certains sujets."

Alors que la succession de René Bouscatel, président du Stade Toulousain depuis 1992, est dans toutes les conversations, Didier Lacroix tient encore une fois à apaiser les esprits. "Le sujet de fond sur la succession du président est un faux débat. Je ne me suis jamais positionné, pas plus que Guy Novès. Cette élection n'aura lieu qu'en 2017, à la fin du mandat de René Bouscatel", rappelle-t-il.

Contacté à plusieurs reprises depuis lundi, René Bouscatel n'a pour l'instant pas répondu à nos demandes d'interview.

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