Paiements en ligne : Lyra recrute, s’agrandit et accélère sa percée internationale

Le groupe Lyra, spécialiste de la sécurisation des opérations monétiques et des paiements en e-commerce, passe en phase de croissance intensive. Le groupe recrute 50 personnes, obtient l'agrément d'établissement de paiement, s'agrandit avec la construction d'un nouveau projet de 4000 m2 à Labège, près de Toulouse. Le groupe est dirigé depuis deux ans par Anton Bielakoff. Entretien.
Anton Bielakoff dirige le groupe Lyra depuis 2015
Anton Bielakoff dirige le groupe Lyra depuis 2015 (Crédits : Lyra)

Comment se positionne Lyra sur le marché des paiements en ligne et de la monétique ?

Nous visons désormais une dimension mondiale. Nous avons une expertise dans la monétique et le e-commerce et nous ne sommes pas nombreux à l'avoir. Nous n'avons jamais eu peur d'être ambitieux et nous accélérons maintenant à tous les niveaux. L'agrément d'établissement de paiement européen récemment obtenu nous permet de nous imposer comme un acteur incontournable du paiement en ligne au niveau international. Nous accélérons aussi en matière de R&D, dans laquelle nous investissons plus de 10 % du CA annuel. Plus de 45 000 e-marchands nous font confiance et nous venons de signer un contrat emblématique en marque blanche avec la Société Générale, qui accompagne les plus grands acteurs du e-commerce en France depuis de nombreuses années.

L'obtention de l'agrément européen permet à Lyra de devenir un établissement de paiement. Signifie-t-elle que vous êtes en concurrence avec les banques ?

Nous ne sommes pas, en France, dans une logique de concurrence avec les établissements bancaires. Nous permettons aux banques d'équiper les e-commerçants en terminaux de paiement. Nous sommes plutôt dans une relation de complémentarité puisque nous développons des services que les banques n'ont pas, via une plateforme unique.

Quels développements permet cet agrément ?

Cet agrément d'établissement de paiement nous permet d'adresser la cible des marketplaces qui, en e-commerce, vendent les produits de leurs sous-marchands et font de la collecte pour comptes de tiers. Nous allons permettre à nos clients d'être ce que l'on appelle des "agents d'établissements de paiement". Avec sa solution de "one-stop shopping", Lyra va ainsi collecter les flux des différents moyens de paiement dans différents pays et fera une facture unique. Nous proposons ainsi aux e-commerçants de faire passer leurs flux d'acquisition par leur banque via PayZen (notre solution technique) et d'adresser des marchés européens qu'ils ne pouvaient pas adresser jusqu'à présent avec des moyens de paiement européens via notre établissement de paiement.

Comment construisez-vous votre développement international ?

Nous voulons continuer à développer à la fois la monétique et l'e-commerce, car nos solutions monétiques connaissent un franc succès dans les zones "à faible maturité" dans les paiements : l'Amérique latine, l'Inde, l'Afrique. Nous avons aujourd'hui 7 filiales en Algérie, Allemagne, Brésil, Chili, Espagne, Inde et Mexique. Nous serons au Pérou et en Argentine d'ici à fin juin ainsi qu'en Afrique avant fin 2017. Il n'est pas à exclure qu'à horizon 2-3 ans, 50 % de nos revenus soient générés par nos filiales à l'étranger. Les réseaux opérateurs de téléphonie sont fréquemment en panne ou en congestion et nous proposons des solutions de roaming qui permettent de changer d'opérateurs en cas de coupure du réseau. Par ailleurs, sur l'e-commerce, à l'étranger, nous arrivons non pas en prestataire de moyens techniques comme en France, mais en tant que prestataire qui propose aux entreprises de e-commerce un service complet qui va de l'acquisition des flux à l'acceptation de la transaction. Autrement dit, les e-commerçants peuvent signer un contrat unique. Troisième axe de développement à l'étranger : la cross canalité mariant le paiement de proximité avec le paiement sur internet. Une enseigne permet au consommateur de commander en ligne et de payer dans le magasin, d'être livré où il le souhaite et, si le produit ne lui plaît pas, il peut être remboursé via internet. Nous développons déjà ce type d'offre en France, avec Eram par exemple.

Vous ne parlez plus de Lyra Network mais de Lyra, pourquoi ?

