François Hollande dans le Lot, la visite côté coulisses

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À Figeac Aéro, François Hollande et son garde du corps connu depuis les attentats de janvier
À Figeac Aéro, François Hollande et son garde du corps connu depuis les attentats de janvier (Crédits : Rémi Benoit)
Derrière les discours et les annonces officielles, les visites de chefs d'État ou de membres du gouvernement regorgent d'anecdotes rarement racontées. Petits mots et situations cocasses, voici les coulisses de la visite du président de la République François Hollande, mardi 14 avril dans le Lot.

10 h. Une voiture noire traverse traverse la vieille ville de Cahors. Derrière les halles, assis à la terrasse d'un café, un habitué s'exclame : "Il m'a regardé par la fenêtre !". "Il", c'est le Président de la République. En visite, mardi 14 avril dans le Lot, François Hollande vient de terminer la première étape de son déplacement.

Quelques minutes plus tôt, il était à la préfecture pour signer le contrat plan État-Région avec Martin Malvy. Une épreuve du feu pour la Préfète Catherine Ferrier. "J'espère qu'elle va bien s'en sortir", commentait-on dans la salle principale du bâtiment. Organisée en toute hâte, la cérémonie semble hors de contrôle des services de presse régional et préfectoral. Et pour cause, c'est l'Élysée qui pilote. Résultat, les agendas locaux ne comptent pas. Martin Malvy devait rencontrer la ministre Axelle Lemaire le matin même ? Qu'il repousse le rendez-vous. De toute façon, le Président de la république l'assure : "Concernant l'école du numérique à Toulouse dans l'école de la 2e chance, vous avez vos réponses." Ouf.

À défaut de la secrétaire d'État au Numérique, le président du Conseil régional a pu apprécier l'hommage qui lui a été rendu par le Président de la République. Un hommage à l'humour parfois piquant. "Martin Malvy a été président de l'association des petites communes alors même qu'il n'était plus maire d'une ville. C'est une force", a glissé, entre autres, François Hollande. L'assistance s'esclaffe, mais en bas de l'estrade, l'intéressé hésite entre le rire et la grimace.

Après les paroles, les signatures. Accompagnés du préfet de région Pascal Mailhos, les deux socialistes ont paraphé le document pesant 1,6 milliards d'euros. Derrière les trois hommes, Sylvia Pinel, la ministre (PRG) du Logement, de l'égalité des territoires et de la ruralité, n'en perdait pas une miette. À défaut de prendre la parole, elle était au moins sur la photo.

Hollande

Pendant qu'au premier rang, les journalistes mitraillent et notent consciencieusement, l'équipe de communication du "PR" veille au grain. Tailleur-pantalon noir et chignon, la responsable presse briefe un de ses collègues : "Lors d'un cas sensible, on se met devant les caméras". Question d'un journaliste régional :

  • "Pour la suite du programme et les visites d'entreprises, nous sommes bien accrédités mon photographe et moi ?"
  • "Non. Les visites sont poolées (réservées à quelques médias choisis, l'AFP et la Dépêche du Midi en l'occurrence). Ce sont des locaux petits, il n'y a pas la place."

À l'entendre, on imagine François Hollande visitant un atelier artisanal. En fait, le Président se rend sur les sites de Ratier-Figeac et Figeac Aéro. De grandes entreprises, avec de grands hangars.

Pendant ces tractations, François Hollande se lève et s'approche de la masse de conseillers régionaux venus depuis Toulouse dans un bus spécialement affrété par le Conseil régional. Poignées de main, sourires et petits mots. Curieux, des journalistes s'approchent. Trop près au goût de l'équipe de com' : "Vous ! Retournez à votre place, ou ne posez pas de question", ordonne la dame au chignon. Ambiance.

