Municipales 2020 : la difficile recomposition de la gauche toulousaine

Alors que le Parti Socialiste (PS) a structuré pendant des décennies la gauche toulousaine, l'élection présidentielle de 2017 a bouleversé la donne : la France Insoumise (FI) y était arrivée en tête du premier tour, plusieurs figures du PS à l'image de Pierre Cohen se sont tournées vers de nouvelles formations, des listes citoyennes ont émergé... De quoi compliquer le rassemblement autour d'une candidature unique à gauche. Analyse et trombinoscope des potentiels candidats pour les élections municipales à Toulouse en 2020.

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Qui prendra la tête d'une candidature à gauche pour les prochaines municipales à Toulouse ?
Qui prendra la tête d'une candidature à gauche pour les prochaines municipales à Toulouse ? (Crédits : Rémi Benoit)

"Avant, être désigné par le Parti Socialiste (PS) comme tête de liste pour les municipales, c'était pratiquement définir la règle du jeu au sein de la gauche pour l'élection", se remémore Pierre Cohen. Celui qui a conduit la liste PS avec succès en 2008 avant d'échouer face à Jean-Luc Moudenc en 2014, est lucide sur l'état actuel de la gauche à Toulouse.

"Il s'est passé quelque chose d'essentiel avec la présidentielle", estime-t-il. En mai 2017, la France Insoumise (FI), menée par Jean-Luc Mélenchon, est arrivée en tête du premier tour à Toulouse avec 29% des suffrages, devant Emmanuel Macron (27%) et François Fillon (18%). Le PS, quant à lui, y a enregistré un score historiquement bas avec seulement 10% des votes, légèrement devant le Front National (9%), désormais appelé Rassemblement National.

"Cette élection a énormément bouleversé l'échiquier politique à plusieurs égards. Le PS n'est plus hégémonique, ce n'est plus le parti qui va dicter comment la gauche va se comporter. Mais plus globalement, il existe un rejet des partis politiques traditionnels. De nouvelles formations ont émergé à l'image de Génération.s (formation fondée par Benoît Hamon qu'il a rejoint au printemps 2018, ndlr). À la fin de la guerre d'Algérie, une explosion similaire des partis de gauche avait été observée avec la création de nouveaux partis comme le PSU et la création du PS qui a créé une dynamique et permis la victoire de Mitterrand en 1981. Mais aujourd'hui, la gauche est dispersée. Nous sommes dans une période d'émiettement même si tout le monde affiche un discours de rassemblement des forces de gauche".

Pierre Cohen pour le moment pas candidat

Pierre Cohen

Pierre Cohen dans la permanence municipale de Génération.s./ (Crédits : Rémi Benoit)

Passée l'analyse, Pierre Cohen confie qu'il est prêt lors des prochaines municipales à "jouer tous les rôles", devenir tête de liste ou non, "à partir du moment où les valeurs se retrouvent à la fin" :

"Au PS, il y a toute une stratégie pour mettre en place Claude Raynal comme tête de liste, cela pose des questions vu son soutien à Emmanuel Macron lors de la présidentielle. De même, ce sera difficile de se rassembler avec les Insoumis qui ont par le passé fait le jeu de la division".

Pierre Cohen ajoute : "les choses vont se décanter courant 2019 et jusque là je ne serai pas candidat. Je pense qu'il est très important de ne pas freiner des émergences de candidatures". Il fait remarquer aussi qu'il a souhaité qu'Isabelle Hardy devienne présidente sur la métropole du groupe Génération.s, "pour montrer l'existence de visages différents".

Claude Raynal, candidat officiel pour la tête de liste PS

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L'ancien maire de Tournefeuille (31), Claude Raynal./ (Crédits : Rémi Benoit)

Premier à dégainer, le PS a prévu des élections internes dès début 2019 pour désigner sa tête de liste. Pour l'heure, le sénateur Claude Raynal a officiellement annoncé sa candidature. Il a reçu en septembre dernier le soutien du président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric.

"J'estime avoir une certaine légitimité. Je suis le président du groupe socialiste à Toulouse Métropole. Je suis également sénateur et pour diriger une ville, il convient d'avoir des réseaux extrêmement importants au plan national. Je suis né à Toulouse, ai été élu dans une ville de première couronne (à Tournefeuille, ndlr)", met en avant Claude Raynal.

L'élu estime qu'il est trop tôt pour esquisser des propositions ("Il y a le temps de la réflexion collective qui va durer presque une année. Mes idées propres n'ont que peu d'intérêt") mais a déjà un angle d'attaque face à la politique menée par Jean-Luc Moudenc depuis 2014.

"C'est le maire des gens qui vont bien. Son discours s'adresse aux gens qui suivent le développement économique mais il occulte les autres. Il faut qu'on s'occupe de ceux qui ne sont pas les premiers de cordée, comme dirait Emmanuel Macron. Les impôts locaux ont augmenté de 15% ainsi que tous les services notamment les transports. Il faut aussi veiller à ce que la ville ne soit pas segmentée avec des lieux de l'entre-soi c'est un énorme danger", fustige-t-il.

Par ailleurs, Claude Raynal s'est prononcé pour une consultation citoyenne pour désigner le futur mode de gestion de l'eau de la métropole, même si à titre personnel il se dit "pour une régie publique avec la possibilité de faire des contrats comme la situation actuelle".

Sur la question de l'union des gauches, il considère que "le PS n'est pas une force politique anodine. Nous avons une histoire, des institutions, le Département, la Région, des villes dans la métropole... Mais si elle veut revenir à la gestion municipale, il faudra que la gauche se rassemble et qu'elle s'élargisse".

Romain Cujives veut un budget participatif

Romain Cujives

Le conseiller municipal Romain Cujives./ (Crédits : Rémi Benoit)

Agé de 34 ans avec déjà 10 ans d'expérience municipale au compteur, Romain Cujives (fils de Didier Cujives, président de Haute-Garonne Tourisme) figure aussi parmi les potentiels candidats à l'investiture PS.

"J'ai la profonde conviction que l'alternance est possible dans notre ville mais pour cela il faudra proposer une vraie alternative. Je ne suis pas là pour faire du Jean-Luc Moudenc de gauche", lance-t-il.

Le jeune élu évoque un budget participatif doté d'un million d'euros par an "pour aller chercher les idées des Toulousains" : "Des aires de jeux, une nouvelle place, une salle de spectacle... C'est vous qui allez le dire et on va aller jusqu'à voter ces propositions", décrit-il. Romain Cujives est également en faveur de la création d'un conseil citoyen composé de citoyens tirés au sort chargés de surveiller les engagements des élus durant le mandat.

Le Toulousain veut faire de la Ville rose "une ville pionnière en matière de transition écologique avec une révolution écologique positive qui sorte de la logique punitive, en passant des accords avec les chefs d'entreprise pour transformer les malus en bonus". Il se prononce également pour une régie publique de l'eau ("c'est une affaire de santé public et un bien public de l'humanité") et en faveur d'un tarif social de l'eau ("ce n'est pas normal de payer pareil pour se doucher ou remplir une piscine privée").

D'autres candidatures sont évoquées au PS, comme celle de l'ancien président socialiste du Sénat Jean-Pierre Bel qui a fait ,d'après la Dépêche, "une offre de service" au parti en juin dernier.

Que va décider Nadia Pellefigue ?

nadia pellefigue

Nadia Pellefigue est vice-présidente de la Région Occitanie./ (Crédits : Rémi Benoit)

Le choix de la socialiste Nadia Pellefigue reste aussi pour le moment en suspens. À presque 40 ans, elle est devenue l'une des décideuses économiques de premier plan à Toulouse, occupant aujourd'hui le poste de vice-présidente de la Région Occitanie en charge du développement économique, de l'innovation, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Début octobre, elle a sorti un livre intitulé "26 lettres d'une Toulousaine d'aujourd'hui". Pas une déclaration de campagne, assure-t-elle, "l'idée était d'ouvrir le débat à tous les Toulousains, d'instaurer un dialogue autour de ce que je crois".

