LGV : "Nous avons compris que le président de la SNCF ne nous aiderait pas"

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La LGV était au coeur des débats du sommet économique organisé par La Tribune jeudi 23 mars.
La LGV était au coeur des débats du sommet économique organisé par La Tribune jeudi 23 mars. (Crédits : Rémi Benoit)
Carole Delga ne "lâchera rien" sur le dossier de la LGV. La présidente de Région, ainsi que le président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc et le président du Ceser Jean-Louis Chauzy ont réaffirmé ce jeudi leur agacement après la remise au cause du projet par le PDG de la SNCF. Lors du Sommet Économique Occitanie/Nouvelle Aquitaine organisé par La Tribune, les débats sur le sujet ont été animés.

"Nous avons compris que le président de la SNCF ne nous aiderait pas, le ministre des Transports a été assez passif au cours des derniers mois sur le dossier de la LGV. Je regrette par ailleurs le blocage de la région Nouvelle-Aquitaine sur les crédits qui devaient être débloqués en mai... Mais je ne peux pas accepter l'idée que Toulouse soit la seule grande ville écartée du réseau national et européen", a interpellé le président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc en ouverture du Sommet Économique Occitanie/Nouvelle-Aquitaine organisé ce jeudi 23 mars par La Tribune Toulouse.
À trois mois du lancement de la ligne LGV Tours-Bordeaux qui va relier la capitale aquitaine à Paris en 2h15, la question du prolongement de cette ligne jusqu'à Toulouse (dont la mise en service était prévue à l'origine pour 2024) crispe les esprits. Le 14 mars dernier, le PDG de la SNCF Guillaume Pepy a déclaré sur France Inter que le chantier Tours-Bordeaux serait "le dernier pour le moment".

Les propos de Guillaume Pepy ne passent pas

Dix jours après la prise de position de Guillaume Pepy, ses propos restent dans les esprits des décideurs toulousains. "Je voudrais rappeler que le PDG de la SNCF n'est pas décisionnaire sur ce dossier, contrairement à l'État et aux collectivités locales", a souligné la présidente de Région Carole Delga, qui a assuré qu'elle ne "lâcherait rien". Plus lapidaire, Jean-Louis Chauzy, président d'Eurosud transport et du Ceser Occitanie a lancé : "L'idée de Guillaume Pepy est de ne rien faire. Il aurait mieux fait de ne rien dire."

De son côté, Bernard Uthurry, le vice-président du Conseil régional Nouvelle-Aquitaine en charge du développement économique a déclaré : "Guillaume Pepy a eu une prise de position brutale alors que le premier bénéficiaire de la ligne, c'est bien la SNCF via la redevance versée par les collectivités". L'élu a réagi par ailleurs aux propos de Jean-Luc Moudenc en précisant que "la LGV Bordeaux-Toulouse restait une priorité pour la Région Nouvelle-Aquitaine".

Le serpent de mer du financement du projet

Pour Carole Delga, la ligne à grande vitesse est "indispensable pour la région, sinon nous serons considérés dans 20 ans comme la région des Pouilles en Italie. C'est une très jolie région certes, mais il n'y a pas là-bas Airbus ou Sigfox. Il est hors de question de créer une France à deux vitesses en matière de transports."

Pour rappel, la LGV Bordeaux-Toulouse doit ramener la Ville rose à 3h15 de la capitale contre plus de 5h30 aujourd'hui. Le projet GPSO nécessite 9,2 milliards d'euros d'investissements (en comptant l'aménagement des gares de Bordeaux et Toulouse et le tronçon vers Dax). Il faudrait que les travaux commencent cette année pour arriver à respecter le calendrier d'une mise en service à l'horizon 2024. Le projet a franchi une étape importante en juin 2016 avec la publication du décret de déclaration d'utilité publique de la ligne et ce malgré l'avis défavorable émis par la commission d'enquête publique en mars 2015. Dans ce rapport, les commissaires estiment que la construction de la LGV présente "une rentabilité socio-économique faiblement positive" et que les retombées économiques "favoriseront essentiellement les deux grandes métropoles" Bordeaux et Toulouse. Le coût de construction de la ligne est estimé à 30 millions d'euros au kilomètre.

