Aéronautique : Limatech vise un contrat de 60 millions d’euros avec Airbus

Fondée en 2016 à Grenoble et rapatriée à Toulouse depuis 2017, la startup Limatech s’apprête à bousculer le marché de l’aviation avec sa batterie lithium destinée à remplacer celles au plomb et nickel cadmium majoritairement utilisées aujourd’hui. La jeune pousse a créé un consortium avec Airbus qui pourrait déboucher sur un contrat commercial de 60 millions d’euros.

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La batterie Limatech est trois fois plus légère qu'une batterie au plomb ou nickel cadmium.
La batterie Limatech est trois fois plus légère qu'une batterie au plomb ou nickel cadmium. (Crédits : Rémi Benoit)

"Certains groupes comme Airbus ont des laboratoires de recherche fondamentale consacrés à l'élaboration des batteries lithium, qui peuvent déboucher sur des preuves de concept. Mais ensuite, les acteurs du marché aéronautique européen travaillent sur la fabrication des batteries depuis 2008 sans résultats connus. Or c'est l'avenir", lance Florence Robin, présidente et cofondatrice de Limatech avec son associé, Maxime Di Meglio. Tous deux ont réussi là où certains géants du secteur sont encore en phase de recherche et test. La startup toulousaine développe et fabrique la prochaine génération de batteries lithium à destination de l'aviation légère, afin de remplacer les batteries au plomb et nickel cadmium actuellement utilisées.

La batterie Limatech est trois fois plus légère qu'une batterie au plomb ou nickel cadmium. La raison ? Le lithium est un matériau naturellement plus léger que ces deux composants. "Par exemple, la batterie d'un grand hélicoptère Airbus pèse 15 kilos. Nous divisons son poids par trois", illustre la cofondatrice de la jeune pousse.

Limatech

Le lithium est moins polluant (Crédits : Rémi Benoit).

Outre son poids avantageux, le lithium est un élément chimique moins polluant puisque son extraction des sous-sols a une empreinte carbone moindre de celle du nickel cadmium et du plomb.

"Les techniques de recyclage du lithium sont en train de s'améliorer. Remplacer les anciennes batteries polluantes est la première étape de la transition énergétique dans l'aéronautique. Il faut également savoir qu'aujourd'hui, le nickel cadmium est interdit dans le monde entier. Or, l'aéronautique bénéficie d'une dérogation, car il n'y avait, jusqu'à présent, pas de technologie de remplacement", poursuit Florence Robin.

Une batterie dotée d'IA ?

Le produit est également doté d'une durée de vie supérieure. En effet, là où une batterie au plomb est à changer tous les deux ans et tous les cinq ans pour celle au nickel cadmium, la batterie Limatech elle, a une longévité de huit à dix ans. Florence Robin en donne une illustration : "L'ULM que pilote notre ami Marc Béranger est équipé depuis neuf ans de la même batterie lithium. Elle est intacte et fonctionne toujours très bien sachant que la technologie utilisée aujourd'hui est supérieure".

La sécurité est également un argument pour Limatech. Les architectures électronique et mécanique de la batterie sont placées à l'intérieur d'un boîtier en aluminium ou en titane pensé pour répondre aux nombreuses normes aéronautiques.

"Par exemple, l'une des normes en vigueur impose que la batterie résiste à une température de 1200 °C pendant cinq minutes. Les risques avec le lithium, ce sont les emballements thermiques. Pour les éviter, nous avons placé à l'intérieur des batteries des accumulateurs qui ne prennent pas feu ", assure l'ingénieure en mécanique et maîtrise de la production d'origine grenobloise.

La technologie intégrée à la batterie Limatech lui permet de communiquer grâce à des algorithmes. Elle est ainsi capable d'envoyer des signaux et messages sur son état de santé et son état de charge, mais aussi d'alerter lorsqu'il est nécessaire de la changer. Les concepteurs souhaitent également équiper le boîtier d'IA afin qu'il puisse apporter un meilleur pronostic sur son état de santé.

