Le nouveau ministre Philippe Martin, portrait de l'élu gersois, défenseur de l'environnement et fin politique

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Philippe Martin
Philippe Martin
Delphine Batho débarquée du ministère de l'Écologie, du développement durable et de l'énergie mardi après-midi, c'est Philippe Martin qui hérite du portefeuille, consécration d'une carrière politique au service de la question environnementale. Du Gers aux ors de la République, l'éco-socialiste construit peu à peu son destin politique.

L'écologie fait sa deuxième victime ! Après Nicole Bricq, passée seulement un mois dans les locaux de l'Hôtel de Roquelaure, c'est au tour de Delphine Batho de rendre son tablier ministériel. Auteures toutes les deux de sorties visant à dénoncer la politique environnementale menée, elles ont fait les frais de l'impératif de solidarité gouvernementale, stratégie imposée par le sommet de l'État à ses représentants. En dénonçant sur les ondes la baisse du budget de son ministère, l'ancienne protégée de Ségolène Royal a payé les pots cassés d'une séquence politique où les couacs de la majorité se sont enchaînés. Comme il s'y était engagé plus tôt, l'exécutif a décidé de siffler la fin de la récré.

"Alors qu'elle a toujours été très frileuse sur les dossiers environnementaux, c'est la première fois que Delphine Batho est à la hauteur de l'enjeu écologique avec ce départ" raille Gérard Onesta, vice-président du Conseil régional Midi-Pyrénées et représentant EELV. Et d'ajouter : "Au moins, elle n'aura pas raté sa sortie". Partenaire exigeant de la majorité actuelle, EELV place beaucoup d'attente dans ce ministère, et les premiers pas du socialiste Philippe Martin seront scrutés. Attendu au tournant donc, le fabusien de 59 ans a tenu dès ce matin lors de la passation de pouvoir avec sa prédécesseure à réaffirmer son attachement viscéral à "l'exigence écologique" laquelle doit être "partagée par le plus grand nombre" tant "la nécessité de transformer de manière écologique notre mode de vie n'est pas quelque chose de superflu."

L'homme de la situation?
Alors que la problématique environnementale risque d'occuper les écrans-radars dans les prochains mois tant les dossiers centraux s'accumulent (gaz de schiste, logement, transport...), le nouveau venu de l'équipe Ayrault aurat-il les épaules nécessaires ? Une chose est sûre en tout cas : son CV parle pour lui.

Déjà rompu au fonctionnement des cabinets ministériels, Philippe Martin suit depuis la carrière du parfait serviteur de la République. Tour à tour élu président du Conseil général du Gers, conseiller municipal de Valence-sur-Baise et député de la 1ère circonscription du Gers, le dirigeant politique a eu l'occasion de faire ses classes dans les palais de la République et de goûter au charme des tractations politiques.

Mais plus que son parcours classique, c'est surtout son engagement environnemental qui fait la spécificité du socialiste. A son actif, plusieurs faits d'arme, quitte parfois à se mettre à dos ses camarades, à l'époque peu attentifs à la problématique écologique. Que l'on songe à son opposition farouche aux OGM au point de lancer un référendum local sur la question, lui le défenseur de l'agriculture raisonnée, ou que l'on se remémore les prises de positions tranchées vis-à-vis de l'exploitation des gaz de schiste de ce héraut de la "social-écologie", à chaque fois l'édile n'a pas hésité à s'affranchir de la ligne du parti pour défendre l'intérêt environnemental. Osera-t-il en faire de même maintenant qu'il est aux commandes ? Des rumeurs disent que quelques jours avant sa nomination, Philippe Martin critiquait la coupe budgétaire subie par le ministère de l'Environnement.

Pointant "sa connaissance du terrain et son expérience", le président du Conseil régional Martin Malvy "ne doute pas de sa réussite" dans ses nouvelles missions. Même son de cloche chez son suppléant et désormais remplaçant à l'Assemblée nationale, Franck Montaugé, le maire d'Auch : "Cette nomination est la récompense des qualités et compétences indéniables de Philippe Martin. Très assidu sur les questions environnementales, il est l'un des meilleurs experts et sûrement le plus à même de prendre en charge ce portefeuille". Il faut dire qu'en plus de ses prises de position assumées au Palais Bourbon, l'élu gersois s'est également posé comme l'un des animateurs du courant fabusien chargé des problématiques environnementales. Mieux, l'année dernière il se voulait "la voix des territoires ruraux" lors de son affrontement avec Bruno Le Roux pour la présidence PS du groupe parlementaire.

Rassembler avant tout
Aujourd'hui à la tête d'un ministère à la santé chancelante qui a vu se succéder pas moins de dix ministres en dix ans, Philippe Martin entend parvenir à redonner ses lettres de noblesse au dossier écologique, à la manière de ce qu'il est parvenu à faire dans son département lorsqu'il prit la tête de la campagne de boycott vis-à-vis des produits californiens en réaction à des mesures de rétorsion. L'environnement au service de la relance, voilà son programme. Pour ce faire, il devra composer avec les partenaires écologistes, lesquels à l'issue du renvoi de Delphine Batho se sont posé la question de leur participation gouvernementale. Pour Gérard Onesta, si "Philippe Martin dispose du profil nécessaire pour défendre les intérêts de l'écologie, il devra surtout avoir les mains libres pour pouvoir agir, et cela est une autre paire de manche."

Confronté à une réduction de son budget, au dossier de l'emploi qui mobilise toutes les forces gouvernementales et à des partenaires écologistes de plus en plus offensifs face à la politique actuelle, le nouvel arrivé aura fort à faire. A cet égard, il ne fait aucun doute que sa participation au sein de la commission visant à établir des accords de pré-campagne entre le PS et EELV et son ancienne fonction de chargé de relations entre les groupes de la majorité dessine de lui le portrait d'un rassembleur, une aptitude qui lui sera nécessaire dans ses nouvelles prérogatives. De là à penser d'ailleurs que la nomination de Philippe Martin vise en partie à resserrer les liens entre les différents groupes de la majorité... "Les Verts ont raison d'être exigeants pour la fiscalité écologique et la transition énergétique. Cela fait partie des engagements du président de la République et ces engagements sont le fil à conducteur de la majorité parlementaire. Nous savons qu'il existe chez nos partenaires, en particulier écologistes, un débat sur leur participation au gouvernement, alors donnons des munitions par le contenu de notre action à ceux qui défendent cette participation" explique Christophe Borgel, député PS de Haute-Garonne.


S'il a "dit oui immédiatement" lorsque le Premier ministre lui a proposé le ministère de l'Écologie, alors même qu'il était en plein débat à l'Assemblée nationale sur... le développement durable, pour vivre un dessein national qu'il avait déjà entrepris avec son mandat de député, Philippe Martin n'en reste pas moins préoccupé par les intérêts locaux qu'il "continuera de regarder très attentivement" avance le maire d'Auch. Se posera toutefois la question de son mandat à la tête du Conseil général qu'il doit abandonner en vertu des règles de non cumul posées par le gouvernement Ayrault. Son plus proche collègue et actuellement 1er vice-président de l'institution, Jean-Pierre Pujol, pense qu' "il devrait très rapidement remettre sa démission" au profit d'un nouveau vote interne pour renouveler l'exécutif. "Je réfléchirai alors à la pertinence ou non de ma candidature à la tête du Conseil général avec Philippe Martin." C'est dire que le premier ministre depuis 1983 originaire du département du Gers compte bien garder un œil sur les affaires locales.

Jérémy Lacoste
Photo © Rémi Benoit

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