New Space : les cinq startups qui comptent à Toulouse

C'est une expression que l'on entend de plus en plus dans le domaine du spatial, le New Space. Cette nouvelle manière d'envisager la conquête spatiale qui a bouleversé les processus, les investissements et le marché pour les grandes institutions que sont les agences spatiales et les constructeurs "traditionnels". Le New Space est également caractéristique de l'émergence de nouveaux acteurs mondiaux de toutes parts à l'image de l'entreprise privée Space X du célèbre milliardaire américain Elon Musk. À l'occasion de la sortie en kiosque de cahier La Tribune Toulouse sur le thème "Toulouse, capitale du New Space ?", jeudi 21 juin, la rédaction vous propose un avant-goût avec un tour d'horizon des startups toulousaines qui font partie de cet énorme écosystème du spatial.

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Le New Space a fait émerger avec lui de nombreuses startups.
Le New Space a fait émerger avec lui de nombreuses startups. (Crédits : DR/Rémi Benoit)

Anywaves fabrique des antennes en 3D pour les nanosatellites

Créée en avril 2017, Anywaves, conçoit des antennes miniatures haute performance, en céramique, imprimées en 3D à destination des nanosatellites (petits satellites), caractéristiques du New Space. Ces antennes entièrement fabriquées par la jeune startup toulousaine sont un élément indispensable dans les systèmes sans fil de la navigation, télésurveillance et de télécommunication...

"L'émergence du marché des nanosatellites a rendu la barrière à l'entrée moindre puisqu'il n'y a pas les exigences que l'on peut avoir pour des satellites traditionnels géostationnaires avec des pans de développement et des coûts pharamineux qui limitent l'accès", explique Nicolas Capet, fondateur d'Anywaves et ancien ingénieur au Cnes.

Ses sept années passées au sein du Centre national d'études spatiales lui ont ouvert les portes de l'entrepreneuriat.

"Le domaine du spatial est relativement difficile d'accès surtout pour des équipementier d'antennes, mais mon expérience au Cnes m'a nourrit et permis de développer tout mon réseau et ma connaissance du métier", affirme Nicolas Capet.

Pour l'instant, les clients d'Anywaves sont principalement concentrés en Europe, où celle-ci ambitionne à terme de devenir un leader dans le domaine des antennes pour CubSat (synonyme de nanosatellite). Après un peu plus d'une année d'activité, la jeune pousse qui emploie pour l'instant cinq personnes, envisage trois nouvelles embauches d'ici fin 2018 ainsi qu'une possible levée de fonds afin d'accélérer sa croissance, développer de nouveaux produits et muscler sa présence à l'international notamment aux États-Unis et en Asie. "Nous sommes en train de travailler sur plusieurs scénarios", conclue le fondateur d'Anywaves.

EarthCube mise sur la surveillance par satellite

Fondée en 2016 par un ancien ingénieur d'Airbus Defence & Space et un ancien manager de chez Areva, la startup EarthCube a mis au point un système qui analyse les images fournies par des satellites, des drones ou des hélicoptères et détecte automatiquement les anomalies sur les sites sensibles.

"Ce système de surveillance est adapté pour des pipelines (des plateformes pétrolières), des carrières, des zones de forêt, des camps de réfugiés... tous les lieux à fort enjeu safety & security pour les gouvernements et les industriels", précise Renaud Allioux, co-fondateur d'EarthCube.

Une complication qui est habituellement repérée en une journée par un photo-interprète, l'est en seulement quelques minute avec le système informatique d' EarthCube. Cette rapidité permet à leurs clients d'agir plus vite, mais aussi de réaliser des économies. Par exemple, cela éviterai aux pipelines de perdre des milliards d'euros à causes de fuites.

Après deux ans d'activité, la startup a franchi la barre des 25 salariés. Elle recense une demi-douzaine de contrats singés, principalement en France et en Europe. Pour accompagner son développement, en octobre 2017, EarthCube a bouclé un tour de table de trois millions d'euros auprès de la société d'investissement 360 Capital Partners.

