Protonthérapie : Montpellier répond au tableau comparatif des Toulousains

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Jacques Domergue est le directeur de l'Institut du Cancer de Montpellier
Jacques Domergue est le directeur de l'Institut du Cancer de Montpellier (Crédits : Edouard Hannoteaux)
Entre Toulouse et Montpellier, la lutte d'influence se poursuit sur le terrain de la santé. La semaine dernière, un comité d'experts a été créé à Toulouse pour promouvoir la filière santé midi-pyrénéenne dans le cadre de la fusion des deux régions. Ce groupement vise entre autres à obtenir un centre de protonthérapie, un équipement de lutte contre le cancer pour lequel l'État va bientôt lancer un appel d'offres. À Toulouse, des proches du dossier ont également dressé un tableau comparatif des deux villes en matière de santé. Montpellier juge "stupide" de telles comparaisons. Jacques Domergue, directeur de l'Institut du cancer de Montpellier (ICM), est porteur du projet protonthérapie en Languedoc-Roussillon. Pour lui, "Montpellier est la capitale de la santé". Interview.

Toulouse a annoncé vendredi la création de Toulouse Excellence Santé. Par ailleurs, un tableau comparatif des spécialités médicales qui place le CHU de Toulouse en position de leader face à Montpellier a été diffusé. Comment réagissez-vous ?
Je pense que le préfet préfigurateur de la future région Pascal Mailhos a raison quand il déclare qu'"en matière d'oncologie, Toulouse et Montpellier doivent collaborer, plutôt que de s'opposer sur des appels à projets". La diffusion de ce tableau est très négative en termes d'image. D'autre part, il est stupide de comparer ainsi les CHU des deux métropoles d'après les classements du Point. Si certaines spécialités sont moins développées au sein du CHU de Montpellier qu'à Toulouse, il ne faut pas oublier que Montpellier peut compter sur le CHU de Nîmes et l'Institut du Cancer (ICM). En comptabilisant ces trois établissements, il n'y a pas de déséquilibre avec Toulouse.

Êtes-vous en compétition pour l'équipement de protonthérapie ?
Le dossier de protonthérapie en région doit être analysé avec sérénité, sur des bases médicales et scientifiques, et pas exclusivement en s'appuyant sur des comités pour accentuer le lobbying politique. N'ayons pas peur de demander aux porteurs de projet de venir le présenter devant les instances régionales, plutôt que de se déchirer sur la place publique au risque de s'affaiblir ensemble.

Quels sont les points forts du projet montpelliérain ?
La radiothérapie est une spécialité sur laquelle Montpellier est pionnière depuis de nombreuses années. L'institut du cancer de Montpellier a le premier scanner dédié à la radiothérapie en France puis (en 2001) la première IMRT de l'Hexagone. Le projet est porté par David Azria, cancérologue reconnu nationalement et internationalement. David Azria a notamment mis au point un outil de dépistage des patients éligibles à la protonthérapie, technique qui sera bientôt commercialisée et pourra être utilisée dans toute la France.

Ensuite, le centre de protonthérapie s'inscrit dans un projet transfontalier avec le pôle de compétitivité marseillais EurobioMed et l'Institut du cancer catalan de Barcelone dont les patients pourront venir se soigner à Montpellier. Et puis, le projet montpelliérain sera situé dans un bâtiment juste à côté de l'Institut du Cancer et il dispose déjà d'un plan de financement. Le projet sera présenté dans quelques semaines au sein du comité métropolitain mais les collectivités locales se sont déjà engagées à financer l'implantation de ce centre. Je ne sais pas si c'est déjà le cas à Toulouse.

Fin juillet, l'État a annoncé, dans le cadre de la fusion des régions, l'implantation du siège de l'Agence régionale de santé (ARS) à Montpellier. Pensez-vous que cela renforce votre position de favori ?
En installant la direction de l'ARS à Montpellier, l'État a affiché sa volonté de faire de Montpellier la capitale régionale de la santé dont la protonthérapie est un des fers de lance. C'est la raison pour laquelle Montpellier ne peut pas lâcher sur la protonthérapie. Il ne faut pas que Toulouse continue de dénigrer Montpellier. Toulouse est la capitale de la grande région. Montpellier-Nîmes, de par son histoire, son passé, ses structures de recherche et de soin, est la capitale de la santé.

Avez-vous l'intention de lancer également de votre côté un outil de lobbying ?
Nous ne faisons pas des réunions de lobbying mais des réunions de travail. Toulouse a peut-être besoin de faire du lobbying mais, de notre côté, nous n'avons pas besoin d'afficher nos soutiens, il est évident que toute la région est derrière nous. Des industriels mais aussi des banquiers participent à nos réunions de travail.

Précision de Toulouse Excellence Santé

Le comité Toulouse Excellence Santé a souhaité apporter une précision suite à l'article "Protonthérapie : face à Montpellier, Toulouse crée un comité de lobbying" paru la semaine dernière sur notre site. Via son service de communication, le nouveau comité fait savoir qu'il n'est pas "un outil de lobbying uniquement destiné à obtenir le centre de protonthérapie". "Il s'agit, dans le cadre de la fusion des régions, de promouvoir aussi la gériatrie, la e-santé, la cardiologie, etc. Au delà de la protonthérapie, nous luttons contre l'idée selon laquelle toute les compétences santé sont à Montpellier."

Afin de mettre en avant les atouts et les perspectives de la filière santé locale et d'expliquer l'enjeu de la compétition internationale et de la rivalité Toulouse / Montpellier, La Tribune-Objectif News organise le 25 septembre le 1er forum santé Innovation (inscription ici).

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Commentaires
a écrit le 23/09/2015 à 9:56 :
Comment lutter face à Toulouse et ses 750 M€ avec son IDEX et Montpellier sans rien???
Il faudra un jour que les présidents des universités qui ont saboté l'IDEX viennent s'expliquer, ils nous laissent une catastrophe économique pour les 20 prochaines années.
Montpellier va être laminée en recherche universitaire. c'est un scandale régional
a écrit le 22/09/2015 à 10:31 :
Ces gué-guerres sont insupportables, on dirait des gamins dans la cour de récré ! Il y a moyen de partager ou de faire ensemble, mais il y a aussi des logiques de recherche ou d'implantation des services…etc,… zut, vous ne pouvez pas vous mettre autour d'une table au lieu de vous déchirer… par voie de presse en plus, c'est fastoche !
De plus en plus déçue par les agissements de nos politiques, de tous bords.
a écrit le 21/09/2015 à 23:00 :
Il est gentil le monsieur, ce qu'il appelle "collaborer" serait donc un abandon pur et simple des ambitions de Toulouse en matière de santé au profit de Montpellier ?
Et comment peut-il dire "Le dossier [...] doit être analysé avec sérénité, sur des bases médicales et scientifiques, et pas exclusivement en s'appuyant sur des comités pour accentuer le lobbying politique" et deux phrases plus loin "l'État a affiché sa volonté de faire de Montpellier la capitale régionale de la santé dont la protonthérapie est un des fers de lance. C'est la raison pour laquelle Montpellier ne peut pas lâcher sur la protonthérapie" ?
Qu'il assume prêcher pour sa paroisse, au moins il sera honnête.

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