Régionales en Occitanie : vers un duel entre Carole Delga et le RN en 2021

 |  | 1809 mots
Qui sera le prochain ou la prochaine présidente du Conseil régional d'Occitanie ? Réponse avec le sondage exclusif Ifop pour La Tribune et Europe 1.
Qui sera le prochain ou la prochaine présidente du Conseil régional d'Occitanie ? Réponse avec le sondage exclusif Ifop pour La Tribune et Europe 1. (Crédits : Rémi Benoit)
Selon un sondage exclusif de l’Ifop, pour La Tribune et Europe 1, la présidente sortante de la région Occitanie, Carole Delga, jouera des coudes avec le Rassemblement National au premier tour des élections régionales 2021. Avec ou sans Europe Écologie Les Verts, qui ont des désirs d’autonomie. Derrière, Les Républicains et La République en Marche éprouvent des difficultés, même en cas d’alliance. Et quel que soit le scénario au second tour de ces élections, le match semble joué d'avance.

Le Rassemblement National en tête, aux élections régionales 2021 dans la région Occitanie, devant la présidente sortante et socialiste Carole Delga ? C'est le scénario envisagé par l'institut Ifop à l'occasion d'un sondage exclusif pour La Tribune et Europe 1. Portée par Julien Sanchez - maire de Beaucaire (Gard), porte-parole du Rassemblement National et président du groupe RN au conseil régional d'Occitanie - la liste du parti de Marine Le Pen récolterait 25% des bulletins, contre 22% pour Carole Delga, sans le soutien d'Europe Écologie Les Verts, ni celui de La France Insoumise.

"Ce scénario est sondé dans un contexte politique éclaté, avec cinq listes au-dessus des 10% (taux pour se maintenir au second tour, ndlr), voire six si l'on compte LFI qui, avec 9% des voix, est dans la marge d'erreur. Néanmoins, le Rassemblement National est loin de son niveau de 2015, la précédente élection au cours de laquelle Louis Aliot (aujourd'hui maire de Perpignan, ndlr) avait obtenu 32% des voix au premier tour. De son côté, Carole Delga stagne et paraît en position de force face à son adversaire", décrypte Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop.

Scénario 1 Ifop régionales sondage

Hypothèse d'une offre politique éclatée aux régionales 2021 en Occitanie (sondage exclusif Ifop pour La Tribune et Europe 1).

Surtout, les deux personnalités politiques n'ont pas attendu pour lancer les hostilités, avec en toile de fond ces prochaines élections régionales en Occitanie. Dernièrement, le chef de la première force d'opposition à Carole Delga au sein du conseil régional s'est félicité à propos de la confirmation, par la Cour de Cassation, de la condamnation de l'élue pour "discrimination fondée sur des opinions politiques" et "entrave à l'exercice d'une activité économique". La raison ? La non signature d'un contrat de ville validé par les élus gardois et le fait que la Région n'ait pas retenu Beaucaire et ses 16 000 habitants pour y construire un futur lycée général dans ce département. Par conséquence, la patronne de l'exécutif régional doit verser 2 500 euros à la commune, mais elle a annoncé son intention de saisir la Cour Européenne des droits de l'Homme dans cette affaire.

Malgré cette condamnation, "Carole Delga paraît en position de force et elle est la seule personnalité qui semble pouvoir faire face au Rassemblement National", ajoute Frédéric Dabi. Et pour cause, l'élue et ancienne ministre récolte des voix de tous bords. Si, sans surprise, 72% des électeurs du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2017 Benoit Hamon se disent prêts à voter en sa faveur en 2021, 38% des électeurs de Jean-Mélenchon sont dans le même cas (soit autant que pour la liste LFI), mais aussi 35% de ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron.

Un coup dur pour Julien Denormandie, qui ne récolterait quant à lui que 36% des voix des électeurs marcheurs de 2017. L'actuel ministre de l'Agriculture, originaire du Lot, est pressenti pour mener une liste La République en Marche à l'occasion des élections régionales 2021 en Occitanie. Mais selon le sondage exclusif Ifop pour La Tribune et Europe 1, le jeune politicien (40 ans) n'est crédité que de 11% des voix. Un faible score qui le place derrière une liste Les Républicains, incarnée par le député du Lot et secrétaire général de son parti, Aurélien Pradié avec 14% (contre 18% en 2015).

Il sera difficile pour les écologistes d'exister à côté de Carole Delga

Entre ces deux listes qui se disputent l'électorat de François Fillon en 2017 (59% pour Aurélien Pradié et 15 pour Julien Denormandie), se place une liste Europe Écologie Les Verts avec pour candidat Guillaume Cros, l'actuel 10ème vice-président de Carole Delga au conseil régional, en charge des Affaires Européennes. Dans l'hypothèse d'une liste autonome, comme en 2015, les écologistes récolteraient seulement 12% des votes, soit un peu plus que cinq ans en arrière.