Un prix exorbitant pour François Simon, l'ancien vice-président EELV au Conseil régional Midi-Pyrénées, qui avait présenté à l'époque un projet alternatif :

"Le SNCF a alerté dès novembre 2014 sur la situation déficitaire des LGV. Sur le tracé Tours-Bordeaux, il y aura 37 trajets quotidiens de trains qui ne seront pas remplis, donc la ligne sera structurellement déficitaire. Je ne vois pas comment cette ligne pourra être financée sachant que la Région ne veut pas d'un partenariat public-privé et que la région Nouvelle-Aquitaine ne veut pas investir au-delà de ses engagements initiaux.

Je reste persuadé qu'il faut plutôt envisager de rénover les lignes existantes, ce qui coûterait 7 milliards d'euros de moins sur Toulouse-Bordeaux. La SNCF a déjà beaucoup de travail pour remettre en état les lignes existantes. Je ne vais pas vous rappeler les accidents de train qu'il y a eu dernièrement."

Ce à quoi la présidente de Région a répondu qu'il ne fallait pas voir "uniquement le coût au kilomètre mais aussi les minutes gagnées sur le trajet".

"Par ailleurs, plusieurs études comme celle de l'École polytechnique de Lausanne ont montré que le seul aménagement du réseau existant ne pourrait suffire à offrir une solution acceptable en termes de transport", a ajouté Carole Delga.

Pour boucler le financement du projet, Jean-Louis Chauzy plaide pour la possibilité pour les collectivités de souscrire à un emprunt sur 30 à 40 ans. "Ce sont des investissements sur un siècle", justifie-t-il. Le président du Ceser souhaite par ailleurs une modification de la loi pour que la Région puisse lever une taxe sur les contribuables afin de supporter le remboursement de cet emprunt, une solution choisie pour financer le métro du Grand Paris.

"C'est une solution simpliste. Comme s'il suffisait, pour une collectivité, de réaliser un emprunt sur 30 ans comme le ferait un ménage pour un crédit immobilier !", a réagi François Simon.

L'autre inconnue est de savoir si le prochain gouvernement sera un moteur ou un frein pour le projet de LGV à Toulouse.

LGV : la position floue d'Emmanuel Macron

Le candidat d'En Marche, Emmanuel Macron a estimé jeudi au micro de France Bleu :"Toulouse-Paris, il y a une navette Air France qui est très pertinente. Est-ce que ma priorité en termes d'infrastructure de transports est de redéployer énormément d'argent pour venir par le train nous donner quelque chose qui existe par l'avion ? Ce sera une vraie question que je ne veux pas trancher aujourd'hui par électoralisme". Dans la soirée, le candidat est en partie revenu sur ses propos expliquant dans un communiqué qu'il « a toujours considéré qu'il convenait de soutenir et optimiser les infrastructures existantes, et c'est cela qu'il a souligné une nouvelle fois ce matin. Conformément aux propos tenus par le passé, il réaffirme en revanche son complet soutien à cette ligne à grande vitesse ». Le candidat n'a pas précisé davantage sa position.