Pour Nadia Pellefigue, "nous sommes encore dans une période de défragmentation de la gauche et ce processus n'est peut-être pas terminé", soulignant qu'avant les municipales se tiendra un autre scrutin en juin 2019, les élections européennes. La responsable politique n'entend pas déclarer ou non sa candidature avant cette échéance, et donc après les élections internes du PS. Elle estime d'ailleurs que "certains processus d'investitures internes" ne répondent pas à la demande de changement des pratiques politiques voulue par les citoyens.

Impossible pour autant de savoir sous quelle bannière elle pourrait se présenter. Nadia Pellefigue montre son intérêt pour les mouvements citoyens comme Rallumons l'étoile ou Archipel Citoyen, mais aussi pour les idées portées par le philosophe Raphaël Glucksmann, qui a annoncé récemment la création d'une structure intitulée Place publique.

La France insoumise "veut mener la dynamique à gauche"

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Meeting de Jean-Luc Mélenchon en 2016 à Toulouse./ (Crédits : Rémi Benoit)

De son côté, la France Insoumise n'affiche pas encore de visages pour mener la bataille municipale, mais le parti "revendique la tête de la dynamique à gauche".

"Nous sommes arrivés en tête à Toulouse lors de la présidentielle et deuxième dans six des dix circonscriptions lors des législatives. Nous sommes devenus la première force politique de gauche de la ville. Cela nous donne une légitimité pour conduire une dynamique mais aussi des responsabilités", lance Jean-Christophe Sellin conseiller régional et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon durant l'élection présidentielle.

Pour le moment, les Insoumis mènent un débat d'idées sur les futurs thèmes de la campagne. "Nous rencontrons tout le mouvement social, des associations, des syndicats qui participent aux luttes mais aussi le DAL (Droit au logement), le collectif contre la Tour Occitanie, le mouvement 2031...", illustre l'élu régional

Un slogan d'attaque se dessine déjà pour contrer le bilan du maire toulousain.

"Jean-Luc Moudenc est l'homme du passé, du privé et de la pollution. Le passé parce qu'il a déjà fait deux mandats comme maire, le privé parce qu'il veut vendre à Veolia la gestion de l'eau comme il a cédé à Vinci les parkings et de la pollution car on ne peut pas dire qu'il ait une volonté de mener une vraie transition écologique", déplore Jean-Christophe Sellin.

La France insoumise prévoit de poursuivre le débat d'idées jusqu'aux élections européennes avant de désigner sa tête de liste pour, peut-être, prendre le Capitole.

Archipel citoyen aimerait une liste avec des Toulousains tirés au sort

Fondé à l'été 2017 par de simples habitants mais aussi des élus de gauche, le mouvement Archipel citoyen entend présenter une liste aux prochaines municipales. Dans son texte fondateur, ses membres rejettent "le monde néolibéral qui participe au repli identitaire et à la régression sociale, écologique et culturelle" : "Préférons-lui des valeurs positives et alternatives pour changer nos villes, changer nos vies, ici et maintenant", préconise le manifeste.

Depuis un an, les participants d'Archipel citoyen expérimentent différentes formes de dialogue. "Nous faisons par exemple des débats mouvants pendant lesquels les participants doivent se positionner physiquement entre deux opinions", explique Raphaël André. Cet ingénieur d'Airbus n'a jamais été encarté dans un parti politique. Il a pourtant été désigné porte-parole du mouvement par un processus d'élection sans candidat. "Lors d'une assemblée, chacun propose une liste de personnes pour prendre ce poste. Les porte-paroles changent tous les six mois", précise-t-il.

Archipel citoyen aimerait tester une autre idée originale pour sa future liste.

"Elle sera composée d'une moitié de candidats qui auront été sélectionnés par nos membres et une autre moitié de personnes tirées au sort parmi l'ensemble des habitants de Toulouse, donc des gens qui n'ont pas forcément entendu parler de notre mouvement", annonce Raphaël André.

En d'autres termes, un retour à la démocratie athénienne.

À un an et demi du scrutin, entre la recomposition des partis traditionnels et l'émergence de nouveaux mouvements, les jeux semblent plus que jamais ouverts au sein de la gauche toulousaine. Prochainement dans nos colonnes, vous pourrez lire la suite de cette série sur les municipales. Que fera Jean-Luc Moudenc ? L'extrême droite va-t-elle grignoter des voix ?

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