Spatial : Loft Orbital lève 140 millions de dollars pour sa future constellation de services partagés

Née à San Francisco et implantée depuis deux ans à Toulouse, la startup Loft Orbital frappe un grand coup en annonçant une levée de fonds de 140 millions de dollars pour accélérer le déploiement de ses satellites de services partagés. La jeune pousse compte doubler ses effectifs d'ici fin 2022 et va déménager dès le printemps 2022 dans 1.000 m2 de nouveaux locaux au coeur de la Ville rose.

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Antoine de Chassy, cofondateur de Loft Orbital.
Antoine de Chassy, cofondateur de Loft Orbital. (Crédits : Rémi Benoit)

Cinq ans après sa création, la startup Loft Orbital fait un bon de géant en annonçant une levée de fonds de 140 millions de dollars (125 millions d'euros) auprès de BlackRock Private Equity, Bpifrance via son fonds Large Venture, ainsi que les investisseurs historiques Foundation Capital, Uncork Capital et Ubiquity Venture.

"C'est inhabituel dans le spatial de lever autant d'argent à ce stade de développement. Mais aujourd'hui, il existe une telle demande du marché que nous devons faire grossir la société beaucoup plus vite que ce nous avions imaginé", confie à La Tribune Antoine de Chassy, cofondateur de Loft Orbital.

Fondée en janvier 2017 dans la Silicon Valley par Antoine de Chassy, Pierre-Damien Vaujour et Alex Greenberg, Loft Orbital a implanté deux ans plus tard une équipe française à Toulouse. À la différence des acteurs traditionnels de la filière spatiale, Loft Orbital n'est pas un fabricant de satellites qui programme le lancement d'une charge utile pour un client. La jeune pousse achète un satellite standard et bas-coût auprès d'acteurs du New Space, comme Blue Canyon Technologies ou Leostella, et se charge ensuite des technologies logicielles qui permettent l'interface entre les charges utiles des clients (caméras, capteurs) et la plateforme satellitaire. Une fois le satellite lancé, les clients de Loft Orbital peuvent prendre le contrôle de leur charge utile et accéder à leurs données.

"C'est assez révolutionnaire puisque jusqu'à présent les clients devaient s'acheter leur propre satellite pour faire voler leurs capteurs. Avec notre service, ils peuvent simplement réserver une place à bord suivant un modèle de leasing (location). C'est aussi le modèle du cloud : vous n'avez pas besoin d'ordinateurs à la cave pour stocker vos données mais vous achetez des capacités de stockage sur le cloud d'Amazon, Google ou Apple", décrit Antoine de Chassy.

L'autre similitude avec le cloud c'est que les clients paient à la consommation. Au lieu d'être facturés en fonction de la capacité de stockage utilisée, là ils paient en fonction des ressources utilisées : la puissance électrique, la protection thermique, la surface disponible pour regarder la Terre... Le coût de la mission est ainsi partagé entre la demi-douzaine de clients qui embarque à bord de chaque satellite.

Envoyer des satellites tous les trimestres

En juin dernier, Loft Orbital a lancé les deux premiers satellites sus ce modèle de "covoiturage spatial" avec les charges utiles de l'opérateur télécoms Eutelsat, de l'Onera, du gouvernement émirati, de la Darpa aux États-Unis mais aussi de petites startups. Deux satellites supplémentaires de services partagés seront envoyés en orbite dès 2022 avec notamment une charge utile de Honeywell à destination de l'agence spatiale canadienne pour la distribution de clés quantique pour des communications sécurisées. La jeune pousse espère ensuite accélérer les cadences.

"Nous avons par exemple signé un contrat avec la société Totum qui veut faire une petite constellation de l'Internet des objets. Leur objectif est de déployer cette constellation en deux ans. Cela veut dire que nous devons être capables d'envoyer des satellites tous les trimestres. Le défi n'est pas tant de trouver des créneaux de lancement mais il faut être en mesure de maîtriser toute la chaîne industrielle derrière : l'achat de la plateforme doit être anticipé ainsi que toutes les technologies d'intégration et puis il faut industrialiser le processus entre notre activité en France à Toulouse et nos deux sites aux États-Unis à San Francisco et dans le Colorado. Aujourd'hui, nous sommes armés pour piloter une mission après l'autre mais pas pour en mener plusieurs en parallèle. Lancer des constellations va nous demander de changer de dimension", estime le cofondateur.

Recrutements et nouveaux locaux à Toulouse

Par changer de dimension, l'entrepreneur entend déjà faire grossir ses rangs. Loft Orbital dispose aujourd'hui d'un effectif de 70 personnes de part et d'autre de l'Atlantique et compte doubler de taille d'ici à fin 2022. À Toulouse, 22 salariés travaillent actuellement dans 200 m2 de locaux nichés au sein du regroupement de startups At Home, dans le quartier Compans-Caffarelli. Depuis cet été, la startup y a installé une salle de contrôle et des bancs de tests pour suivre 24h/24 ses premiers satellites envoyés en orbite en alternance avec ses équipes californiennes.

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Salle de contrôle de Loft Orbital à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

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Laboratoire de radiofréquences de Loft Orbital à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

Lire aussi 7 mnDepuis Toulouse, Loft Orbital contrôle ses premiers satellites de services partagés

Antoine de Chassy espère franchir la barre des 50 salariés dans la Ville rose en 2022. Pour faire face à cette croissance, la startup emménagera dès début avril dans 1.000 m2 de locaux en plein centre-ville de Toulouse, ce qui lui permettra de se doter d'un plus grand laboratoire de radiofréquences et d'agrandir sa salle de contrôle. "Nous allons recruter essentiellement des ingénieurs et des développeurs. Pour attirer cette population, il nous faut des locaux accessibles à pied, à vélo dans un quartier attractif. Comme la société se structure, nous allons aussi avoir besoin de fonctions d'encadrement de type chefs de projet, recruteurs, relations RH, finances, comptabilité", détaille-t-il.

Pour changer de dimension, Loft Orbital compte également nouer des partenariats stratégiques avec des fournisseurs de plateformes satellites et d'autres technologies nécessaires à ses missions.

 "Bien sûr, nous n'arriverons pas au niveau de la constellation Internet de OneWeb ou des milliers de satellites de Starlink (Space X) mais il nous faut néanmoins des partenaires capables de produire en grand nombre des plateformes dans un délai très réduit. Sur ce créneau, il n'existe qu'une poignée d'acteurs : Leostella qui est une filiale de Thalès, BlueCanyon avec qui nous avons déjà travaillé, Airbus OneWeb Satellites avec qui nous avons des discussions ou encore NanoAvionics en Europe et Hemeria à Toulouse", observe le dirigeant.

Loft Orbital compte mobiliser une partie de ses fonds pour réaliser des précommandes de certains composants critiques sur ces plateformes et pouvoir être dans les starting blocks pour accélérer les cadences de lancement.

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Commentaire 1
à écrit le 07/12/2021 à 19:31
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La surveillance mondiale des populations en Marche !! On a jamais trop de satellites 😁

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