Lire aussi : La startup EarthCube lève trois millions d'euros

SnapPlanet, le premier réseau social du spatial

Le premier réseau social du spatial est toulousain. En effet, l'application 100% gratuite SnapPlanet permet aux utilisateurs d'iPhone et Android de partager, commenter, aimer et partager des images satellites de la Terre.

"Une fois inscrit et géolocalisé, il est possible d'accéder en quelques clics à des images de n'importe quelle partie de notre planète prise dans le passé ou aujourd'hui", précise Jérôme Gasperi, créateur de SnapPlanet.

Avec sa plateforme, cet ingénieur au Cnes a pour objectif de faciliter l'accès aux données spatiales au grand public. "Jusqu'à présent le domaine du spatial s'adressait seulement aux personnes qui y travaillent. Il y a peu d'ouverture vers l'extérieur", regrette-t-il.

Les images partagées sur l'application proviennent de la constellation de deux satellites optiques Sentinel-2, lancés par l'Agence spatiale européenne (ESA) dans le cadre du projet Copernicus. Depuis 2015, ils fournissent, tous les cinq jours, des clichés de la Terre d'une résolution de 10 à 60 mètres. "Les personnes et les voitures ne sont pas perceptibles, par contre les bâtiments le sont facilement".

Lancée officiellement en mars 2017, la startup SnapPlanet est le fruit d'un essaimage du Cnes, où quand le Centre national d'études spatiales permet à ses employés de se détacher durant dix huit mois, tout en continuons à percevoir leur salaire, pour pouvoir créer leur propre société. L'essaimage de Jérôme Gasperi prend lui fin en juillet 2018 date a laquelle celui-ci va définitivement quitter son poste au sein du Cnes afin de se consacrer entièrement à SnapPlanet. L'ingénieur souhaite dorénavant trouver un modèle économique pour son projet afin de générer à terme du chiffre d'affaires et recherche actuellement un business developer. Il a d'ailleurs d'ores et déjà un plan d'évolution pour cette application qui compte quelques 3 500 utilisateurs provenant des quatre coins du monde.

"L'idée, c'est d'ajouter un onglet 'événements' à l'application où seront recensés tous les événements géophysiques (tremblement de terre, éruptions, inondations...) qui se passent en permanence dans le monde et qui sont également photographiés par des satellites. Ces données pourront servir à expliquer et surtout suivre ces phénomènes et être directement connectées à l'actualité. Ce service pourra ensuite être vendu à des professionnels du domaine ou des agences de presse par exemple", se projette Jérôme Gasperi.

Terranis met les satellites au service de l'agriculture

Créée en mars 2014 par David Hellot et Marc Tondriaux, deux anciens ingénieurs d'Airbus, Terranis développe des services et des applications basées sur l'imagerie satellite dans le domaine agro-environnemental, plus précisément dans l'agriculture et la viticulture.

"À partir de ces images, nous arrivons à extraire des informations sur l'état des végétaux et à prendre des décisions sur le terrain pour optimiser les pratiques culturales", explique David Hellot, co-fondateur de Terranis. La startup propose ainsi trois volets de monitoring.

Le service Pixagri, adapté pour les grandes cultures, permet de détecter les hétérogénéités (problèmes de fertilisation, d'irrigation, des maladies...) de développement des parcelles. "Les agronomes de l'équipe étudient les cartes (conçues à partir d'images satellites durant toute la saison) et sont capables de détecter et d'expliquer une anomalie".

Pour le domaine viticole, Terranis a développé Œnoview, un service similaire au premier. "Le viticulteur va profiter de conseils de vendange sélective, c'est-à-dire que nous l'aidons à sélectionner les parcelles et morceaux de parcelles qui peuvent être vendangées en même temps afin d'obtenir un vin de qualité", assure David Hellot.

