La ligne LGV Bordeaux-Toulouse est-elle remise en cause ?

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Les travaux pour le prolongement de la LGV devaient commencer en 2017.
Les travaux pour le prolongement de la LGV devaient commencer en 2017. (Crédits : RFF / Christophe Recoura)
Le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies a annoncé hier à l'Assemblée nationale que le gouvernement souhaite se consacrer en priorité à la maintenance "des trains du quotidien" et que les nouveaux projets ferroviaires allaient être différés. Pour Martin Malvy, le président de Région, cet accent mis sur la sécurité ne doit pas entraîner l'annulation du prolongement de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse.

Les nouvelles lignes à grande vitesse ne sont plus la priorité du gouvernement. C'est en substance ce qu'a déclaré ce mercredi 18 janvier à l'Assemblée nationale Alain Vidalies :

"Les choix qui ont été faits ces dernières années notamment de lancer quatre LGV (lignes à grande vitesse) nouvelles en même temps, se sont faits au détriment (...) de l'entretien des infrastructures existantes, et aujourd'hui (de) la fiabilité du réseau, en partie... Il faut passer du curatif au préventif et c'est pour répondre à ce défi que SNCF Réseau a informé un certain nombre d'élus que de nouveaux travaux d'amélioration, de construction de nouvelles gares, allaient être différés de deux ans."

Dans cette optique, le secrétaire d'État a annoncé dès ce mercredi la mise en place d'un "comité de suivi de la sécurité ferroviaire" qui se réunira tous les 6 mois.

Pour Martin Malvy, il ne faut pas annuler le prolongement de la LGV

Ce revirement du gouvernement inquiète dans la Région Midi-Pyrénées. En effet, le 14 octobre dernier, le Premier ministre Manuel Valls avait annoncé le lancement d'une enquête d'utilité publique pour le prolongement de la ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Toulouse, dont les résultats devraient être connus dans quelques semaines. Le chantier doit démarrer en 2017 pour une mise en service en 2024. Le coût de l'investissement est estimé à 5,9 milliards d'euros.

Le président du Conseil régional Martin Malvy a exprimé hier son soutien aux propos d'Alain Vidalies, tout en réaffirmant la nécessité de maintenir la LGV Bordeaux-Toulouse.

"Le Secrétaire d'État aux transports a raison de se préoccuper de l'entretien du réseau et donc de la sécurité. Il y a eu trop de laisser-aller depuis une vingtaine d'années. Mais cela ne doit pas signifier l'annulation des projets qui sont prévus au-delà de ces deux années. Je pense notamment à la prolongation de la ligne à grande vitesse de Bordeaux à Toulouse. Quand on observe la publicité déjà engagée pour mettre en valeur la desserte en 2 heures de Paris-Bordeaux, on imagine la pénalité économique que subiraient Toulouse et la région si en 2018 le chantier annoncé pour cette échéance n'était pas lancé."

Martin Malvy ajoute qu'il a prévu de s'entretenir "prochainement avec Alain Vidalies de l'avenir de POLT (la ligne déjà existante Paris-Orléans Limoges Toulouse, NDLR)."

La LGV, vraiment ?

L'arrivée effective de la LGV fait douter les élus locaux. Lors de ses vœux à la presse début janvier, Pierre Izard, président du Conseil général de Haute-Garonne, s'est montré très pessimiste : "J'ai été le premier à le dire, mais je le pense de plus en plus : nous n'aurons pas la LGV. L'État n'a pas d'argent, elle coûte trop cher et n'est pas rentable."

Pour rappel, le 23 octobre dernier, la Cour des Comptes a rendu public un rapport alarmant sur le "tout TGV", qui pointait les problèmes financiers liés aux projets de LGV et les "sur-estimations" de la fréquentation.

Chimères

Du côté de Bordeaux, le député PS Gilles Savary contacté par nos confrères d'Objectif Aquitaine, applaudit les propos du ministre :

"Je ne comprenais pas comment l'hypothèse LGV pouvait tenir, assène le député girondin. L'Etat est assigné à faire refaire les lignes existantes, qui ont été abandonnées. Avec deux accidents qui auraient pu être très graves en décembre, le ministre a pris un coup de chaud. Avec cette intervention, il fait preuve de courage en expliquant que le vrai sujet, c'est l'obsolescence du réseau, dans un état soviétisé. Il indique que l'Etat ne pourra pas honorer ses engagements en matière de nouveaux projets."

De là à enterrer les projets de prolongation de la LGV vers Toulouse et l'Espagne ?

"On ne peut pas être dupes de nos illusions. Arrêtons de nous accrocher à des chimères ! Le modèle économique des LGV est intenable. Nous devrions plutôt réclamer des dessertes moins rapides certes mais surtout moins coûteuses, et lancer des études alternatives. S'entêter ne nous fera prendre que du retard."

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