Marie-France Barthet : "l'université n'est pas coupée de l'industrie"

À l'heure du bilan de l'Idex à Toulouse, la présidente de l'Université fédérale Marie-France Barthet se dit sereine sur la suite de ce programme de financement de 25 millions d'euros par an. S'il est trop tôt pour sentir les effets des actions mises en place, toutes ont été enclenchées comme l'université s'y était engagée. Élue conseillère régionale (Un nouveau monde en commun), Marie-France Barthet ne se représentera pas au poste de présidente de l'université fédérale.
Marie-France Barthet, présidente de l'Université fédérale de Toulouse
Marie-France Barthet, présidente de l'Université fédérale de Toulouse (Crédits : Rémi Benoit)

Quelles étaient les ambitions de Toulouse quand le programme a été signé en juillet 2013 ?

Il s'agissait d'apporter une meilleure structuration au niveau d'un site pour être plus visible et plus attractifs dans le contexte d'une compétition internationale. Notre système d'enseignement supérieur et de recherche est très riche et très productif. Le rapport qualité / prix entre l'argent investi et la qualité est bon. D'autres pays investissent quatre fois plus pour avoir de bons résultats. Mais notre système est complexe. Alors qu'à l'étranger l'université regroupe des parcours classiques, des écoles d'ingénieurs et la recherche, ici, les différentes facettes de l'université sont séparés entre universités, écoles d'ingénieurs (17) et organismes de recherche. Rien qu'à Toulouse, il y a 23 acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche. Vu de l'extérieur, cela pose un problème de lisibilité de l'offre de formation et de la recherche.

Cela signifie que, lorsque nous allons à un salon à l'étranger, nous représentons toutes les facettes de l'université et pas seulement un établissement.

L'autre objectif était la transversalité. Nous avons la chance d'avoir des universités thématiquement homogènes. Mais nous sommes moins incités à faire des recherches transversales. De ce point de vue, l'université fédérale apporte une plus-value.

L'Université de Toulouse devait lancer 22 actions. Où en est-on ?

Toutes ont été mises en place et dans les délais que nous nous étions fixés. De ce côté-là, l'exécution est remarquable. Au niveau du bilan, je suis sereine. On ne peut nous accuser de rien.

Beaucoup d'argent a été mis dans les chaires (place dont le titulaire est un professeur, NDLR) pour attirer des grandes pointes internationales. C'est une grande réussite, car nous avons eu beaucoup de candidatures de haut niveau. C'est bon signe. Quinze professeurs ont été recrutés en trois ans par un comité d'arbitrage extérieur à l'université.

L'école des docteurs est aussi l'une des réalisations remarquables. Nous en diplômons plus de 800 par an. Une grande partie ne va pas dans le monde universitaire et nous faisons face à un souci d'intégration professionnelle. L'école doit les aider à s'insérer plus facilement dans les administrations, les entreprises et à l'étranger. Nous travaillons avec les entreprises du Cercle d'Oc et avec la CCI.

Les grandes entreprises embauchent des docteurs. Il y a plus de souci avec les PME qui innovent et à qui un docteur pourrait apporter, outre ses compétences, sa connexion avec le monde de la recherche.

Un de nos problèmes, c'est la reconnaissance du doctorat. Dans toutes les universités étrangères, c'est le diplôme le plus élevé. À l'étranger, il donne accès à tous les postes de très hautes responsabilités, que cela soit dans les entreprises ou l'administration. En France, non. Ici, ce sont des personnes sorties d'écoles où ils ne font pas de recherche qui accèdent aux postes à responsabilité. C'est très ennuyeux car le docteur est porteur de créativité et d'innovation. Dans tous les autres pays, on considère que les gens qui savent faire de la recherche et résoudre des questions que personne n'a jamais résolues sont les mieux formés dans la société.

Il y a, à l'heure actuelle, une réflexion pour ouvrir la haute fonction publique aux docteurs, mais ce n'est pas encore le cas. Il faut faire l'Ena ou une grande école d'ingénieurs.

L'un des objectifs de l'Idex était de créer des masters afin de répondre aux besoins des industriels. Cela a-t-il été fait ?

Bien sûr. Nous avons des conseils de perfectionnement dans lesquels les industriels siègent. Nous adaptons nos formations aux besoins des entreprises. Nous n'avons pas attendu le b-a-ba. L'université coupée de l'industrie est une vieille image surannée.

Il faudrait cependant faire plus d'effort sur les masters interdisciplinaires. Il n'est pas encore possible, par exemple, de suivre un cursus de mathématique et d'ajouter des cours de philosophie.

Nous avons fait une cartographie de nos formations car on n'avait pas idée de tout ce qui était disponible. C'est maintenant consultable en ligne.