Après des élections européennes et municipales réussies, ce faible score pour EELV apporté par le sondage exclusif Ifop pour La Tribune et Europe 1 s'explique sans aucun doute par le fait que l'actuelle présidente propose une politique écologiste dans ce mandat. Avec comme phare de route d'être la première région européenne à énergie positive en 2050, Carole Delga mène une politique ambitieuse et volontariste en faveur du développement du ferroviaire, de l'hydrogène et de l'éolien entre autres.

"Associés, il y a une vraie dynamique car ils ont gouverné ensemble la région Occitanie au cours du mandat qui s'achève. De plus, avec la politique écologiste de Carole Delga, les électeurs écologistes vont assurer la continuité dans ces temps incertains", affirme le directeur général adjoint de l'Ifop.

The Village Bayou Delga

Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts, aux côtés de Carole Delga, le 28 août dernier, lors de la troisième édition de The Village organisée par La Tribune (Crédits : Frédéric Scheiber).

Il sera donc difficile pour les écologistes de se démarquer face à cette politique menée par la socialiste. Si la direction du parti EELV ne cache pas son intention d'avoir des listes autonomes dans toutes les régions de France aux élections régionales de 2021, elle ne ferme pas non plus la porte à des alliances. Pour l'Occitanie, une assemblée régionale du parti est prévue le 3 octobre pour débattre de la stratégie à suivre dans ce scrutin. Cependant, si EELV et le PS venaient à s'associer une nouvelle fois en 2021 (après l'entre-deux tours en 2015), l'entente cumulerait 30% des voix dès le 1er tour, toujours d'après ce sondage Ifop pour La Tribune et Europe 1.

Cette nouvelle association offrirait une meilleure visibilité à l'électorat de gauche en 2017 (88% de des électeurs de Benoit Hamon opteraient pour cette liste, 51% de ceux d'Emmanuel Macron et 48% de Jean-Luc Mélenchon). De plus, cette association permettrait de reléguer en seconde position le Rassemblement National et Julien Sanchez, avec 26% des voix. Derrière, les équilibres ne sont pas bouleversés par cette alliance. Les Républicains et Aurélien Pradié garderaient leurs 14%, tout comme La France Insoumise et Manuel Bompard (9%). Seule la liste LREM et Julien Denormandie bénéficieraient légèrement de cette alliance PS-EELV en récoltant désormais 13% des votes.

Sondage Ifop régionales Occitanie

Une alliance PS-EELV permettrait à EELV de gagner quelques précieux points (sondage Ifop pour La Tribune et Europe 1).

Faut-il envisager un scénario à la toulousaine pour LREM et LR ?

Denormandie à Toulouse

Le ministre Julien Denormandie, lors d'une récente visite à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

Malgré tout, cela semble encore trop insuffisant pour espérer quoi que ce soit du côté de La République en Marche à l'issue de ces prochaines élections locales, qui tente de se constituer un maillage territorial. Sur le papier, ce parti fondé en 2016 pour envoyer Emmanuel Macron à l'Élysée part de zéro et à tout à gagner en 2021. Seulement, les ambitions de la majorité présidentielle restent d'obtenir la tête de certains exécutifs régionaux au printemps prochain. Dans ces conditions, ne faut-il pas envisager un scénario "à la toulousaine" pour ces élections régionales 2021, en Occitanie ? Pour mémoire, à l'occasion des dernières élections municipales à Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc, encarté chez LR, a noué une alliance avec La République en Marche, très à la traîne dans les sondages avec une liste autonome.

Lire aussi : Municipales : LREM et Moudenc officialisent un "accord politique de fond"

Alors que les deux listes LR-LREM obtiendraient un score cumulé de 25 à 27% au premier tour des ces prochaines élections régionales en Occitanie, une liste commune ne récolterait que 19% des voix au printemps 2021. "Ce scénario montre encore une fois que la politique n'est pas une affaire d'arithmétique. Les électeurs de La République En Marche ne veulent pas de cette alliance avec Les Républicains", analyse Frédéric Dabi. Il appuie ses propos par le fait que seulement 32% des électeurs d'Emmanuel Macron en 2017 apporteraient leur voix à cette liste, alors que dans le même temps 40% iraient chez Carole Delga et 18% chez les écologistes. Même constat du côté des électeurs Les Républicains, où 23% des électeurs de François Fillon se réfugieraient alors du côté de Julien Sanchez et le Rassemblement National.

