Coronavirus : la filière événementielle toulousaine au bord du précipice

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Le coronavirus va-t-il tuer la filière événementielle de Toulouse ?
Le coronavirus va-t-il tuer la filière événementielle de Toulouse ? (Crédits : Rémi Benoit)
C'est un appel au secours. Près de 200 professionnels toulousains du secteur de l'événementiel et de l'hôtellerie ont décidé de se fédérer, dans l'urgence, sous le collectif SOS Events 31 afin d'alerter sur la situation de crise qu'est en train de traverser la filière. Le coronavirus, ou Covid-19, a entraîné plusieurs annulations d'événements, reports, non paiements des acomptes, etc. Les entreprises réclament ainsi un plan d'urgence de la part de l'État, des collectivités territoriales et des banques afin de sauver une profession totalement à l'arrêt et déstabilisée par cette crise sanitaire.

"Les rassemblements de plus 1.000 personnes seront désormais interdits en France pour freiner la propagation du coronavirus", annonçait le ministre de la Santé, Olivier Véran à l'issue d'un Conseil de Défense à l'Elysée, dimanche 8 mars. Depuis, c'est le défilé des annulations et reports pour de nombreuses manifestations.

À Toulouse, des événements comme le salon de l'Immobilier, le Salon vins et terroirs, le salon Travail-avenir-formation ou encore le salon de l'érotisme, sont concernés. L'équipe du Zénith de la Ville rose a quant elle indiqué que tous les spectacles initialement programmés étaient annulés ou reportés jusqu'au 15 avril inclus. De quoi inquiéter les professionnels toulousains du secteur de l'événementiel qui craignent pour leur charge de travail en 2020, voire l'avenir de leurs structures. Inquiets, ils se sont réunis, dès le lundi 9 mars, et ont décidé de créer en urgence le groupement "informel" SOS Events 31. Ce dernier réunit près de 200 acteurs des filières événementielle et hôtelière de la Ville rose, comme des agences événementielles, traiteurs, des prestataires techniques, des hôteliers, etc.

"En début de semaine, les annulations concernaient les événements qui rassemblent plus de 1 000 personnes. Mais ce que nous observons, c'est que les annulations que nous subissons concernent également les petits événements de 15 à 20 personnes. Tous les jours, il y a un peu plus d'annulations et elles courent, à ce jour, jusqu'au mois de juin. Sur l'activité traiteur, ce sont entre 60 % à 95 % d'annulations, et donc de perte de charge de travail qui sont déplorées, et ce, jusqu'à la fin du printemps prochain. Cela représente entre 25 % et 40 % du chiffre d'affaires annuel moyen de nos adhérents. Nous estimons la baisse d'activité à -25% sur l'ensemble de l'année 2020. Cela veut dire que les structures qui étaient bien gérées sont sûres, sur l'exercice en cours, d'être dans une situation de perte nette de 15 % à 20%", alerte Jean-François Renac, fondateur de la société toulousaine Miharu, spécialisée dans les événements d'entreprises et de particuliers, et membre de SOSevents31.

Des faillites sont attendues

Une inquiétude partagée par Steve Gallais, directeur et fondateur de l'agence Verywell. Celui-ci déplore un arrêt net de son activité depuis l'annonce du nouveau ministre de la Santé. La totalité des événements programmés par sa structure sur les trois prochains mois sont annulés ou reportés à une date inconnue.

"Il y a un arrêt total des demandes. De plus, nous n'avons pas de vision sur l'avenir sachant que pour un événement, nous avons besoin de deux à trois mois d'anticipation. Nous avons conscience de la crise économique mondiale que nous allons traverser et qui va toucher tous les secteurs d'activités. Cependant, notre secteur est impacté en amont et il le sera en aval", déclare-t-il.

Certaines agences toulousaines qui ne disposent pas de trésorerie seraient au bord de la faillite. Du côté des traiteurs, même constat. Les professionnels toulousains du secteur compte jusqu'à 80 % d'annulations sur le mois de mars 2020.

"Il n'y a plus d'appel, plus de confirmation, l'activité est morte à 100 % pour les mois d'avril et mai. Nous commençons déjà à avoir des annulations sur le mois de juin. Sur les événements reportés, seules 10% des dates de report sont fermes", alarme Thomas Fantini, dirigeant du groupe Esprit Pergo, spécialisé dans le traiteur, le snacking et la restauration.