On s'est plus axé sur l'innovation pédagogique que sur le pluridisciplinaire. C'est quelque chose sur lequel nous pouvons encore faire mieux dans un deuxième temps.

Qu'est-ce qui a été difficile à réaliser pendant ces trois années ?

Le rythme. Lancer les 22 actions dans les délais nous a imposé un rythme d'enfer. Nos appels à projets ont suscité de nombreux retours de la part de nos collègues. Cette réactivité a été très positive mais cela a créé une surcharge de travail importante. Il a fallu mener le dossier d'évaluation en même temps qu'on finissait les dernière actions.

En avril, l'Université se présentera devant un jury international qui fera ensuite des propositions au Premier ministre. Vous pensez que la période probatoire sera prolongée, que la dotation sera accordée ou supprimée ? 

Je ne sais pas du tout quelle sera la décision du jury. L'un de ses objectifs est de savoir si les actions lancées sur tous les sites avaient des retombées sur la production scientifique. Cela se mesure par le nombre de thèses soutenues et d'articles publiés. Le souci est qu'au bout de trois ans, cela n'est pas mesurable. Il faut une durée plus longue pour voir les effets. Aucun Idex ne pourra mesurer les effets des actions lancées. Que fera le jury ? Une nouvelle période probatoire de 4 ans nous permettrait de commencer à voir les effets. Il pourrait aussi se dire que, vue la dynamique enclenchée, il peut donner son feu vert pour une prolongation sur 10 ou 20 ans.

Vous ne craignez pas que le programme s'arrête ?

Je ne comprendrais pas que cela puisse s'arrêter. Nous avons rempli totalement nos objectifs mesurables. Une véritable dynamique s'est engagée. On peut nous faire des recommandations pour appuyer sur certaines choses.

Qui ira défendre le dossier toulousain devant le jury international en avril ?

Cela n'est pas encore décidé. L'équipe sera définie en janvier par le conseil des membres de l'université. Elle comptera cinq personnes, dont un représentant des organismes de recherche, un représentant des entreprises et un représentant de Labex. Cette délégation devra travailler ensemble en amont pour préparer l'oral.

En mars, trois personnes du jury international viendront vérifier sur site ce que nous avons décrit dans notre dossier.

Si l'Idex se poursuit à Toulouse, quelles seront les actions suivantes ?

Aucune des actions mises en place ne sera abandonnée. Nous allons accentuer notre travail sur les chaires juniors par exemple, pour attirer des chercheurs plus jeunes mais à fort potentiel. Peut-être que dans trois ou quatre ans, nous aurons formé tous nos anciens chercheurs aux innovations numériques et que nous en ferons moins là-dessus, mais cette action n'est pas terminée.

Les universités de l'Idex devaient choisir un modèle d'université étrangère. Toulouse a choisi l'université de Pennsylvanie. Pourquoi ?

C'est celle qui, mieux placée que nous dans le classement de Shanghai, nous ressemblait le plus. Elle a presque le même nombre d'étudiants que nous. Elle est dispersée sur plusieurs sites comme la nôtre. Et elle s'est structurée en pôles de coordination de la recherche et de la formation pour réunir des éléments épars. Il est intéressant de voir comment ils se sont organisés pour être plus visibles que nous. Par exemple, leur structuration des pôles de recherche date de 20 ans alors que nous venons tout juste de le faire. Cela montre que notre structuration n'est pas absurde et qu'elle donne des résultats. Nous voudrions, dans 10 ans, avoir les résultats de cette université.

On dit souvent que l'université française doit être réformée car elle n'est pas suffisamment en lien avec l'industrie, trop éparpillée ou basée sur d'anciens modèles. Qu'en pensez-vous ?

Trop éparpillée, oui. Et c'est pour cela qu'il y a des fusions ou des fédérations. La politique gouvernementale nous amène à nous regrouper. C'est une très bonne réforme qui nous rendra visible à l'international.

Dire que les universitaires ne savent pas travailler avec les entreprises, c'est erroné. Les contrats industriels ont représenté 90 millions d'euros en 2015 pour notre site. Ceux qui disent ça, ce sont des gens qui ne sont jamais allés à l'université. Il faut réformer le regard de nos élites sur l'université. Il y a 20 ans, celle-ci devait bouger. Elle l'a fait, mais il faut continuer sur cette lancée.

Candidate sur la liste Un nouveau monde en commun, vous avez été élue conseillère régionale. Allez-vous cumuler les deux fonctions ?

Non, j'irai au bout de mon mandat de présidente de l'université fédérale de Toulouse et je me consacrerai ensuite à mon mandat d'élue régionale.

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