Le maire de Montpellier Philippe Saurel publie un manifeste au vitriol pour "réparer la République"

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(Crédits : DR/Rémi Benoit)
Rejetant le système des partis, qui a selon lui "perverti la vie politique", Philippe Saurel, maire "non aligné" de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, vient de publier un manifeste intitulé 'Réparer la République'. Pas un hasard, puisque le dissident socialiste, a annoncé ce lundi 29 juin sa candidature aux élections régionales en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Dans ce livre, il tire à boulets rouges sur la classe politique et pose les bases d'une nouvelle forme de gouvernance, à la fois plus participative et plus transparente. Morceaux choisis.

Les mots sont mordants et la plume parfois acide. Dans son "manifeste" de 71 pages, intitulé Réparer la République et publié le 25 juin aux Éditions Privat, Philippe Saurel, qui s'est déclaré candidat aux régionales ce lundi 29 juin, règle ses comptes avec la classe politique.

Le maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, qui se positionne, dans le cadre de la fusion des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, comme un défenseur farouche de la place de Montpellier, alimentait depuis plusieurs mois le suspense quant à une potentielle candidature aux élections régionales.

Dans son ouvrage, l'élu fait le constat d'un électorat désenchanté, dénonçant une "instabilité" sur laquelle "se sont érigées peu à peu les bases d'une autre représentation de la République, plus insipide, plus onctueuse, moins conquérante, sur laquelle se pavanent les extrémismes de toute nature". Sa solution : pas forcément faire "la révolution", mais plutôt miser sur une "expérimentation politique". Celle-là même qu'il dit avoir mise en œuvre à Montpellier, en remportant la huitième ville de France à la tête d'une "équipe citoyenne, divers gauche et écologiste (...) contre tous les grands partis politiques". Dénonçant le clivage opposant citoyens et partis, le dissident socialiste mise sur un autre modèle. Le sien.

Les "promesses démagogiques" de la classe politique

L'homme base son argumentaire sur un constat amer.

"L'image des hommes politiques et des partis ne cesse de se détériorer dans l'opinion, et les taux d'abstention de croître", écrit-il, désignant les "surenchères" et les "promesses démagogiques" de la classe politique, "caste" prompte à défendre avant tout "ses propres intérêts".

L'édile n'hésite pas à épingler son propre camp. "Entre des impôts non réglés, des voyages en jet privé et bien d'autres choses encore, comment voulez-vous que le citoyen qui travaille et peine à joindre les deux bouts puisse avoir une quelconque considération pour la chose politique et plus particulièrement pour celles et ceux qui l'incarnent ?".

Les partis "pervertissent la vie politique"

Le maire de Montpellier l'assure, les partis politiques ne font plus recette.

"Ils voient leurs militants s'enfuir et finiront bientôt par ne plus représenter personne. Pire, ils ont fini par pervertir la vie politique en fonction de leurs intérêts propres."

Exclu du Parti socialiste en janvier 2014 après avoir maintenu sa candidature dissidente dans la course à la mairie de Montpellier, Philippe Saurel le martèle : "On peut être socialiste sans être membre du PS". Et l'homme de rejeter en bloc le principe même du "parachutage" de candidats. "N'est-ce pas l'expression du plus profond mépris des instances politiques dirigeantes envers ceux qui chaque jour essaient de faire de la politique dans leur région ?".

Selon lui, "cet entre-soi des processus de décision des partis politiques et l'application 'd'en haut' de ces décisions excluent toute participation effective des citoyens".

Le verbe acéré, il tire à boulets rouges sur "les députés 'hors sol' car élus à la suite du président de la République de façon mécanique, souvent sans véritable ancrage territorial" et sur "des conseillers régionaux souvent recyclés pour telle ou telle raison". À ceux-là, il préfère incontestablement "la République des maires", qui représente pour lui le "socle laïque et républicain de notre pays".

Philippe Saurel

L'iconoclaste maire de Montpellier (© Rémi Benoit)

"Un tiers de Jaurès, un tiers bonapartiste, un tiers anarchiste"

Volontiers provocateur, Philippe Saurel se définit comme "un tiers issu de Jaurès" - pour "l'humanisme et l'esprit de la coopérative" -, "un tiers bonapartiste" - pour la "démarche personnelle" - et "le dernier tiers anarchiste" - "car je suis contre l'establishment, contre les partis organisés et contre les organisations parallèles qui ramollissent l'État et la République".

Un savant cocktail qui l'amène à faire une proposition : "changer de logiciel" en faisant "de la politique, tout simplement", sans être "inféodé aux chapelles politiques".

Persuadé d'aller dans le sens de l'histoire, l'élu ne craint pas les procès en égocentrisme.

"J'entends souvent dire : 'Saurel est isolé'. La seule réponse possible est simple : comptez le nombre de personnes qui ont voté pour moi, quelle que soit leur appartenance politique..."

Sa solution : "briser les carcans dogmatiques" et "prendre ce qui semble bon et pertinent sans aucune œillère politique". C'est d'ailleurs ce qu'il estime avoir fait depuis le début de son mandat à Montpellier il y a un an.

"Lorsque le Front de gauche milite pour la régie publique de l'eau, je prends. Lorsque l'UMP (aujourd'hui Les républicains, NDLR) et le centre font de bonnes propositions pour le développement économique et l'emploi, je prends. Lorsque le PS fait de pertinentes propositions pour les finances et la gestion, je prends !"

Et l'homme le concède, "il est plus facile de rassembler en dehors des partis".

Ses mots d'ordre : l'expérimentation et le dialogue. Son credo : la démocratie participative et la transparence pour le retour de la confiance. Son choix : celui "d'une équation finale citoyenne, divers gauche et écologiste (qui) semble être le seul qui permette de respecter le territoire".

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Commentaires
a écrit le 29/06/2015 à 16:54 :
oui mais combien pense comme lui.

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