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Commentaires
a écrit le 25/03/2017 à 23:15 :
Tous ces milliards pour gagner quelques minutes pour aller à Paris. On annonce 3h25 pour Paris alors que il faut 2h30 pour aller à Montpellier 2eme capitale de l'Occitanie. Que les transports de proximité ne sont pas au top. Chercher l'erreur ! Pourquoi toujours Paris et pas Barcelone dans un développement de l'Europe du Sud
Et tout ça avec l'argent des contribuables.
Mme Delga. Mon Moudenc stop !!!
a écrit le 25/03/2017 à 11:42 :
Les élus veulent toujours être "aidés"... Et eux, ils font quoi à part mendier des voix ou des dotations et des subventions, et créer des impôts? Ils veulent "gouverner", mais pas "choisir". Ou alors, faire assumer leurs choix par d'autres.
a écrit le 25/03/2017 à 10:57 :
Et voilà, le projet n'est pas rentable pas de problème à Toulouse on a une solution, faire payer les contribuables, le Maire Mr Moudenc n'a-t-il pas augmenté les impots locaux de 15% dès la première année de son mandat alors qu'il avait axé sa campagne sur la promesse de stabilité fiscale! Il s'est expliqué en disant qu'il avait été obligé de le faire " à contre coeur"
Il y en à marre de tous ces menteurs.
a écrit le 25/03/2017 à 7:54 :
Quand on voit pourquoi les politiques ou certains cadres se déplacent à Paris, 1h de réunion par ci 1h par là, ils feraient mieux de systématiser la visioconférence au lieu de jouer les enfants gâtés avec nos impôts. On a l'impression qu'ils en ont jamais assez. C'est comme ces conférences tous les mois organisées avec nos impôts pour faire leur pub. Il vaudrait mieux qu'ils travaillent au lieu de perdre tout ce jeudi matin à bravacher. Au final, on sait que c'est nous qui payons.
a écrit le 24/03/2017 à 22:57 :
Macron ne serait-il pas Normand par hasard ??
a écrit le 24/03/2017 à 22:55 :
Macro ne serait-il pas Normand par hasard ??
a écrit le 24/03/2017 à 20:00 :
L'union sacrée autour d'un projet ! Cela fait du bien de voir que tous se mobilisent pour que la LGV arrive jusqu'à Toulouse. Est-ce que les opposants au projet ont déjà pris le train pour se rendre à Bordeaux ? Avec un temps de parcours équivalent à celui de la voiture, où est la performance ? Et tout cela en dehors des période de travaux, de trains supprimés...
L'intérêt est double : améliorer les dessertes locales et le fret, en utilisant les voies existantes, et concurrencer l'avion qui est finalement le seul moyen de transport pour se rendre sur Paris. Il s'agit de projets structurants pour les citoyens de la région, pour le développement économique. Pensons Activités : les deniers publics dépensés vont dynamiser l'économie locale, pendant la construction, et à l'avenir aussi ! Il suffit de voir le dynamisme qu'a apporté la liaison à Marseille pour comprendre. Mais là aussi il faut prendre le TGV pour en comprendre l'intérêt.
a écrit le 24/03/2017 à 18:32 :
Les responsables politiques se conduisent comme des gamins à qui on refuse leur Jouet. Je respecte leur engagement pour un transport t rapide par des TGV modernes. Mais leur choix pour une LGV entre Bordeaux et Toulouse tourne au caprice. De plus, il est impossible d'engager un dialogue constructif avec eux car cela tourne au trépignement. Ils le refusent depuis toujours. Belle exemple de démocratie. Ce que dit Mme Delga à propos de la contre-expertise de l'EPFL est erroné et surtout incomplet.Elle n'a pas lu ou compris l'étude de RFF imposée par la Commission EUP. L'EPFL dit " C'est un choix éminemment politique . Les experts déborderaient de leur rôle s'ils s'aventuraient à proposer l'un ou l'autre choix". En effet, les tenants de l'alternative ne disent pas le contraire : c'est techniquement possible. Mais tant les couts que la solution de RFF sont fortement contestables. Le réaménagement de la ligne, que nous préconisons, ce n'est d'y reconstruire une LGV sur son emprise et de détruire 600 maisons. Voyez Hambourg Berlin et vous y verrez ce qu'est une mise à niveau technique et un réaménagement de lignes existantes. Quant on veut tuer son chien on dit qu'il est malade. RFF est coutumier du fait en affirmant pendant des années que la ligne était saturée. 10 à 15 minutes de plus valent ils 6 à 8 milliards de plus ? Nous le dénoncerons dans le recours au conseil d'Etat. Mais chers amis toulousains avec noire solution, vous aurez vos TGV mais pas de lignes spéciales. Ou alors financez seuls l'investissement et assumez seuls a perte d'exploitation de la ligne ( 400 millions € par an) car ce sera votre bien propre. Quand en parlons nous ?

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