"Il ne faut pas se lancer dans l'auto-entreprenariat par défaut", interview de Monique Dufresne

 |   |  896  mots
Monique Dufresne et la Maison de l'Initiative prône les projets de créations d'entreprises collectifs.
Monique Dufresne et la Maison de l'Initiative prône les projets de créations d'entreprises "collectifs". (Crédits : Rémi Benoit)
La Maison de l'Initiative fêtera demain soir ses 20 ans à la Grainerie, à Toulouse. Monique Dufresne, directrice générale et cofondatrice, fait le bilan des actions de sa structure d'insertion professionnelle et d'aide à la création d'entreprise. Elle revient sur les difficultés rencontrées et fustige la promotion grandissante de l'autoentrepreneuriat. Interview.

La Maison de l'Initiative fête ses 20 ans. Quel bilan en tirez-vous ?

Au total, nous avons accompagné plus de 3 000 personnes vers la création d'entreprise ou d'emploi. Chaque année, 40% des personnes que nous avons accompagnées créent une entreprise, 35% trouvent un emploi pérenne, 11 % vont suivre une formation complémentaire. Ce sont des chiffres stables depuis quelques années.

Les 14% restant sont en réorientation. Elles retournent en recherche d'emploi, prennent des congés maternité,... Il s'agit de personnes qui n'ont pas réussi à valider leur projet de création d'entreprise. Nous n'accompagnons pas coûte que coûte toutes les créations si nous considérons que les éléments de réussite sont absents.

Quels sont les facteurs d'échec de ces projets ?

Le fait qu'il n'y ait pas de marché ou seulement des marchés saturés sont souvent des facteurs d'échec. Le test en situation réelle dans la coopérative d'activité le montre.

Toutefois, la réussite ne dépend pas toujours d'un marché porteur, mais souvent de la capacité de la personne à le développer. Nous avons connu des entrepreneurs plein d'atouts échouer dans des marchés porteurs et d'autres réussir grâce à leur persévérance, leur capacité de tisser du réseau sur des marchés fermés. Nous avons également connu des personnes porteuses de projets innovants, mais trop en avance sur leur temps.

Par exemple ?

Nous avions accompagné des femmes en 1995 dans un projet de location de vélos en ville. Cela n'a pas abouti car la municipalité toulousaine estimait qu'il n'y avait aucun marché développable. À Toulouse, cette activité est arrivée dans les années 2000.

Considérez-vous que tout le monde peut créer son entreprise ?

Non. Certaines personnes se rendent compte que l'entrepreneuriat n'est pas fait pour elles. Elles s'aperçoivent que ce projet n'est pas adapté à leur personnalité ou que cela prend beaucoup de temps et empiète sur leur vie personnelle.

Autre écueil, les personnes souhaitant créer leur entreprise ont du mal à ouvrir leurs horizons, voir plus loin. Il faut savoir créer du réseau, accepter la concurrence en la voyant autrement avec une approche plus coopérative.

Constatez-vous un désir grandissant de créer sa propre entreprise ces dernières années ?

C'est dans l'air du temps, il y a beaucoup de communication dans le sens d'une promotion de l'entrepreneuriat ! Le statut de l'auto-entrepreneur, crée en 2008, a beaucoup mis cela en avant. Nous nous apercevons que Pôle emploi oriente les personnes vers ce type de projet. Nous alertons sur cette tendance excessive.

Une part non négligeable de personnes arrivent avec un projet de création d'entreprise par "défaut d'emploi". Nous recevons de plus en plus de gens qualifiées et de seniors qui viennent de perdre leur emploi..

Vous privilégiez les projets collectifs à l'autoentrepreneuriat...

Oui. Dans un contexte économique difficile, nous souhaitons maintenir et pérenniser les emplois en encourageant les projets collectifs, en développant les coopératives d'entrepreneurs associés pour permettre à plus d'entrepreneurs de travailler ensemble en mutualisant leurs activités, notamment. Ce n'est pas en les encourageant à l'autoentrepreneuriat que nous leur garantirons un projet viable.

Nous accompagnons des projets de création pendant une phase de test de deux ans, durant laquelle nous réalisons la partie comptable notamment (déclarations sociales, fiscales,...). À l'issue de celle-ci, si le projet s'avère positif, la personne devient associée chez nous ou crée son entreprise à l'extérieur.

Vous êtes très attachée à l'insertion des femmes. Comment expliquez-vous que le pourcentage d'entrepreneures reste stable depuis plusieurs années ?

C'est une question d'éducation. Elles ne s'autorisent pas à aller vers des métiers "dits masculins", dont la création d'entreprise fait partie.

Nous organisons notamment des ateliers spécifiques qui leur sont dédiés. Dans le cadre de l'action Dynamic', elles se retrouvent entre femmes. Elles osent plus facilement parler de sujets comme la relation au pouvoir et à l'argent et retrouvent cette confiance qui leur manque pour revenir sur le marché du travail.

En savoir plus

1994: La Maison de l'Initiative ouvre son centre de formation à Toulouse, dans le quartier la Faourette. Elle accueille alors des femmes qui souhaitent développer un projet économique, et réalise des études de développement de territoire. Elle compte 4 associées qui fondent la Scop, et 4 salariées.

1999: La première coopérative d'activités et d'emploi en Midi-Pyrénées est créée au sein de la Maison. Le principe ? Des femmes peuvent tester leur projet grandeur nature, et et "vivre la coopération au quotidien".

2006: Désormais, la Maison de l'Initiative accompagne aussi les hommes et crée une coopérative d'activités et d'emplois "mixte" sur le territoire du Sicoval.

2007: Développement à Toulouse, d'un nouveau champ de formation-accompagnement pour les femmes, en matière d'insertion sociale et économique.

2013: Naissance de permanences d'accueil en Ariège pour le développement d'une nouvelle coopérative d'activités et d'emploi (CAE).

2014: La Maison de l'Initiative a 20 ans, elle compte 62 associées et plus de 140 salariés. Elle a accompagné 3000 personnes dans leurs projets d'insertion professionnelle et de créations d'entreprise.

La Maison de l'Initiative compte 134 salariés. Elle a connu un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros en 2014. Elle est implantée à Toulouse, à Ramonville Saint-Agne et en Ariège depuis 2013.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/01/2015 à 16:01 :
Pas fausse l'argumentation de l'article, sauf que : c'est justement le défaut d'emploi qui a conduit à créer ce statut...., avec les inventions de la Société Unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL),de l'Entreprise Individuelle à responsabilité limitée (EIRL)....beaucoup de bureaucratie pour cacher l'essentiel. Qui est qui ?que sait-il faire ? que fait-il ? Méchantes questions !
a écrit le 23/01/2015 à 9:42 :
"Il ne faut pas se lancer dans l'auto-entreprenariat par défaut" dites le à vos formatrices qui le prône pour "tester l'idée" !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :