Cybersécurité : le futur moteur de la croissance économique française ?

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80 % des entreprises françaises auraient été victimes de cyberattaques en 2016.
80 % des entreprises françaises auraient été victimes de cyberattaques en 2016.
Intervenant lors de la troisième édition des Rencontres Cybersécurité d’Occitanie, le général Marc Watin Augouard a dressé un bilan plutôt préoccupant de la cybersécurité en France. Selon lui, la transformation numérique doit être le levier de la croissance française. Il appelle donc à une meilleure formation dans le domaine de la cybersécurité et à une coopération franco-allemande dans ce domaine.

80 %... C'est le pourcentage d'entreprises françaises victimes d'au moins une cyberattaque en 2016, si l'on en croit le baromètre du Club des experts de la sécurité de l'information et du numérique (CESIN) paru le 27 janvier dernier. En 2015 déjà, Jean-Nicolas Piotrowski, gérant de l'entreprise toulousaine de cybersécurité ITrust déclarait que "75 % des entreprises [étaient] touchées par la cybercriminalité, et 80% d'entre elles ne sont pas au courant".

Des chiffres peu surprenants pour le général Marc Watin Augouard, fondateur du Forum international de la cybersécurité (FIC), qui intervenait à Toulouse lors de la troisième édition des Rencontres Cybersécurité Occitanie organisée par ToulÉco le 10 mai.

"Nos capacités de réaction et de réponse à ces attaques progressent moins rapidement que l'intensité des cyberattaques, notamment parce que les cybercriminels savent travailler ensemble. Cependant, il ne faut pas oublier que la cybersécurité n'est pas un objectif final. Mais c'est la condition au développement de manière libre de ce cyberespace très prometteur. Sans liberté, il n'y aura pas de développement du cyberespace", décrypte le général, aussi président du Centre expert contre la cybercriminalité français (CECyF).

Composé de trois couches, "une matérielle, composée notamment de data centers, celle des logiciels et enfin celle des données", il juge notre espace numérique "fragile", avant de se projeter dans le futur : "Selon moi, dans 50 ans, on aura sans doute réglé le problème de la sécurité de la couche matérielle et nous aurons résolu en partie les problèmes liés la couche des logiciels. Mais, celle du futur, celle des données, sera la plus en danger car convoitée par les prédateurs."

Avoir un puissant ministère en charge du Numérique

Pour rendre cet espace numérique solide, la France doit "rattraper son retard en la matière et devenir une grande puissance du numérique". Dans les faits, l'État doit tout d'abord se doter d'un ministère du Numérique important au sein du gouvernement.

"Quand je vois que la secrétaire d'État chargée du numérique, Axelle Lemaire, n'était que 29e dans l'ordre protocolaire (avant sa récente démission pour se consacrer à l'élection présidentielle, NDLR), on peut se poser des questions, regrette le général. J'espère qu'on va faire de la transformation numérique LE moteur essentiel de la politique de la nation des cinq prochaines années. Celui de l'emploi, de la croissance économique, de l'entreprise..."

Pour cela, l'État devra composer avec des acteurs du domaine privé - étant donné que ces derniers occupent majoritairement le domaine de la cybersécurité - en nouant des partenariats "totalement inédits".

"Il faut décloisonner ! Parler et composer tous ensemble, l'État, les entreprises, les universités, etc... C'est dans cet esprit que j'ai créé le Forum international de la cybersécurité (FIC) à Lille. L'État doit se placer au cœur du dispositif, non pas en leader, mais comme un opérateur capable de développer une stratégie autour de la cybersécurité, sur la scène nationale."

Une Europe de la cybersécurité

Le général Watin Augouard appelle aussi à la coopération au niveau européen, mais seulement franco-allemande dans un premier temps. "Il faut créer l'Europe de la cybersécurité, mais pas à 27 tout de suite, sinon nous allons nous planter immédiatement", assure-t-il. Au travers de cette éventuelle collaboration, le fondateur du FIC voit l'opportunité de créer des géants industriels de la cybersécurité et, ainsi, de pallier des manques qui pourraient se faire ressentir rapidement.

"Si rien ne change, en 2020, il manquera en Europe 900 000 emplois dans la cybersécurité. L'offre de formation proposée actuellement ne répond pas aux enjeux dans le domaine. On peut faire n'importe quel discours sur la cybersécurité, si la formation ne suit pas, cela ne sert à rien ! J'appelle donc de tous mes vœux le futur ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche à inciter les universités à aborder sérieusement la culture cyber dans ses masters, car elle concerne tous les domaines. Nous devons mettre en place une formation sur la cybersécurité dispensée à tous", conclut le directeur du centre de recherche de l'école des officiers de la gendarmerie nationale.

Un discours qui devrait intéresser le nouveau président de la République Emmanuel Macron, victime de cyberattaques durant sa campagne électorale.

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