Face à une situation proche du "dépôt de bilan", Jean-Luc Moudenc annonce une hausse des impôts

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Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole
Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole (Crédits : Alexandre Léoty)
Une situation proche "du dépôt de bilan". Jean-Luc Moudenc a présenté aujourd'hui 2 avril ses grandes orientations budgétaires, dans un contexte financier particulièrement complexe. L’élu, qui assure que d’importantes mesures d’économies seront prises à Toulouse comme à Toulouse Métropole, a par ailleurs fait le choix d’une augmentation de la fiscalité, "la mort dans l'âme".

"Les Toulousains ont le droit de le savoir : notre ville vit au-dessus de ses moyens, au point qu'elle se trouve aujourd'hui au bord du dépôt de bilan !" C'est un sombre état des lieux qu'a dressé aujourd'hui 2 avril Jean-Luc Moudenc. Le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole a présenté à la presse les grandes orientations budgétaires 2015-2020 qui seront proposées au vote du conseil métropolitain le 9 avril et du conseil municipal le 10 avril. Des orientations qui s'inscrivent dans un contexte financier plutôt complexe.

"La municipalité précédente a pour ainsi dire ruiné les marges financières de la Ville" (ce qu'a toujours nié depuis un an Pierre Cohen et l'ancienne équipe municipale, NDLR), assure Jean-Luc Moudenc, qui ajoute : "Cette situation, cachée, a une conséquence brutale. Les réserves constituées pendant trente ans de bonne gestion n'existent plus."

Autre facteur défavorable avancé par le maire de Toulouse : la réduction des dotations de l'État aux collectivités locales. "Cela a considérablement accentué nos difficultés, explique-t-il. C'est, très concrètement, moins 640 millions d'euros de recettes dans nos budgets communaux et métropolitain de la mandature sur le territoire de Toulouse Métropole !"

Maintenir le niveau des investissements

Pour autant, Jean-Luc Moudenc n'entend pas renoncer aux investissements.

"Je refuse l'austérité, martèle-t-il. Car l'austérité, c'est le recul, c'est la renonciation à l'ambition, c'est l'abdication de la volonté. Je ne m'y résoudrai jamais. Le maintien d'un haut niveau d'investissement dans nos deux collectivités aura un effet bénéfique pour notre économie, pour nos entreprises et pour l'emploi. Au total, c'est plus de 2 milliards d'euros que nous injecterons dans l'économie locale."

Pour Toulouse Métropole, ces investissements, de l'ordre de 1,5 milliard d'euros d'ici à 2020, concerneront principalement les déplacements, l'habitat, le développement économique et les projets structurants. À Toulouse, les priorités restent la sécurité, l'éducation et la solidarité. La Ville prévoit ainsi d'investir 120 millions d'euros chaque année jusqu'en 2020.

Économies, emprunt et hausse de la fiscalité

Pour maintenir ce niveau d'investissement dans un contexte financier aussi tendu, Jean-Luc Moudenc a choisi de jouer sur plusieurs leviers. Les économies de fonctionnement, tout d'abord. L'élu s'engage à réaliser 105 millions d'euros d'économies à Toulouse, à travers notamment le non-remplacement systématique des départs à la retraite des agents municipaux, mais aussi la réduction des subventions allouées aux organismes extérieurs "satellites de la collectivité" et aux associations. Par ailleurs, le maire de Toulouse a annoncé que sa ville aurait recours à l'emprunt. "C'est inévitable", assure l'élu, qui prévoit également la vente d'un certain nombre d'actifs immobiliers et fonciers.

"La collectivité fait les trois-quarts des efforts qui nous permettront d'atteindre les 145 millions d'euros nécessaires d'ici à 2020", assure Jean-Luc Moudenc.

Mais il le confesse : "cela ne suffira pas". Le quart restant devra être supporté par les contribuables. L'augmentation des tarifs des services municipaux toulousains devrait ainsi permettre de récolter 10 millions d'euros, tandis que celle de la taxe d'habitation et de la taxe foncière devrait générer une recette globale de 30 millions d'euros. Le taux de taxe foncière passera à Toulouse de 17,64 % à 20,29 % et celui de la taxe d'habitation passera de 15,87 % à 18,25 %.

