Les véhicules autonomes d'EasyMile sillonnent Francazal. Reportage.

Créée en 2014 par Robosoft et Ligier, la société EasyMile, installée à Toulouse Montaudran, vient d'inaugurer de nouveaux locaux sur le site de Francazal. Elle va y tester des navettes autonomes destinées aux parcs d'attraction, campus ou sites industriels. Reportage.
La navette EZ10 à Francazal.
La navette EZ10 à Francazal. (Crédits : Gael Cérez)

Juste avant le départ, une sonnerie similaire à celle d'un ancien tramway résonne dans la cabine. Sans un bruit, la navette s'ébranle. À 15 km/h, les friches de l'ancienne base aérienne 101 de Francazal défilent derrière les quatre baies de l'habitacle. Que l'on regarde à droite, à gauche, derrière ou devant, la vue est dégagée. Pas de chauffeur dans ce véhicule autonome électrique nommé EZ10 commercialisé par la société EasyMile, mais un salarié fait office de guide.

"Quand les ascenseurs sont apparus, il y avait des grooms pour rassurer les gens, alors que nous les prenons seuls aujourd'hui, explique-t-il. C'est la même chose avec nos véhicules autonomes."

Roulant doucement entre les immeubles défraichis de la base aérienne, la navette relie l'aire de stationnement aux locaux qu'EasyMile inaugure ce vendredi 23 octobre.

"Nous avons cartographié la zone en y circulant une première fois, explique le jeune guide du jour en exhibant une manette branchée à l'avant du véhicule. Cela nous permet de le piloter manuellement quand il le faut."

Un système anti-collision

Après cette première étape, le parcours est programmé dans le système de contrôle de la navette qui n'en déviera pas une fois lancée en mode automatique. Inévitablement, la question fuse : "Et si un piéton apparaît face à elle ?"

"Quatre lasers certifiés pour la détection d'obstacles sont placés aux coins du véhicule. Si quelqu'un entre dans la zone d'arrêt d'urgence, la navette s'arrête automatiquement, répond le salarié. Un autre laser, installé sur le toit est quant à lui relié à des algorithmes. Notre objectif est d'améliorer sa perception de l'environnement pour anticiper les obstacles et avoir une conduite plus fluide."

Sur la presque déserte base de Francazal, les problèmes liés au passage impromptu d'un piéton sont quasi inexistants. Mais, à terme, EasyMile compte faire circuler ses navettes dans des zones piétonnières très fréquentées comme des campus, des parcs d'attractions ou des sites industriels. Réduire le nombre d'arrêts imprévus est donc une nécessité. D'autant plus que les manœuvres d'évitement ne sont pas à l'ordre du jour du fait de leur complexité. "Dans ces cas-là, le véhicule doit être capable de voir si rien n'arrive derrière ou devant lui, et s'il y a de la place pour se décaler", précise Xavier Salort, de EasyMile.

Au bout de la ligne, les passagers descendent de la navette et rejoignent les nouveaux locaux d'EasyMile. Cette coentreprise basée à Montaudran a été créée il y 18 mois par Robosoft et le constructeur automobile Ligier. Sur la base de Francazal, les équipes d'EasyMile réaliseront de la R&D et testeront les navettes.

#EZ10 la navette autonome de @Easy_Mile sur le site de Francazal, futur village des drones et de la robotique. pic.twitter.com/lSBcOk1d5j

— Gael Cérez (@GCerez) 23 Octobre 2015

Déploiement à Singapour et San Francisco

Après plusieurs années de développement par Robosoft, l'industrialisation et la commercialisation de la navette EZ10 a été lancée via un partenariat avec Ligier et l'arrivée d'un nouvel actionnaire principal en 2014 : Gilles Gagnaire.

"Notre ambition est très différente de celle de la Google Car. Nous voulons limiter les véhicules dans les environnements urbains car ceux-ci sont contraints par le manque d'espace, comme à Singapour, ou par la saturation des réseaux, comme à San Francisco, explique-t-il. Nous avons déployé l'EZ10 à Singapour et nous venons de signer un accord avec la direction des transports de San Francisco."

En 2016, l'entreprise compte équiper différents sites aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, à Doha et en Australie. Et la France ? "La France n'est pas un marché plus intéressant qu'un autre pour nous. Je ne pense pas que nous y déploierons l'EZ10 l'an prochain", constate Gilles Gagnaire.

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