François Hollande

Course contre la montre

La suite du programme, c'est donc la visite de deux entreprises aéronautiques à Figeac. Depuis Cahors, une très belle départementale se déploie sur 70 km. Le PR survolera pourtant la brillante campagne lotoise en hélicoptère. Impossible de le suivre à la trace en se trainant sur le plancher des vaches. Dans la limite des vitesses autorisées, les professionnels de l'info foncent vers le terminus de la matinée : Figeac Aéro.

11 h 30. Objectif atteint, l'usine est encore vierge de Président qui entre temps a visité l'usine de Ratier Figeac. Le dernier président de la République à s'être déplacé à Figeac est un autre socialiste : François Mitterrand. Il y a 33 ans, l'homme de Solutré était venu dans le Lot pour louer l'industrie rurale et l'investissement. Figeac Aéro n'existait pas encore.

À l'entrée du site, impossible d'embrouiller l'attachée de presse de l'Élysée pour assister à la visite des ateliers. Gentiment mais fermement, elle oriente les journaleux vers le hangar où l'intervention présidentielle est prévue à midi. Pour passer les contrôles, il faut une accréditation. Certains des badges sont introuvables. Un rédacteur hérite de celle d'un journaliste de France Info. "Il n'est pas venu, vous n'avez qu'à garder la face cachée." Débrouille-débrouille.

L'accès au hangar dernier cri est protégé par des portails de sécurité estampillés "made in USA". Une petite file d'attente se forme. Juste derrière, un espace est réservé aux télévisions, bien plus nombreuses que le matin. La presse nationale est là. Entre les caméras et les journalistes branchés sur leurs portables, il y a aussi Bernard Plano, le président délégué l'agence économique régionale Madeeli. "Je ne sais plus où je suis", confesse-t-il, un peu perdu.

Tout autour, de nombreux salariés font déjà le pied de grue. Entre eux et l'estrade, une chaine en plastique rouge et blanche. De l'autre côté, des élus locaux. "Comme ça, on est tranquille", souffle l'un d'eux, appréciant le privilège. C'est le carré VIP, mais sans le champagne. Un carré qui se réduit comme une peau de chagrin au fur et à mesure que les employés se rapprochent. Les portes du hangar se ferment. "On est dans la nasse", plaisante un élu.

Par une fenêtre, les voitures noires du convoi présidentiel apparaissent. Le "PR" arrive. Au même moment, sept hommes et une femme montent sur scène. Murmures dans l'assistance, personne ne sait qui ils sont. "Ils ne sont pas d'ici", constate un autre élu avant de faire des génuflexions pour s'assouplir les jambes. Ils s'avèreront être les représentants de l'alliance industrielle promue lors de la visite. Mais personne ne les présente.

Le maire de Figeac passe, suivi d'un sénateur. L'aristocratie républicaine se positionne alors que le Président entre dans l'arène. "Il a l'air sympathique", sourit un technicien. Comme à Cahors, c'est Martin Malvy qui prend d'abord la parole, suivi de plusieurs chefs d'entreprises. Un pas derrière les orateurs, Sylvia Pinel et Carole Delga, la secrétaire d'État au Commerce, cherchent à être dans le cadre. À ce jeu là, la candidate socialiste aux régionales l'emporte grâce à sa veste de tailleur rouge et à un placement judicieux à quelques centimètres du Président.

Après un discours aux accents lyriques et volontaristes, François Hollande cherche le bain de foule. Le service de sécurité prépare une sortie par une porte de service mais le chef de l'État a une autre idée en tête. Derrière le cordon d'élus et de salariés, les journalistes attendent leur heure. Soudain, le PR avance droit vers eux dans la foule. Contact. Les micros se tendent. Les caméras se braquent. L'actualité du Rafale, de l'Inde et des gros contrats éclipse l'industrie du futur, le thème du jour.

Ensuite, le bal du serrage de mains continue. "Je vais saluer un peu les jeunes là", annonce François Hollande en visant deux stagiaires. "Reculez, reculez. Il y a plus de journalistes qu'autre chose", pestent les chargées de presse. À la sortie de l'atelier, elles somment carrément les journalistes de retourner dans le hangar. Impossible d'assister à la rencontre entre le PR et d'autres salariés.