"À Toulouse, tout s'est fait vite"

Cette idée d'innovation a été soufflée à Florence Robin et Maxime Di Meglio par Marc Béranger chercheur en électronique au sein du CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) de Grenoble et aujourd'hui conseiller scientifique de l'entreprise. Tous trois vont alors s'associer pour fonder Limatech, en octobre 2016, dans leur ville d'origine, Grenoble. Ils décident de s'implanter, en mai 2017, à Toulouse. Ils sont dorénavant installés au sein de la pépinière d'entreprise de Toulouse Métropole, à Montaudran, où se trouve également un laboratoire et atelier d'assemblage employant huit personnes. Le siège social a également été rapatrié dans la Ville rose. Seul le bureau d'études a été conservé à Grenoble.

"Grenoble n'était pas la bonne ville pour ce projet. L'aéronautique est un domaine qui dépassait les incubateurs, investisseurs, etc. Pour eux, nous étions sur un marché de niche où il n'y a pas de chiffre d'affaires assez important. À Toulouse, capitale européenne de l'aéronautique, nous avons rencontré les bonnes personnes et tout s'est fait vite."

À Toulouse, Limatech est également plus proche de ses potentiels clients, elle qui souhaite proposer son produit à l'aviation légère. À l'avenir, elle a pour ambition de décliner la batterie lithium pour différents secteurs.

"Elle pourrait être utilisée dans la défense sur les engins blindés, dans le nucléaire sur les robots de démantèlement des zones radioactives ou dans le spatial. Nous avons une stratégie de prise de marché par le haut. Nous allons débuter avec le marché le plus qualitatif et prestigieux ou les volumes sont moindres et les chiffres d'affaires élevés. Avec l'expérience, nous allons faire de plus en plus de batteries, diminuer les coûts et nous pourrons adresser les marchés du nautisme et enfin de l'automobile", se projette la jeune entrepreneure de 31 ans.

Le premier objectif de la startup, le marché aéronautique, n'est pas hors de portée puisque l'entreprise ne possède pas de concurrent direct en Europe proposant des batteries certifiés sur étagères. "Nous avons un vrai concurrent aux États-Unis. En Europe, nous avons plusieurs concurrents indirects qui font des batteries au plomb ou nickel cadmium tels que Saft à Bordeaux par exemple", évalue Florence Robin.

La commercialisation de la technologie brevetée de Limatech devrait débuter en 2020, le temps d'obtenir les dernières certifications délivrées par l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) et l'Organisme pour la sécurité de l'aviation civile (OSAC). "Nous sommes prêts à produire 500 batteries par an", assure Florence Robin.

Un premier contrat avec Airbus

En attendant la mise en vente de sa technologie, l'entreprise se développe grâce à son activité de conception et fabrication de strobes (feux de navigations et position placés sur les ailes, le fuselage ou la dérive et utilisés lors des vols de nuit, ou par mauvais temps) à leds pour aéronefs qu'elle a débutée en janvier 2016, sous la marque Raylight Aircraft.

"Ils sont entièrement fabriqués en France et assemblés dans notre atelier. Aujourd'hui, nos strobes sont vendus à des revendeurs, constructeurs et centres de maintenance en France neuf fois sur dix, mais également en Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et depuis un mois aux États-Unis."

Grâce à cette activité, Limatech a réalisé un chiffre d'affaires de 50 000 euros en 2018. En 2019, celui-ci devrait être de 100 000 euros. L'entreprise espère s'installer sur le marché des batteries par le biais des strobes. La société devrait générer du chiffre d'affaires supplémentaire, dès la fin 2019, grâce à des contrats d'étude et de preuve de sa batterie.

"Les potentiels clients sont prêts à nous payer pour tester et avoir des rapports de tests des batteries. En 2020, nous prévoyons 1,6 million d'euros de chiffre d'affaires en contrats d'études."

Limatech est d'ores et déjà sur le point de décrocher son premier contrat commercial. Lors de sa présence, du 17 au 23 juin derniers, au Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget, elle est en train d'établir un consortium avec Airbus et la Direction générale de l'Armement. À la clé, une subvention d'un million d'euros de la part de l'État (DGA) et une opportunité de contrat d'un montant de 60 millions d'euros avec le leader du marché.

Afin "de prendre correctement ce nouveau virage", elle prévoit de renforcer son effectif en recrutant quatre personnes dans le domaine technique dès fin 2019.

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Commentaires 2
à écrit le 23/10/2019 à 9:58
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Oui plus légère mais au combien plus dangereuse à éviter dans les avions

à écrit le 23/10/2019 à 7:57
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15/3=5KG et non 3kg

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