Face au New Space, quelle stratégie pour les entreprises toulousaines ? (1/2)

Capitale européenne historique du spatial, Toulouse peut-elle s’imposer face à une nouvelle industrie en plein essor venue des États-Unis ? C'est l'enquête réalisée par La Tribune dans son supplément en kiosque ce jeudi 21 juin. Dans ce premier volet, vous allez découvrir comment grands donneurs d'ordre et PME s'adaptent à l'arrivée en force des petits satellites. Grâce à un puissant écosystème, de nouvelles pépites prometteuses ont aussi vu le jour. De quoi faire émerger de nouveaux leaders mondiaux de l’espace ?

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55% des petits satellites lancés à ce jour l'ont été depuis l'Amérique du Nord.
55% des petits satellites lancés à ce jour l'ont été depuis l'Amérique du Nord. (Crédits : CNES/Emmanuel Grimault, mars 2017)

En février dernier, le milliardaire californien Elon Musk à la tête de SpaceX a fait sensation en parvenant à envoyer dans l'espace une voiture Tesla via Falcon Heavy, qui est désormais la fusée en activité la plus puissante au monde. « Le New Space redonne au spatial la dimension de rêve qu'il avait perdu. Cette démarche est une façon d'accélérer la démocratisation de l'espace, un marché relativement fermé, mais aussi un catalyseur, une sorte de relooking bénéfique à l'écosystème dans sa globalité », estime Cédric Balty, directeur innovation et business intelligence chez Thales Alenia Space. Le New Space désigne les nouveaux acteurs du spatial qui ont émergé depuis une dizaine d'années à l'image de Space X et plus globalement les innovations technologiques traversant le secteur : constellations de petits satellites, engins tout électrique, numérisation des processus de fabrication... Toulouse, capitale européenne du spatial deviendra-t-elle le centre névralgique de ce secteur nouvelle génération ? « Le New Space a fait émerger deux grandes activités : les nanosatellites et de nombreux services utilisant les données spatiales pour l'agriculture, la surveillance du climat , de la pêche... Si beaucoup d'entreprises se sont positionnées sur les applications spatiales, Toulouse n'est pas en avance, pour ne pas dire en retard, sur le champ des nanosatellites », observe Yann Barbaux, le président du pôle de compétitivité Aerospace Valley. Les nanosatellites, ce sont ces petits satellites qui pèsent quelques kilos là où un satellite de télécommunications classique pèse généralement plusieurs tonnes. Ils peuvent être lancés dans l'espace en même temps qu'un gros appareil à coût réduit ou faire partie d'une constellation de plusieurs centaines de petits satellites.

55% des petits satellites lancés depuis l'Amérique du Nord

Selon Euroconsult, 55% des petits satellites lancés à ce jour l'ont été depuis l'Amérique du Nord. Le cabinet de conseil spécialisé dans le spatial recense à ce jour 35 projets de constellations à travers le monde (20 pour des télécoms et 15 pour l'observation de la Terre), là aussi majoritairement conçus Outre-Atlantique. «Le développement est plus rapide aux Etats-Unis en raison de la taille du marché. Il y a aussi plus de capital-risque », rappelle Pacôme Revillon, PDG d'Euroconsult. Ce contexte facilite l'accès des nouveaux acteurs à des levées de fonds pour financer leur projet. L'expert remarque aussi des modèles économiques différents des deux côtés de l'Atlantique.  « Dans le New Space, il y a deux types de sociétés. Aux Etats-Unis, le modèle dominant ce sont des opérateurs de constellations qui fabriquent eux-mêmes leurs satellites de A à Z. L'autre profil que l'on retrouve davantage en Europe, ce sont des fabricants de satellites pour des tiers (opérateurs télécom par exemple). Chaque pays a une startup sur ce créneau : Isis aux Pays-Bas, Clyde Space au Royaume-Uni, GomSpace au Danemark. En France, on peut citer par exemple Nexeya », détaille Pacôme Revillon, PDG d'Euroconsult.

Nexeya, pionnier de la filière nanosatellite en France

Fondé en 1989, Nexeya fait figure de pionnier en se lançant dès 2009 dans les nanosatellites. La société emploie 920 personnes dont la moitié à Toulouse. L'an dernier, elle s'est associée au Cnes pour permettre la mise en orbite à la fin de l'année 2019 de ce qui sera le premier nanosatellite français. Baptisé Angels, ce satellite de 25 kilos est le fruit d'un co-investissement de 9,4 millions supporté à 50 % par le Cnes (qui va développer la charge utile et assurer le support technique) et les 50 % restants par Nexeya et ses partenaires tels que CS, Erems, Mecano-ID, SAFT, Spacebell et Steel (chargés de réaliser la plateforme et d'assembler le satellite). L'entreprise vise les Gafam, autrement dit les géants du web (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), comme clients potentiels. "Nexeya fédère tout un réseau de partenaires de sous-traitants sur les équipements et le segment sol. Nous sommes les porte-drapeaux de la filière industrielle nanofrançaise", avance l'entreprise.

Airbus s'allie avec OneWeb, Thales avec Spaceflight Industries

Pour rester dans la course, les grands donneurs d'ordre se sont rapprochés des acteurs américains du New Space. Airbus a créé la coentreprise One Web Satellites avec l'opérateur One Web. Objectif : lancer une constellation de 900 petits satellites de 145 kg pour donner un accès internet haut-débit à toute la population mondiale. Une première usine de 4 600m2 à été inaugurée à Toulouse en juin 2017 par Airbus Defence & Space pour construire les dix premiers modèles qui seront lancés en fin d'année. Une seconde usine cette fois basée en Floride sera chargée de produire le reste de la constellation avec un lancement tous les 21 jours, sachant qu'à terme One Web ambitionne de fabriquer deux à trois satellites par jour ! Un véritable challenge pour Airbus Defence & Space qui se retrouve pour la première fois de son histoire à produire en série. «Nous ne sommes pas encore tout à fait dans de la grande série comme dans le secteur de l'automobile mais l'usine toulousaine dispose de postes de travail avec des morceaux de satellites à assembler sur des chaînes linéaires », fait remarquer Arnaud de Rosnay, vice président des satellites de télécommunications d'Airbus.

De son côté, Thales vient de finaliser son alliance dans le domaine de l'observation spatiale avec la société américaine Spaceflight Industries pour lancer une constellation de 60 petits satellites.

Demain, vendredi, retrouvez la suite de cette enquête.

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