Hollande à Figeac

 Chouquettes et salle de presse

La visite est terminée. Direction la salle de presse ou plutôt la petite maison mise à disposition par Figeac Aéro. Plateau repas et connexion wifi, pas de quoi se plaindre, les conditions sont souvent moins confortables.

Sans perdre de temps chacun s'attèle à envoyer les informations le plus rapidement possible. Il est 14 h. Le bus, ramenant la presse nationale à l'avion pour Paris, part à 15 h. Certains rouspètent contre la connexion qui passe mal, d'autres contre leur rédaction en chef qui demande n'importe quoi. Dans une salle annexe, des rédacteurs vidéos peaufinent leur commentaire avant de l'enregistrer sur la terrasse. Les attachés de presse de l'Élysée sont là. Elles veillent et commentent les commentateurs.

Au fur et à mesure que la pièce se vide, l'ambiance se détend. Une heure passe et seuls les journalistes locaux hantent encore l'espace. Alors que cette journée d'avril offre les premiers 30 ° C de l'année, l'idée d'une petite sieste circule. Beau rêve. À la place, les survivants terminent les chouquettes et - tradition oblige - charrient un peu les Parisiens qui se plaignaient d'un "déplacement pourri".

Avant de repartir, l'amas de nourriture qui gît sur la table fait débat. Face au gâchis, un sac en plastique est rempli de deux bons kilos de roastbeef abandonnés. Les deux chiens d'un collègue vont se lécher les babines. C'est l'Élysée qui régale.

L'épreuve du "pool"

Le pool, c'est le monopole organisé par une institution ou une entreprise pour limiter le nombre de médias présents à certains événements. En contrepartie, les autres médias peuvent bénéficier des informations, photos et vidéos, par l'intermédiaire des journalistes accrédités. Cette visite présidentielle montre les limites d'une pratique qui mériterait d'être rénovée.

Comme souvent, la composition du pool reste inconnue jusqu'à la date de l'événement lui-même. Impossible de savoir en avance si on en fera partie. Conséquence : il faut se rendre sur place avec un photographe pour être certain de ne pas rater le coche, sans aucune assurance.

Mardi 14 avril, l'Élysée n'a accrédité (malgré nos demandes) que l'AFP pour les médias nationaux et la Dépêche du Midi pour les médias locaux, pour suivre François Hollande pendant ses visites à Ratier Figeac et Figeac Aéro. Une distinction géographique qui fait doucement rire à l'heure d'internet et de l'effacement des frontières. Toujours est-il que pour récupérer des photos de ces "moments réservés", la patience et la ténacité sont d'usage.

Impossible en effet de récupérer les photos de l'AFP si l'on n'est pas abonné à cette agence. "Si vous êtes abonnés à Reuters, demandez-leur de vous les envoyer", affirme l'Agence France Presse. Contactée sur le champ, l'agence de presse à laquelle La Tribune est abonnée, explique sa position : "Nous avons choisi de ne pas nous rendre à Figeac. Dans ces cas-là, la règle est qu'il n'y a pas de photo". Après un coup de fil à l'Élysée, nous comprenons finalement qu'il faut contacter le photographe du pool local : celui de la Dépêche du Midi. Malgré toute la bonne volonté de notre confère, les photos nous seront envoyées deux jours plus tard. Trop tard.

Qu'on se comprenne : cette constatation ne remet pas en cause les confrères "poolés", mais un système relativement pesant et peut-être inapproprié à la rapidité actuelle de l'information.

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Commentaires
a écrit le 17/04/2015 à 19:29 :
A noter que la journaliste de l'hebdo local LA VIE QUERCYNOISE était dans le "pool", accréditée également donc ! avec l'AFP et la DDM. Merci.

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