Origines de l'humanité : Little Foot est-il notre nouveau plus vieil ancêtre ?

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Little Foot dans sa gangue de pierre.
Little Foot dans sa gangue de pierre. (Crédits : Laurent Bruxelles)
Le fossile Little Foot est vieux de 3,67 millions d'années. Cette nouvelle datation fait de l'australopithèque, retrouvé en 1997 en Afrique du Sud, un ancêtre potentiel d'Homo Habilis, notre ancêtre direct vieux de - 2,5 millions d'années. Associé à l'équipe internationale à l'origine de cette découverte, le chercheur toulousain Laurent Bruxelles explique en quoi elle bouleverse les connaissances actuelles et replace l'Afrique du Sud comme l'un des berceaux de l'humanité.

"Cette découverte va changer les manuels." Francis Duranthon, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, est formel : les travaux publiés dans la revue Nature et présentés ce jeudi 2 avril vont changer l'Histoire, ou plutôt la préhistoire. Assis à côté, accoudé à une paillasse de l'institution, son collègue Laurent Bruxelles a encore du mal à saisir la portée de ses travaux. L'article qu'il vient de cosigner dans la revue dote pourtant l'humanité d'un nouvel "plus vieil ancêtre". Après Lucy, une australopithèque de 3,2 millions d'années, retrouvée en Éthiopie en 1974, voici Little Foot, son aîné, vieux de 3,67 millions d'années. À cette échelle, la différence ne compte presque plus. Elle rebat cependant les cartes de l'évolution et qualifie l'Afrique du Sud comme l'un des berceaux potentiels de l'humanité.

Huit année d'études

Retour en arrière. En 1997, l'équipe du paléoanthropologue sud-africain Ron J. Clarke découvre le fossile de Little Foot à une profondeur de 25 mètres, dans la grotte de Sterkfontein.

"Tout porte à croire qu'il est mort à la suite de sa chute dans la grotte, détaille Laurent Bruxelles, géoarchéologue de l'Inrap et rattaché à l'équipe Traces du CNRS à Toulouse. La disposition du squelette, un bras en l'air, l'autre enroulé contre son corps, montre bien que le corps n'a quasiment plus bougé depuis sa mort."

Mais de quand date-t-elle, cette mort ? Dans un premier temps, "le fossile a été daté à - 2,2 millions d'années en se basant sur la calcite qui l'entourait, explique Laurent Bruxelles. Mais cela ne satisfaisait pas Ronald Clarke qui nous a demandé, en 2007, de collaborer sur la question de la datation de Little Foot." Invité en sa qualité de Karstologue (spécialiste des paysages et cavités en milieu calcaire), Laurent Bruxelles se rend sur place et découvre l'ampleur de la tâche. "Je me suis rendu compte que j'en avais pour 10 ans", sourit-il aujourd'hui.

En vérité, il aura fallu 8 ans aux chercheurs pour donner à Little Foot son âge véritable. Coordonnant depuis 2007 des études géologiques, géomorphologiques et paléoenvironnementales, le géoarchéologue copublie un article en mars 2014 prouvant que le fossile était "nettement plus vieux".

Un an plus tard, le chercheur vient de cosigner une nouvelle étude dans la revue Nature, dont les conclusions vont marquer la paléoanthropologie.

"Nous avons montré que les sédiments entourant Little Foot n'ont pas été remaniés, explique Laurent Bruxelles. Darryl Granger, l'auteur principal de l'article, avait déjà daté le fossile à 4 millions d'années mais la marge d'erreur était trop grande. Mes travaux montrent qu'en datant les sédiments, ont date le fossile. Darryl Granger et Marc Caffee, qui a amélioré la méthode de datation cosmogénique, datent de façon valable les sédiments."

Résultat, pour les scientifiques, Little Foot est vieux de 3,67 millions d'années. Cette fois-ci, la marge d'erreur est de 150 000 ans seulement. Une paille.

À la recherche du chaînon manquant

Cette découverte, capitale, remet l'Afrique du Sud en bonne place dans la course de l'évolution. Avec cet âge, Little Foot, un australopithecus prometheus, est comparable à l'australopithecus afarensis d'Afrique de l'Est. "Il pourrait être l'ancêtre d'Homo Habilis, notre ancêtre direct vieux de - 2,5 millions d'années, s'enthousiasme le chercheur. Auparavant, on pensait que les fossiles d'Afrique du Sud n'étaient pas assez anciens. Maintenant, on sait que c'est là qu'on pourra peut-être trouver le chaînon manquant de l'humanité."

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