Sondage ifop régionales Occitanie

Une alliance LREM-LR ne serait bénéfique à aucune des deux formations.

Autre problématique, quelle personnalité pourrait porter cette hypothétique alliance LR-LREM ? Ce duo serait difficile à assumer pour le ministre Denormandie, associé à une force politique fermement opposée au gouvernement dont il fait partie, ce qui sortirait parallèlement du jeu Aurélien Pradié également, étant un ferme opposant à Emmanuel Macron et son gouvernement. Selon nos informations, un autre nom semble se dégager pour mener la liste Les Républicains, avec ou sans alliance LREM, en la personne d'Arnaud Viala, député de l'Aveyron. Lui ou un(e) autre aura quoi qu'il en soit fort à faire pour maintenir l'ancrage actuel des Républicains en Occitanie (21% des voix au second tour en 2015) voire l'améliorer, lui qui dispose de seulement 25 sièges au conseil régional, contre 40 pour le RN à titre de comparaison.

Carole Delga bien partie pour conserver son siège

Après donc une triangulaire en 2015, ce scénario devrait de nouveau se répéter au second tour en 2021, où cinq à six listes pourraient franchir la barre des 10% en Occitanie. Un contexte qui, dans tous les cas de figure, donne vainqueur la présidente sortante, Carole Delga. Soutenue par EELV dans le second round, la socialiste obtiendrait 43% des voix (contre 44 en 2015), avec tout de même le soutien de 56% des électeurs d'Emmanuel Macron en 2017.

Derrière le bloc de gauche, l'alliance LR-LREM menée par Arnaud Viala se verrait accorder 24% des suffrages, avec seulement 68% des électeurs de François Fillon de 2017. Elle serait dans ce cas aisément devancée par le Rassemblement National de Julien Sanchez et ses 33%, en ayant pioché dans l'électorat filloniste de la présidentielle (30%).

Dans le cas où Aurélien Pradié venait à mener une liste Les Républicains (seulement), celle-ci bénéficierait de 27% des voix. Mais la liste de droite resterait devancée par le Rassemblement National (32%) et l'alliance des gauches derrière Carole Delga (41%). À quelques mois de ces élections régionales, le duel Carole Delga face au Rassemblement National s'affirme donc plus que jamais en Occitanie, même si l'offre politique est encore loin d'être stabilisée pour ce scrutin.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/09/2020 à 8:21 :
On a vu aux municipales et on verra probablement aux régionales que LREM n'est déjà plus que le cinquième acteur politique français.
Macron se voit déjà réélu dans un fauteuil en 2022, sur sa seule personnalité. Mais avec le chômage qui explose et les troubles sociaux qui vont s'en suivre, je ne vois pas comment il pourra passer ne serait-ce que le premier tour.
a écrit le 14/09/2020 à 13:41 :
Et si le RN l'emportait ? la gauche en serait toute "boulversifiée" !
a écrit le 14/09/2020 à 11:59 :
Dommage de n'avoir pas testé l'hypothèse d'une liste "Archipel occitan", avec notamment EELV et la France Insoumise, car celle-ci pourrait sérieusement bousculer la suprématie annoncée de Carole Delga.
a écrit le 14/09/2020 à 11:16 :
Si je vivais en occitanie je ferai payer à Carole DELGA d'avoir éponger la note de poitou charente de sa copine Ségolène ROYAL de 2.5 Millions d'euros de déficits. Et je voterai RN pour chasser leds Verts, Rose, Rouga de cette région.
a écrit le 14/09/2020 à 10:17 :
Loin d'etre fan des idees socialistes, faut admettre que C. Delga fait du tres bon travail pour la region.
Elle sera re-elue sans difficultes.
a écrit le 14/09/2020 à 8:52 :
Bof, comme régulièrement depuis pas mal d'années, entre le FN et le PS le jeu de rôle est bien rôdé. Résultat : plus de débat démocratique possible entre ces 2 options. Encore une illustration des résultats positifs de cette fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. En même temps, la manière de faire de Hollande pour cette réforme était déjà absolument antidémocratique. Le débat s'est limité au choix du nom en fait. Et après les élus déploreront le niveau d'abstention... Quelle simulacre de démocratie !
a écrit le 14/09/2020 à 8:26 :
Photo: Les écologistes, des gens avec des micros assis sur des tabourets.

Un sondage de plus afin de bien nous faire penser qu'il n'y a pas d'alternative, qu'il faut en passer par un parti politique corrompu par définition RN entièrement compris bien entendu.

De moins en moins d'électeurs, des élections qui avec moins de 50% de participation perdent toute légitimité mais c'est pas grave, continuons "show must go on", tout va bien.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :