Le label B Corp, un relais de croissance RSE pour les entreprises ?

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Les entreprises labellisées B Corp lors du World Summit à Amsterdam, en 2019.
Les entreprises labellisées B Corp lors du World Summit à Amsterdam, en 2019. (Crédits : Jurre Rompa)
Lancé en 2006 par des Américains, le label B Corp met en avant des entreprises qui insèrent au cœur de leur offre une politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Encore méconnue dans la région toulousaine car trop peu d'entreprises ont obtenu celle-ci, cette distinction peut pourtant permettre de développer l'activité de son entreprise. Découverte d'un concept adopté par plus de 3 000 entreprises dans le monde.

Elles sont 3 100 à l'avoir dans le monde, dont 650 en Europe, une centaine en France et une petite poignée dans la région toulousaine. Voilà le nombre d'entreprises à être titulaire du label B Corp, lancé par trois entrepreneurs américains en 2006. Cette certification met en avant les entreprises qui intègrent une politique RSE au cœur de leur offre, surnommées alors des "entreprises à mission".

"L'argent n'est pas un mal, mais il faut utiliser le business pour agir sur la société et démultiplier notre impact. L'idée est de trouver un juste milieu entre Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook, ndlr) et Mère Teresa. Avoir le label B Corp signifie réinventer son modèle économique et en développer de nouveaux. Les entreprises B Corp sont l'avenir et il y a énormément à gagner en prenant la vague pour recruter des talents pour qui les valeurs ont une importance, innover ses process et fidéliser ses clients et partenaires", estime le youtubeur Pierre Chevelle, qui tient la chaîne "Changer le monde en 2 heures", venu à Toulouse, jeudi 21 novembre, présenter B Corp.

Les sociétés qui ont le sésame ne basent pas leur business model qu'uniquement sur le but lucratif, mais visent à être les meilleures pour le monde et non au monde. "Une entreprise doit avoir une double mission : être performante sur le plan économique et agir pour l'intérêt général", ajoute Climène Koechlin, référente B Corp en France et coordinatrice de programme chez le cabinet de conseils Utopies, première entreprise française certifiée, en 2014.

Répondre à au moins 250 questions

La labellisation est délivrée par l'association B-Lab France et pour évaluer les candidats, elle propose un test gratuit appelé BIA pour B Impact Assessment. Celui-ci va noter les entreprises intéressées sur cinq axes, à savoir la gouvernance, le salarié, la communauté, l'environnement et le modèle d'affaires client.

"C'est un questionnaire de 200 à 300 questions, selon les secteurs d'activité, auquel il faut ajouter un questionnaire de divulgation de 50 questions supplémentaires pour voir si vous ne traînez pas de casserole. C'est une méthode d'évaluation via une approche business et non normative contrairement à d'autres certifications. Dès lors, pour obtenir le label B Corp, vous devez obtenir 80 points sur 200. En apparence, cela paraît simple mais les évaluateurs sont exigeants et demandent des preuves pour chaque réponse. Actuellement, nous sommes sur un taux de certification à 50 %. Mais obtenir la certification n'est pas un but, seulement un point de départ", explique Climène Koechlin.

Le questionnaire évolue chaque année en fonction des enjeux sociétaux, par conséquent, le score d'une entreprise labellisée peut diminuer (ou augmenter) au fil des années. Pour la majorité, les contrôles s'effectuent par l'intermédiaire d'un audit téléphonique, mais il peut arriver que B-Lab France pratique un audit physique sur place également. Hormis le score final, toutes les données récoltées par l'association sont confidentielles et n'ont pas vocation à être diffusées. Néanmoins, dans certains pays comme l'Angleterre qui a été le premier pays européen à certifier des entreprises, ces données sont étudiées.

"Ils analysent les données récoltées pour savoir si l'obtention du label B Corp a une conséquence positive sur la rentabilité d'une entreprise. En France, nous n'avons pas encore le recul nécessaire pour faire une telle étude. Cependant, il est vrai que les entreprises B Corp aiment faire des affaires entre elles", ajoute la référente du mouvement.

Une obligation légale

Le mouvement B Corp permet en effet d'échanger sur les bonnes pratiques mais également de nouer des relations d'affaires. Pour certains adhérents, c'est même devenu un critère de sélection à l'image du cabinet de recrutement RH Performances, implanté à Toulouse, Paris et Lille et certifié B Corp depuis juillet dernier.

"Cela nous arrive fréquemment de ne pas travailler avec des entreprises qui n'ont pas le même langage que nous en matière de RSE. Mais le premier bénéfice de cette démarche de certification se trouve d'abord en interne où cela entraîne une certaine émulation autour du sujet pour adapter nos comportements. L'entreprise peut avoir un impact sociétal et environnemental maîtrisé", témoigne Nadia Ouarrag, responsable de la Division Ingénierie & Industrie de la société.

Pour d'autres, B Corp est la concrétisation de la reconnaissance de leur "Business For Good" comme c'est le cas pour la jeune PME Phenix, spécialisée dans la professionnalisation du don de la grande distribution vers le monde associatif et la revalorisation des déchets et labellisée depuis cinq mois.

"Depuis notre lancement en 2013, la RSE est notre ADN à travers nos diverses activités, par conséquent la labellisation B Corp nous semblait logique. Nous nous rémunérons en récupérant notamment un pourcentage de la valeur du don des entreprises de la grande distribution aux 1 000 acteurs associatifs qui composent notre réseau", explique Alice Hua, la directrice en région Occitanie chez PHENIX, qui dispose de six salariés à Toulouse et 130 au total en France.

Ces entreprises toulousaines espèrent être rejointes par d'autres dans les semaines et mois à venir en raison de la promulgation de la loi PACTE en mai dernier. Celle-ci impose désormais aux entreprises d'établir une politique RSE.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2019 à 18:37 :
Article particulièrement intéressant qui mériterait un titre un peu plus accrocheur (B Corp et RSE m'ont immédiatement repoussé !), il est forcément lucratif à long terme de suivre un label progressiste surtout si en plus il est américain cela veut dire qu'il n'est pas là pour rien.

A suivre.

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