Cnim Air Space façonne un ballon manoeuvrant stratosphérique avec le CNES

Fabricant de ballons stratosphériques à Ayguesvives, Cnim Air Space va bouleverser ce secteur avec la conception d'un ballon manoeuvrant afin de pouvoir agir sur sa trajectoire, pour le compte du CNES dans un premier temps. La société a obtenu cinq millions d'euros du volet spatial du plan France Relance pour développer ce produit.

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Cnim Air Space prépare à Toulouse un ballon stratosphérique manoeuvrant.
Cnim Air Space prépare à Toulouse un ballon stratosphérique manoeuvrant. (Crédits : Rémi Benoit)

Jamais deux sans trois. Aujourd'hui, il existe deux types de ballons stratosphériques. Il y a les ballons pressurisés stratosphériques, qui peuvent rester six à neuf mois dans l'atmosphère, et les ballons stratosphériques ouverts (à l'image d'une montgolfière) qui eux se maintiennent quelques heures à une altitude maximale de 45 kilomètres. Seulement, l'un comme l'autre sont dépendants des vents dans leurs mouvements. "Aujourd'hui, ce sont des ballons dérivants. Ils se déplacent grâce à des vents d'Est en Ouest, ou à l'inverse d'Ouest en Est", commente Gaëtan Breurec, le directeur général de Cnim Air Space.

Ces ballons, qui peuvent avoir un usage commercial, de télécommunication ou de surveillance, ont surtout un intérêt scientifique. Ces engins peuvent en particulier servir à des missions d'observation de la Terre et de ses environnements naturels. Le besoin pour les scientifiques est donc de pouvoir à surveiller une même zone précise un long moment sans que les vents ne puissent venir perturber le périmètre étudié.

Cette société vient ainsi de signer un contrat avec le CNES, dans le cadre de la tranche spatiale du plan France Relance. Installée à Ayguesvives (Haute-Garonne), au sud de Toulouse, Cnim Air Space a pour objectif avec cette collaboration de concevoir et fabriquer un ballon stratosphérique manoeuvrant.

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"Avec ce contrat, nous allons passer d'un rôle de fabriquant à un rôle de concepteur voire de 'systémier' pour des ballons stratosphériques et nous allons travailler avec les équipes du CNES pour faire opérer ce ballon manoeuvrant", commente le dirigeant.

Jouer avec le poids pour mettre à son avantage les vents

Cette innovation doit, en résumé, permettre d'avoir la capacité de modifier la trajectoire du ballon pour les besoins d'une étude scientifique, ou pour des questions de télécommunications par exemple. "Des clients avaient exprimé ce besoin et c'est un projet que nous avions dans les cartons. L'apport du plan France Relance nous permet de lancer son développement", raconte Gaëtan Breurec. Après dépôt d'un dossier, la société a reçu une subvention de cinq millions d'euros pour ce projet. Si le dirigeant préfère garder la part à la charge de son entreprise, propriété du groupe Cnim depuis 2019, la norme de France Relance veut que l'enveloppe octroyée soit égale ou quasiment à l'investissement opéré sur le projet présenté. Ce qui reviendrait à une facture d'environ 10 millions d'euros pour le développement de ce ballon manoeuvrant.

En soit, la société n'en est pas à son coup d'essai puisqu'elle fabrique depuis des décennies des ballons captifs pour sa clientèle et en particulier le CNES. Les deux partenaires espèrent donc un premier vol test au début de l'année 2024 et la vente des premières unités dans la foulée si le succès est au rendez-vous. Le contrat comprend le développement et la fabrication d'un premier démonstrateur, qui sera testé sur le site du CNES à Aire -sur-l'Adour (Landes) à horizon mi-2023.

"Actuellement, nous sommes dans la phase de conception préliminaire, et ce jusqu'à l'automne, puis nous rentrerons dans la phase de conception détaillée (...) Le premier vol test devra permettra de vérifier que tous les systèmes de sécurité fonctionnent ainsi que démontrer la faisabilité de cette nouvelle technologie", expose Gaëtan Breurec.

Dans les faits, ce ballon manoeuvrant sera équipé d'un système de lest, piloté à distance et depuis le sol par un opérateur. Étant donné que les vents sont différents selon les altitudes, l'idée de Cnim Air Space est de jouer sur le poids de son ballon stratosphérique au fil de sa durée de vie, estimée de trois à six mois pour les premiers modèles, afin de le maintenir dans la zone géographique souhaitée par ses usagers. "Le charger d'air le rendra plus lourd et le fera descendre, à l'inverse, le vider le rendra plus léger et le fera monter", précise le directeur général.

Un drone-dirigeable en préparation

La société qui réalise 30% de son chiffre d'affaires dans le spatial est aussi engagée dans le développement d'un drone dirigeable, en collaboration avec RTE. Celui-ci, pensé tout d'abord pour des opérations de maintenance du réseau électriques, doit effectuer ses derniers essais en vol à la fin du mois de mai.

"C'est un ballon entièrement auto-piloté grâce à des points GPS que nous lui faisons intégrer. Ce ballon-drone a l'avantage de pouvoir rester en l'air pendant deux jours avec une capacité de charge utile de 15 kg. En comparaison un drone simple de type DJI a une autonomie de 20 minutes à une heure et les drones reliés au sol par un câble atteignent seulement six à huit heures d'autonomie. L'autre apport du dirigeable drone est qu'il n'est pas bruyant comparé à un hélicoptère, c'est un produit très visible avec donc moins de risque de collision", expliquait le patron de Cnim Air Space dans une précédente interview accordée à La Tribune.

Après cette collaboration avec la société toulousaine, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité a lancé un appel d'offres pour la maintenance de ses lignes à haute tension. Une procédure à laquelle a répondu Cnim Air Space et dont elle attend le verdict fin 2022. Quoi qu'il en soit, la société de 70 salariés compte commercialiser ce produit en série, pour d'autres usages, dès 2024. Un nouveau relai de croissance pour elle, qui vise les neuf millions de chiffre d'affaires en 2022 ?

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