Les structures spécialisées dans l'événementiel (agences et traiteurs) les plus solides et anciennes, disposent de près de deux mois de trésorerie au maximum pour tenir face à cette difficile période.

L'hôtellerie également touchée

Si pour l'heure, c'est le secteur de l'événementiel qui est en première ligne de cette crise sanitaire qui se transforme en crise économique, la filière de l'hôtellerie, liée de près, voit également ses activités chuter, les réservations baisser et les annulations de dernière minute augmenter. Et ce, que ce soit les grandes chaînes d'hôtels ou les petits hôtels indépendants.

"Sur le mois de mars, nous constatons une baisse d'activité située entre - 25% et - 60 %. Nos hôtels se vident et nous ne pouvons rien faire face à cela", témoigne Olivier Thomas, vice-trésorier du club hôtelier de Toulouse Métropole.

"Nous commençons à connaitre des annulations. Quelle que soient les structures, nous rencontrons tous des problèmes de trésorerie et de chômage partiel", ajoute Emmanuel Hilaire, vice-secrétaire du club hôtelier de Toulouse Métropole, représentant des hôtels indépendants et directeur de l'Hôtel Albert 1er situé dans le centre-ville de Toulouse.

Du soutien de la part des clients

Pour tenir le choc et surtout sortir de cette crise avec le moins de dégâts possibles, SOS Events 31 demande une responsabilisation ainsi que de la compréhension de la part des clients et donneurs d'ordres.

"Nous demandons de l'oxygène pour tenir. Si une manifestation est annulée, elle sera facturée. Même cas, pour les reports. Certains groupes sont bienveillants, se posent les bonnes questions, paient d'ores et déjà les reports et acceptent une facturation supplémentaire sur la suite. Nous avons également reçu une écoute bienveillante de la part des collectivités, de la CCI de Toulouse, des services de l'État, etc", déclare Jean-François Renac, rassuré.

Pour rappel, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a appelé à "la solidarité de toutes les grandes entreprises (...) vis-à-vis de leurs entreprises sous-traitantes". Dans le cas où l'événement est annulé, Bruno Le Maire incite à ne pas réclamer les arrhes (versements avant l'achèvement d'une prestation de service) déjà versés, voire de les "verser en échange d'un engagement de reporter la prestation d'ici 6 mois ou 1 an", afin de ne pas "créer de trous de trésorerie".

Des exonérations d'impôts

Le groupement s'est également formé afin d'ouvrir un dialogue et demander de l'aide aux collectivités locales. Les membres du collectif ont par ailleurs rencontré, jeudi 12 mars, l'agence d'attractivité de Toulouse Métropole à qui ils ont demandé un gel de la taxe de séjour (pour les hôteliers) pour l'année 2020. Les agences et traiteurs eux, veulent une exonération de l'ensemble des charges fiscales de la part du gouvernement.

"Le gouvernement propose des reports de charges, de TVA, on nous parle de chômage partiel, mais ce n'est pas lié à notre activité et ce n'est pas une réponse du gouvernement à notre activité", déplore Steve Gallais.

 "Le report des charges était peut-être suffisant il y a 15 jours, mais aujourd'hui, c'est insuffisant et demain, nous n'arriverons pas au bout. Et ce, pour la majorité des agences", ajoute Pierre Garrigues, directeur de l'agence toulousaine d'événementiel, PGO.

"État de catastrophe économique"

De plus, les professionnels toulousains de la filière demandent aux différents responsables de réfléchir à la création d'un état d'urgence "de catastrophe économique", à l'image d'un état de catastrophe naturelle. Ce dernier devrait permettre d'obtenir une prise en charge plus importante et rapide de la part des assurances et banques en cas de prêts.

"Nous demandons aux collectivités, aux consulaires, aux services de l'État, à la Banque de France et à la BCE de donner les moyens aux assurances de répondre présents. Nous souhaitons une procédure qui ne soit pas classique, la mise en place d'un fonds de garantie qui pourrait être centralisé au niveau national", réclame Jean-François Renac.

En attendant la mise en place d'un plan d'urgence et les aides de la part des différentes collectivités territoriales et de l'État, SOS Events 31 devrait publier dans les jours à venir, les chiffres relatifs à la situation des entreprises toulousaines du secteur.

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