Le principe est le même pour Toulouse Métropole. Pour maintenir son niveau d'investissement, la collectivité doit trouver 116 millions d'euros d'ici à 2020. Au-delà des économies de fonctionnement qui pourraient être réalisées, là encore, les ménages - mais aussi les entreprises - seront mis à contribution. 52 millions d'euros devraient ainsi être mobilisés par la hausse des tarifs et l'impôt. La taxe foncière, aujourd'hui de 5,18 %, sera portée à 5,96 % et le taux de la taxe d'habitation passera de 14,34 % à 16,49 %.

"Je propose, dans cette situation exceptionnelle, de passer un pacte clair avec les Toulousaines et les Toulousains, lance Jean-Luc Moudenc. Un pacte qui nous conduira à montrer chaque jour que nous sommes exemplaires et transparents dans la gestion des finances et que chaque euro investi sera source de valeur pour la Ville et la métropole, pour ses habitants et pour le développement économique du territoire."

Par ailleurs, après cette augmentation des impôts qui concerne 2015, l'élu s'engage à une stabilité fiscale à partir de 2016, et ce jusqu'à la fin de son mandat. "L'effort sera demandé une fois pour toutes", insiste-t-il.

"Assumer" des mesures impopulaires

Jean-Luc Moudenc le sait, de telles mesures risquent d'entamer sa popularité. "Augmenter l'impôt est pour moi et mon équipe un crève-cœur, assure-t-il. Ces derniers mois, nous avons tout fait pour éviter ce recours à la fiscalité. Mais si j'avais fait porter par la seule collectivité l'effort d'équilibre budgétaire, j'aurais cassé les services publics. Je ne le veux pas. Tout comme je n'ai pas voulu arrêter tous les projets, tuer l'investissement, faire prendre à Toulouse le parti du surplace, qui est celui du recul." Le maire de Toulouse dit "assumer" ses responsabilités.

"En arbitrant ces deux budgets, j'ai décidé de remplir mon devoir, confie-t-il. De ne pas prendre en considération les intérêts personnels, de ne pas faire un calcul politique ou électoraliste."

Et l'élu d'ajouter : "J'aime Toulouse davantage encore que mon bureau du Capitole ou de la Métropole..."

Réactions

Sur Twitter, Pierre Cohen, l'ancien maire socialiste de Toulouse, directement visé par les déclarations de Jean-Luc Moudenc, a tenu a réagir dès jeudi 2 avril au soir.

L'écologiste Antoine Maurice a lui aussi commenté sur Facebook les annonces du maire de Toulouse :

"Durant la campagne des municipales 2014, Jean-Luc Moudenc avait promis aucune augmentation d'impôts et pas de dettes, remarque-t-il. Il a également annoncé la fin du remplacement systématique des départs à la retraite, la baisse des subventions aux associations et la fin de la gratuité des cantines scolaires pour les familles modestes.
Le nouvel élan de la majorité toulousaine sera celui d'une politique où l'on demande à tout le monde de payer plus, pour moins de solidarité, moins de service public, moins de vie associative."

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Commentaires
a écrit le 05/04/2015 à 22:52 :
Forfaiture !
a écrit le 04/04/2015 à 9:34 :
Pourquoi je n'arrive pas à le croire quand il dit : "En arbitrant ces deux budgets, j'ai décidé de remplir mon devoir, confie-t-il. De ne pas prendre en considération les intérêts personnels, de ne pas faire un calcul politique ou électoraliste."? N'est-ce pas dans la bouche d'un politique exactement le contraire de ce qu'il va faire ?
a écrit le 03/04/2015 à 10:06 :
Peut-être qu'on pourrait revenir sur les mesures qui coûtent cher :
- la rénovation du Stadium alors même que cela avait été fait en 1998
- la sécurité avec l'achat de motos flambant neuves pour la municipale, la vidéoprotection, le doublement puis triplement des effectifs des municipaux ...
- la LGV
- un projet utopique de 3è ligne de métro à 1,7 Milliards d'euros
- un projet encore plus utopique (et totalement inutile) de 2ème rocade
- etc ... etc ...
Pendant ce temps, il y a des travaux (prévus) qui ne se font plus dans les écoles, des classes surchargées, des problèmes sanitaires (eau contaminée dans des équipements sportifs sou scolaires ...)...
a écrit le 02/04/2015 à 22:02 :
Si tous les autres sont responsables sauf lui, il a eu besoin d'un an pour s'en apercevoir ? C'est une fois les élections passées (avec son énorme succès personnel) qu'il se réveille.
a écrit le 02/04/2015 à 20:43 :
Belle Arnaque effectivement!

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