Nous avons revu notre stratégie de marque. Précédemment, nous communiquions à la fois avec Lyra et PayZen, Lyra pour la monétique, PayZen pour l'e-commerce. À notre échelle et pour devenir mondial, c'est compliqué d'avoir deux noms. Stripe s'appelle Stripe, Adyen s'appelle Adyen (des concurrents de Lyra NDLR). Nous avons donc décidé de communiquer uniquement avec Lyra qui a deux activités : Lyra Collect (établissement de paiements en France, en Europe et dans le monde) et Lyra Connect (l'activité de prestataire technique). Le nom PayZen n'est utilisé que pour la plateforme technique de paiement sur internet qu'elle représente.

Comment financez-vous votre croissance ?

Sur nos fonds propres, dans une gouvernance resserrée qui permet une prise de décision rapide, drivée par une logique industrielle.

Lyra ne lèvera pas de fonds ?

Aujourd'hui, ce n'est absolument pas d'actualité. D'ailleurs, nous sommes favorables à une croissance organique et maîtrisée, un peu sur le modèle de la PME à l'allemande. Nous ne visons pas d'être plus de 500 car nous voulons garder la réactivité d'une PME dans la chaîne de commandement et dans la prise de décision tout en étant suffisamment nombreux pour peser à l'échelle internationale.

Lyra a justement annoncé recruter 50 collaborateurs...

Lyra est en recrutement continu. Quand j'ai pris la direction du groupe il y a deux ans, nous étions 100. Aujourd'hui, nous sommes 250 et, effectivement, nous prévoyons 50 recrutements cette année, dont 20 en France. C'est un enjeu majeur pour nous car nous recherchons des profils d'excellence en particulier sur les postes techniques (architectes logiciels, product owners, développeurs, techniciens informatique et commerciaux). Lyra est une entreprise jeune (33 ans de moyenne d'âge), très internationale, et nous aimons recruter des personnalités qui ont déjà 3 à 5 ans d'expérience et qui ont vécu à l'étranger. L'appétence pour l'innovation est très importante et nous valorisons le partage de connaissance intra-entreprise. Je ne crois pas aux gourous et je sais que l'innovation viendra de l'interne. Le paiement est un domaine qui bouge tellement que nous devons détecter les signaux faibles, qu'ils viennent de nos concurrents, de nos clients et surtout de nos collaborateurs. C'est une entreprise dans laquelle on a l'esprit ouvert, on invente, on travaille en mode agile et collaboratif, on n'a pas peur de se tromper. Mais nous avons des difficultés à recruter...

Pourquoi avez-vous du mal à recruter ?

Les écoles en France susceptibles de former des spécialistes en monétique et en sécurité bancaire sont peu nombreuses. Or, quand on voit le nombre croissant de fintech en France et le nombre de recrutements d'entreprises comme la nôtre, il est clair qu'il y aurait matière à avoir en France davantage d'écoles et de formations. Pourquoi ne pas envisager la création à Toulouse d'une école ou d'une formation spécialisée monétique ? Même si Lyra ne recrutait pas chaque année l'ensemble d'une promotion, d'autres entreprises comme Wiseed, par exemple, pourraient être intéressées. Nous voudrions aussi recruter davantage de femmes et c'est une préoccupation que je partage avec l'ensemble du secteur du numérique.

Lyra a annoncé la construction d'un nouveau bâtiment à Labège...

Il s'agit de l'acquisition d'un terrain de plus de 7 500 m2 juste à côte de notre siège social et qui va nous permettre de construire un bâtiment de 4 000 m2. Le projet est signé par l'architecte de Toulouse Christian Péral. Il y aura une tour centrale avec 3 tours juxtaposées qui communiqueront entre elles. Le bâtiment est conçu sur le principe d'open space réduits à 8 personnes avec un lieu central dans lequel les collaborateurs pourront se retrouver, des terrasses intérieures et extérieures, des work cafés...

Bio express

Anton Bielakoff est directeur général de Lyra depuis deux ans. Ingénieur Télécom ParisTech âgé de 46 ans, il a travaillé chez Accenture, puis au sein du groupe BPCE, en tant que directeur des systèmes d'informations. Recruté il y a deux ans par les deux cofondateurs de Lyra, Alain Lacour et André Malbert, Anton Bielakoff dirige la société créée en 2001. Avec plus de 9 milliards de paiements sécurisés et transmis en 2016, plus de 45 000 e-commerçants et plus de 1,5 million de terminaux de paiement dans le monde, Lyra a réalisé 53 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.