Olivier Sadran : " À Toulouse, on cumule un certain nombre de désavantages "

Toulousain d'origine et par amour pour sa ville, Olivier Sadran reprend en main le Toulouse Football Club en 2001, alors en faillite et relégué administrativement en National (3ème niveau). Aujourd'hui à la lutte avec son équipe pour le maintien en Ligue 1, le patron des Violets se confie à La Tribune sur le modèle économique du football, peu rentable voire pas du tout, à Toulouse pour le moins.

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Olivier Sadran est le président du Toulouse Football Club depuis 2001.
Olivier Sadran est le président du Toulouse Football Club depuis 2001. (Crédits : Rémi Benoit)

Investissons-nous dans le sport comme on investit dans une entreprise classique ?

Sur le plan technique, c'est exactement la même chose. Après, je ne conseille pas le terme investir. Qui dit investissement dit retour. Là pour le moins c'est un peu plus complexe, surtout à Toulouse, ce qui n'est pas le cas partout. On le fait quand on a une assise financière suffisante pour être capable d'en porter les conséquences dans les moments difficiles, sinon on se retrouve en dépôt de bilan comme en 2001. On le fait parce qu'on y retrouve une certaine forme de plaisir qui peut s'atténuer au fil des années, surtout quand vous n'avez que très peu de soutien de certains acteurs locaux comme c'est le cas pour l'ensemble du sport professionnel aujourd'hui à Toulouse. Lorsque tous les ans vous avez un déficit structurel hors transfert de l'ordre de 6 à 8 millions d'euros et qu'il faut porter la trésorerie, l'intérêt économique est moindre.

Beaucoup d'anciens propriétaires de club ont fait machine arrière en expliquant que le football n'est pas un business rentable en France. Qu'en pensez-vous ?

C'est très difficile de trouver un modèle économique viable mais cela existe. Tous les grands clubs en Europe sont rentables voire excessivement rentables malgré des investissements monstrueux. C'est vrai qu'ici, on cumule un certain nombre de désavantages. À commencer par un support très faible, de la part de nos institutionnels économiques, en tout cas pour le football, comme l'aéronautique qui ne souhaite pas nous soutenir. Mais c'est une politique d'entreprise respectable. Il y a un tissu de PME qui n'est pas d'une aussi forte densité qu'à Lyon. Ensuite, on a un outil (le Stadium, ndlr) qui date de 1938 et qui a été rénové, à l'occasion de l'Euro 2016 contre 60 millions d'euros, pour faire des concerts mais cela n'a rien changé concernant le stade en lui-même. Il y a moins de places, il pleut toujours sur les dix premiers rangs et surtout on n'a pas travaillé l'un des problèmes majeurs : l'accessibilité. Je crois que les gens aiment leur club de football, mais s'il faut deux heures pour aller au stade et deux heures pour en repartir, ce n'est plus la norme.

 Il y a des échanges avec les institutions à ce sujet ?

Nous sommes en train d'échanger avec eux sur le prix du nouveau loyer. Rien n'est définitif, mais à l'heure où je vous parle la proposition qui est entre nos mains génère un loyer multiplié par 15 par rapport au loyer actuel. Nous sommes presque en train de nous transformer en impôts supplémentaires pour la Métropole, ce qui n'est pas du tout normal. Il ne faut pas l'oublier, que nous recevons 360 000 spectateurs au Stadium chaque année et que sur ce quota nous offrons 50 000 billets à titre gracieux aux différentes écoles de football de la région. Je trouve que la proposition est démesurée et va nous handicaper voire avoir des conséquences plus dommageable comme l'arrêt de l'utilisation du Stadium. Quand on est responsable, on ne signe pas un engagement qu'on ne sera pas capable de tenir économiquement parlant. Mais je suis convaincu que tout le monde va revenir à la raison. La convention actuelle court jusqu'en 2020, ce qui laisse le temps à toutes les parties de trouver des solutions.

C'est important qu'une ville comme Toulouse ait une dynamique sportive. Hors, force est de constater que tout sport confondu cette dynamique est en train un peu de s'étioler et surtout en train de souffrir de la comparaison avec des villes comme Montpellier, dont la capacité économique est à ce jour bien inférieure à la nôtre et qui pourtant tout sport confondu se retrouve devant nous. Ce n'est pas un drame mais c'est un constat.

Des députés veulent taxer les transferts à 5 % de leur montant dès le 1er août 2018, pour ensuite rediriger cet argent vers le Centre national pour le développement du sport (CNDS). En tant que président de club, quelle est votre position au sujet de la taxation des transferts dont on entend parler depuis longtemps ?

Créer des taxes sorties de nul part pour compenser les lacunes et les incompétences d'un certain nombre de services publics n'a jamais été une solution. En taxant des choses qui sont déjà déficitaires, on ne fait qu'accentuer et tuer un certain nombre de secteurs qui fonctionnent correctement. Il ne faut pas oublier que le sport professionnel avec ses gros salaires est un contributeur très important à la Sécurité Sociale, aux retraites et à tous les systèmes qui sont très bons en France.

Avec un budget autour de la trentaine de millions d'euros chaque saison pour le TFC, quelles sont vos ambitions sportives pour le club ?

 Avec ce budget, ce n'est pas possible d'avoir des ambitions supérieures à celles qu'on a aujourd'hui. Il faut être clair. Pour passer un cap, il faudrait une vingtaine de millions d'euros de plus, ce qui représente un pallier important. Où aller les chercher ? Par des sponsorings et partenariats et avoir le soutien des très grosses entreprises de la région, peut-être sous la forme d'un naming (changement de nom publicitaire, ndlr) pour le stade. En Allemagne, toutes les grandes entreprises n'ont pas peur d'associer leur image à celle du club de leur région, même si ce club n'est pas premium. En France, vous ne voyez aucune entreprise majeure être un support important du football et c'est bien dommage. Ça, c'est la première phase de recettes supplémentaires.

La seconde, c'est avec cette aide là être plus performant et gagner des places au classement pour toucher des droits télés supplémentaires. Pour ce qui est de la fréquentation au stade, c'est quelque chose de bien plus complexe. Aujourd'hui, si nous jouions dans un stade de 20 000 places cela ne serait pas fondamentalement gênant pour nous, sauf pour le match de Paris. Nous avons une croissance faible mais positive de nos recettes, cependant c'est insuffisant comparé à ce que l'on voudrait atteindre.

Lors de votre participation à une Matinale de La Tribune en septembre dernier vous avez déclaré : "Je suis inquiet sur le devenir du sport de haut-niveau à Toulouse. On a perdu beaucoup de temps. L'intérêt n'est pas certain de la part de nos élus. Il faudra se reposer des questions si on veut pérenniser le haut-niveau dans la quatrième ville de France". Pouvez-vous développer ?

 Cette phrase est juste et entière. À un moment donné, on peut potentiellement se lasser de prendre un risque annuel systématique pour finalement avoir très peu de retours voire pas de retours du tout sur le plan de l'intérêt de la part de nos élus. On se sent bien seul dans le sport de haut niveau dans cette ville.

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Commentaires 3
à écrit le 25/03/2018 à 4:15
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il faut mettre le tramway jusqu'au parking de la piscine nakache

à écrit le 22/03/2018 à 17:27
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Y'a du boulot pour rester en ligue 1 surtout si vous vendez nos meilleurs joueurs

à écrit le 22/03/2018 à 17:23
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Y'a du boulot pour rester en ligue 1 surtout si vous vendez nos meilleurs joueurs

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