Ces deux applications sont généralement vendues à des structures intermédiaires, des coopératives agricoles, des caves coopératives... qui les revendent ensuite aux agriculteurs et viticulteurs avec qui il sont directement en contact. En France, plusieurs centaines de vignerons utilisent Œnoview. "Entre 5 000 et 10 000 hectares de vignes étaient monitorés chaque année", précise David Hellot. Le services est également exporté en Italie, en Grèce, en Espagne, en Hongrie et au Chili où un des 18 salariés de Terranis travaille à plein temps. Pixagri est quant à lui exclusivement vendu à l'étranger en Amérique du Nord, en Europe du Sud, en Europe centrale (Grèce, Italie et Espagne) et en Afrique (Nigéria). "Nos chiffres d'affaires proviennent entre 60 et 70% de l'export", constate-t-il.

Si ces deux services s'adressent aux acteurs privés à l'international, Terranis est en train de développer TerraMap pour les marchés publics et les autorités locales.

"Nous utiliserons l'imagerie satellite ainsi que des sources de données locales (socio-économiques...) avec pour objectif de fournir des outils et des indicateurs permettant de définir, de mettre en place et de suivre des politiques publiques d'aménagement", lance le co-fondateur.

Sur le long terme, Terranis souhaite également muscler sa R&D notamment autour de nouveaux sujets tels que la gestion des eaux et renforcer sa présence à l'international. En attendant, la startup installée dans la commune de Ramonville-Saint-Agne, vise un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros pour l'année en cours.

Lire aussi : Le Toulousain Terranis cofonde le réseau d'affaires européen Eugénius

La startup qui fait entrer les satellites dans les métros du monde entier

Syntony, spin pin-off de la société d'ingénierie Silicom, a mis au point un système de géolocalisation qui fonctionne là où le GPS ne passe pas. Ce récepteur fonctionne sur logiciel par radionavigation satellite et est capable de fournir la position d'un objet même dans un endroit confiné, contrairement aux signaux GPS qui nécessitent l'installation de wifi ou de puces RFID.

À ses débuts en 2015, la société a commencé par vendre sa solution dans les secteurs aérospatial (fusée Ariane et test de vol Airbus) et militaire (drones). Ses récepteurs GPS ont ensuite séduit plusieurs métros internationaux.

"Dès avril 2015, nous avons obtenu le feu vert pour tester la technologie dans le métro de Stockholm. Nous avons signé des accords pour la déployer dans les métros d'Helsinki, sur une partie du métro de New-York. La RATP à Paris est également intéressée, Toulouse aimerait la tester entre deux stations (François-Verdier et Carmes) ainsi que Marseille", raconte Joël Korsakissok, président de Syntony.

Les métros ne sont pas les seuls à montrer de l'intérêt puisque les bus de la ville de New-York et Paris pourraient bientôt s'équiper de récepteurs GPS de Syntony. La startup est d'ailleurs en discussion avec deux géant des GAFAM que sont Apple et Google afin d'installer leur technologie dans certains objets connectés des deux marques.

Afin de mener à bien ses projets Syntony a bouclé, en 2016, un premier tour de table d'un montant d'un million d'euros auprès de l'Irdi, mais la startup est sur le point de finaliser cet été une autre levée de fonds de 10 millions d'euros. Elle prévoit de multiplier cette somme par 10 afin de réunir 100 millions d'euros à l'horizon fin 2019. Au cours de l'année 2016-2017, elle a réalisé sur un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros. Syntony qui emploie pour l'instant 30 personnes prévoit d'attendre la barre des 50 salariés, d'ici fin 2018. "Nous recrutons dans tous les domaines : les derniers embauchés sont un ingénieur, un technicien, un expert de la finance, un assureur qualité... ", précise Joël Korsakissok.

Lire aussi : Syntony met le GPS dans les métros du monde entier

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