Vente du TFC : "il ne faut pas croire que cela sera forcément négatif"

Le principal actionnaire du Toulouse Football Club, l'entrepreneur toulousain Olivier Sadran, est entré en négociations exclusives avec le fonds d'investissements américain RedBird Capital Partners, le 21 mai, pour céder 85% des parts du club de football d'ici la mi-juillet. Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges, décrypte les enjeux de cette opération et justifie l'intérêt de ces investisseurs pour le club. Entretien.

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Le Toulouse Football Club va changer de propriétaire.
Le Toulouse Football Club va changer de propriétaire. (Crédits : Rémi Benoit)

La Tribune - Depuis près d'un mois, Olivier Sadran, l'actuel détenteur du club est en négociations exclusives avec RedBird Capital Partners pour lui vendre 85% de l'actionnariat. Que pouvez-vous dire sur la suite du processus de vente ?

Christophe Lepetit - Pour le moment, en ce qui concerne le Toulouse Football Club, les acteurs sont encore dans la phase de négociations exclusives. Cela peut aller plus ou moins vite en fonction des procédures administratives à respecter dans ce type d'accord. Notamment en phase de pré-reprise, durant laquelle la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion - gendarme financier du football) doit donner un avis consultatif sur le projet de reprise. Mais ce rapport peut avoir des incidences sur la poursuite des négociations.

Quand le club des Girondins de Bordeaux a été repris par des actionnaires américains il y a quelques années, l'avis de la DNCG était plutôt négatif, ce qui avait fait un peu traîné les négociations car la Métropole de Bordeaux s'était alors mêlée des discussions pour obtenir des garanties. Dans le cas du TFC, si l'avis de l'instance devait être négatif, le futur actionnaire du club, le fonds RedBird Capital Partners, devra faire très certainement preuve de persuasion auprès de plusieurs acteurs par la suite.

Que pouvez-vous dire sur le timing de la vente au regard du contexte sanitaire et surtout sportif du club ? Est-ce le bon moment pour changer de propriétaire ?

C.L. - Le momentum de la vente n'est pas idéal, à double titre. Tout d'abord, parce que le club est relégué dans une division inférieure (Ligue 2, ndlr). C'était l'année où il ne fallait pas descendre en raison de la première année de contrat des nouveaux droits télévisés records pour le football français dès la saison prochaine de 1,153 milliard d'euros par an, de 2020 à 2024 (avec notamment l'arrivée du diffuseur espagnol Mediapro, ndlr). En termes de négociations, c'est donc un mauvais point d'avoir cette descente même si sportivement le club était mal au point et qu'il avait peu d'espoir de se maintenir en cas de reprise du championnat. Le second aspect est la crise du coronavirus qui va impacter l'économie des clubs français et plus largement l'économie du football la saison prochaine. Ce contexte fait que ce n'est pas le moment idéal en termes de valorisation d'un club, dans le cadre d'une vente.

Néanmoins, avant cette crise sanitaire, le football français était dans une dynamique positive et il faut espérer la reprise de cette dynamique. C'est certainement le pari que font ces investisseurs car il ne faut pas oublier qu'un fonds d'investissement est là pour gagner de l'argent. D'une manière ou d'une autre cela veut dire qu'ils espèrent y parvenir avec le TFC, reste à savoir comment...

Quels sont les arguments que le club de football toulousain dispose pour attirer un tel fonds d'investissement, ne faisant pas partie des clubs français les plus attractifs ? Le stade n'est pas réputé pour son ambiance et l'effectif n'a pas une immense valeur marchande.

C.L. - Quand vous êtes un fonds d'investissement, vous avez une logique de rentabilité et quand vous souhaitez investir dans le football, un audit est réalisé pour connaître les possibilités qui s'offrent à vous. Le marché français présente certains arguments. C'est le pays de l'équipe championne du monde. Il y a des stades qui ont été en partie rénovés pour le championnat d'Europe de football 2016, sans parler du nouveau contrat des droits télés. De plus, la France est un football exportateur de talents. Alors, par ce canal, RedBird Capital Partners se dit que le TFC présente un bon rapport qualité/prix, entre le prix initial et le prix futur à la revente des joueurs. Pour eux, c'est un choix de marché et non un choix de coeur. Néanmoins, cela ne veut pas dire que derrière il n'y aura pas une politique sportive ambitieuse qui pourrait satisfaire les supporters. Il ne faut pas croire que cela sera forcément négatif.

Au-delà de l'investissement dans le football, qui n'est pas forcément rentable à très court terme, celui-ci peut s'expliquer par l'intention de développer d'autres actions par l'intermédiaire du club. En étant président du club de football, vous devenez l'une des personnalités les plus connues du territoire et donc demain le président du TFC et le patron de ce fonds d'investissements auront portes ouvertes sur la plupart des décideurs politiques et économiques du marché toulousain. