Des anciens d'Airbus choisissent Toulouse pour développer Universal Hydrogen

La société californienne Universal Hydrogen, fondée par l'ancien CTO d'Airbus Paul Eremenko, a décidé d'implanter à Toulouse un centre d'ingénierie pour développer des capsules d'hydrogène liquide et réfléchir à leur intégration dans des avions de transport régional déjà en service. Objectif : certifier un avion à hydrogène dès 2025, soit dix ans plus tôt que le calendrier annoncé par l'avionneur européen. Rencontre avec Mark Cousin et Pierre Farjounel, deux piliers du projet.

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Mark Cousin et Pierre Farjounel d'Universal Hydrogen vont ouvrir un centre d'ingénierie dans le Hangar 16 de l'aéroport Toulouse-Blagnac.
Mark Cousin et Pierre Farjounel d'Universal Hydrogen vont ouvrir un centre d'ingénierie dans le Hangar 16 de l'aéroport Toulouse-Blagnac. (Crédits : Frédéric Scheiber)

"Face à l'urgence climatique, j'ai de plus en plus de mal à me regarder dans la glace le matin et faire comme si tout allait bien. Les constructeurs comme Airbus et Boeing annoncent de nouveaux avions en 2035, sur des échelles de temps extrêmement longues. Chez Universal Hydrogen, nous pensons que le rétrofit de flottes existantes pour y intégrer de l'hydrogène répond à cette urgence climatique", lance Pierre Farjounel. Après un cursus d'ingénieur environnemental à l'université Paul-Sabatier et 13 années passées à Airbus, ce Toulousain est le directeur général des opérations européennes d'Universal Hydrogen. La société californienne vient d'annoncer l'implantation d'un centre d'ingénierie dans un hangar de l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

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Universal Hydrogen va prendre ses quartiers dans le Hangar 16 de l'aéroport Toulouse-Blagnac (Crédits : Frédéric Scheiber).

Des capsules d'hydrogène à intégrer dans des ATR

Fondée il y a un peu plus d'un an par l'ancien CTO d'Airbus Paul Eremenko, Universal Hydrogen a eu l'idée de développer des capsules d'hydrogène à intégrer dans un compartiment à l'arrière d'un avion de transport régional existant, de type ATR72 ou Dash 8.

"Notre objectif est de résoudre le défi logistique majeur que pose l'hydrogène. Aujourd'hui, ce n'est pas la faisabilité technique de faire voler un avion à hydrogène qui pose problème mais plutôt l'investissement et les infrastructures nécessaires pour acheminer l'hydrogène dans les aéroports. Avec notre solution, les capsules sont remplies par des producteurs d'hydrogène et elles peuvent être transportées par le réseau de fret normal vers tous les aéroports", avance Mark Cousin, CTO d'Universal Hydrogen et surtout l'ancien directeur technique du programme Beluga XL d'Airbus (la startup compte également l'ancien patron de l'avionneur Tom Enders et l'ex-directeur commercial John Leahy au sein de son comité stratégique).

Avant de détailler :

"Nous allons créer à l'arrière de l'avion un compartiment doté d'une porte d'accès qui pourra accueillir quatre modules contenant chacun deux capsules d'hydrogène (chaque module pèse 400 kg). Il sera possible d'utiliser les équipements dédiés pour charger les bagages dans la soute. Cela permet d'aller vers des carburants alternatifs sans pour autant avoir besoin de demander la permission à des fabricants d'avions."

L'intégration d'un compartiment pour les capsules d'hydrogène va obliger à réduire légèrement le nombre de sièges. "Mais même avec 10 ou 12 passagers de moins sur un ATR72, le coût de l'hydrogène restera inférieur au coût du kérosène. Il en sera de même pour ce qui est de la maintenance", assure Mark Cousin.

Une certification espérée dès 2025

Universal Hydrogen prévoit un premier vol de son innovation dès l'année prochaine et vise la certification en 2025. Le choix du rétrofit explique que la startup espère faire voler son avion à hydrogène dix ans avant le zero emission d'Airbus. L'avionneur européen planche de son côté sur un tout nouveau design d'avion.

"Nous ne nous battons pas contre Airbus ou Boeing. Nos travaux pourraient les aider à lever une grande partie des incertitudes que ces derniers pouvaient avoir avant de mettre un avion à hydrogène sur le marché", commente Pierre Farjounel.

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Pierre Farjounel et Mark Cousin d'Universal Hydrogen. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Universal Hydrogen fait le parallèle avec le business model de Nespresso avec ses capsules.

"Quand Nespresso a commencé à lancer les capsules de café, le groupe a été obligé de fabriquer des machines à café pour démontrer que c'était possible techniquement. Nous allons faire la même chose avec les avions régionaux adaptés à l'utilisation d'hydrogène. Mais à terme, notre objectif est de devenir fournisseur de capsules à hydrogène pour les aéroports du monde. Notre rôle sera également d'optimiser la chaîne d'approvisionnement en faisant le lien entre les producteurs d'hydrogène, le fret et les aéroports", explique Mark Cousin.

Pour ce projet, Universal Hydrogen a déjà noué des partenariat avec le fournisseur des moteurs électriques Magnix et le producteur de piles à combustible et d'hydrogène vert Plug Power. Les compagnies aériennes clientes auront le choix entre deux types de capsules : hydrogène gazeux ou hydrogène liquide. "L'hydrogène gazeux permettra à l'appareil de disposer d'un rayon d'action d'environ 700 km soit une heure et demie de vol. L'hydrogène liquide (ou cryogénique) a l'avantage d'élargir le rayon d'action à 1.000 km soit deux heures de vol. L'inconvénient c'est que la durée de remplissage des capsules va demander près de 2 jours et la chaîne de logistique pour acheminer cet hydrogène liquide est beaucoup plus complexe", poursuit le CTO.

Un hangar avec accès aux pistes à rénover

Alors que les équipes d'Universal Hydrogen en Californie planchent déjà sur l'hydrogène gazeux, ce sera aux futurs ingénieurs du centre d'ingénierie de Toulouse d'étudier l'option hydrogène liquide et son intégration dans les ATR. La jeune société vient de devenir locataire du hangar 16 de l'aéroport Toulouse-Blagnac.

"Plusieurs facteurs expliquent le choix d'Universal Hydrogen de s'implanter à Toulouse. D'abord, être proche des acteurs du secteur aéronautique et ils sont tous quasiment ici. Ensuite, la région Occitanie a montré la volonté de mettre en place une stratégie autour de l'hydrogène. Elle est extrêmement favorable à l'arrivée d'un acteur supplémentaire qui lui permettrait de faire le lien entre la stratégie hydrogène et les acteurs du secteur aéronautique. Le pôle de compétences techniques est absolument incroyable. Tous ces éléments font que Toulouse est une ville extrêmement attractive pour la mise en place de ce projet", plaide Pierre Farjounel.

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Le hangar va être rénové entièrement dans les prochains mois. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Universal Hydrogen dispose désormais d'un hangar avec accès direct aux pistes de l'aéroport Toulouse-Blagnac. ATB va même financer les travaux de rénovation du bâtiment. Les grands volumes seront conservés pour permettre de faire entrer des avions et des bureaux seront aménagés. L'opération doit débuter début octobre avec une entrée dans les lieux programmée au premier trimestre 2022. En attendant, la startup va occuper des locaux d'ATB. Universal Hydrogen commence déjà à recruter avec six postes actuellement ouverts (notamment des ingénieurs en cryogénie). L'entreprise table sur un effectif toulousain de 25 collaborateurs dès le deuxième trimestre 2022.

Après avoir levé 20 millions de dollars depuis le début de l'année, Universal Hydrogen vise un nouveau tour de table plus conséquent fin 2021.

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