Laurent Bruxelles, le Toulousain à la recherche des origines de l'humanité

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Laurent Bruxelles au Museum de Toulouse aux côtés de Sediba, un autralopithèque découvert à Malapa en 2010 et daté de 2 Millions d'année
Laurent Bruxelles au Museum de Toulouse aux côtés de Sediba, un autralopithèque découvert à Malapa en 2010 et daté de 2 Millions d'année (Crédits : Rémi Benoit)
À la croisée entre l'archéologie, la géographie et la géologie, Laurent Bruxelles, géoarchéologue de l'Inrap et rattaché au CNRS de Toulouse, cherche les origines de l'humanité en Afrique. À 45 ans, il vient de se voir décerner la médaille de bronze du CNRS pour l'ensemble de ses travaux.

Bac de comptabilité en poche en 1988, Laurent Bruxelles ne se voyait pas persévérer dans des études de droit. Son dada, c'est plutôt la spéléo. Mais, faute d'un niveau scientifique suffisant pour intégrer la fac de géologie à Montpellier, celui qui voulait "comprendre les grottes" s'oriente alors vers la géographie physique et l'étude des formes et dynamiques des paysages : la géomorphologie. Entre 1997 et 2001, ce doctorant originaire du Languedoc s'intéresse aux plateaux calcaires des grands causses dans l'Aveyron. C'est là qu'a lieu le déclic.

"L'A75 entre Clermont-Ferrand et Bézier allait être construite, raconte-t-il. Les archéologues préventifs de l'AFAN (association pour les fouilles archéologiques nationales) m'ont demandé de travailler avec eux."

À ses confères archéologues, Laurent Bruxelles apporte sa connaissance des sols. Une donnée importante pour contextualiser les artefacts découverts sur le tracé de l'autoroute. "En étudiant les sols, on voyait qu'il y avait des coulées de boue, signe que les terrains avaient été rendu instables. On pouvait en conclure que les hommes du néolithique, ces premiers agriculteurs, les avaient déjà défrichés."

Après un passage par l'école des Mines de Mons en Belgique, Laurent Bruxelles est appelé par l'INRAP, le successeur de l'AFAN, pour travailler sur les terrasses de la Garonne. De 2002 à 2003, il suit les sondages réalisés le long du fuseau de l'A380.

"Cela nous a permis de mieux comprendre l'histoire de la vallée, mais également de savoir qu'il ne fallait pas dater les matériaux découverts autour des vestiges, mais les vestiges eux-mêmes pour obtenir la bonne datation."

Un enseignement dont il tirera partie quelques années plus tard dans une grotte d'Afrique du Sud. Fort de cette expérience, il est nommé au poste de géoarchéologue tout juste créé à Toulouse et travaille notamment sur les implantations antiques de la Ville Rose.

Pour une archéologie préventive publique

Toujours rattaché au CNRS à Toulouse, Laurent Bruxelles travaille aujourd'hui dans le Languedoc-Roussillon. Son terrain de jeu : la ligne grande vitesse entre Nîmes et Montpellier. Entre 2012 et 2014, l'Inrap y a détecté 29 sites archéologiques dignes d'intérêt. Longtemps considéré comme un coût inutile, l'archéologie préventive est aujourd'hui mieux acceptée par les aménageurs. "Ils ont compris qu'il fallait mieux que nous nettoyions le terrain avant le début des travaux plutôt que d'arrêter le chantier à cause d'une découverte", note Laurent Bruxelles.

Signe de ces bonnes relations, Bouygues a confié à l'Inrap la fouille de l'ensemble des sites découverts le long de la ligne à grande vitesse. Et ce, sans passer d'appel d'offre. Une décision qui ne coule pas de source puisque depuis 2003, l'Inrap, qui a le monopole des diagnostics archéologiques, est mis en concurrence avec des opérateurs privés pour les fouilles.

"Cette privatisation de l'archéologie préventive nous a obligés à nous réorganiser, en particulier pour raccourcir les délais, reconnaît-il. Mais d'un autre côté, il y a le risque de ne pas fouiller les sites de manière optimales."

Autant d'informations irrémédiablement perdues pour la science, puisque les sites, une fois "nettoyés", sont détruits durant le processus. Aussi, à l'image de nombreux scientifiques, Laurent Bruxelles souhaiterait la mise en place d'un pôle public d'archéologie préventive qui chapeauterait toute la filière, publique et privée. Des tractations en ce sens seraient en cours auprès de la ministre de la Culture Fleur Pellerin.

À la recherche du berceau de l'humanité

Parallèlement à ses activités à l'Inrap, le géoarchéologue dispose chaque année de 90 jours dédiés à la recherche. Spécialiste des grottes, il intervient à Lascaux pour préserver les peintures des infiltrations ou encore au Mas-d'Azil.

Outre plusieurs missions en Éthiopie, Laurent Bruxelles coordonne depuis 2007 des études géologiques, géomorphologiques et paléoenvironnementales dans l'aire du "Berceau de l'humanité" en Afrique du Sud. Invité en 2007 par le paléoanthropologue sud-africain Ronald Clarke, le scientifique français doit vérifier la datation de Little Foot, un australopithèque découvert en 1997 dans la grotte de Sterkfontein.

"Le fossile a été daté à - 2,2 millions d'années en se basant sur la calcite qui l'entourait, mais cela ne satisfaisait pas Ronald Clarke, explique Laurent Bruxelles. Nos recherches ont effectivement prouvé qu'il était nettement plus vieux. Peut-être autant que Lucie !"

Cette découverte, capitale, pourrait remettre l'Afrique du Sud en bonne place dans la course de l'évolution. "Si Little Foot a - 2,2 millions d'années, il ne peut être l'ancêtre d'Homo Habilis, vieux de - 2,5 millions d'années, qui est lui-même notre ancêtre direct. Par contre, s'il est plus vieux, cela change tout. L'Afrique du Sud peut être un foyer de l'humanité au même titre que l'Afrique de l'Est", s'enthousiasme le chercheur.

Après cette campagne de longue haleine (trente voyages depuis 2007) en Afrique du Sud, Laurent Bruxelles va poursuivre son exploration des grottes susceptibles de receler des fossiles. En décembre, une mission franco-sud-africaine partira en Namibie dans cette optique. Une première dans ce domaine.

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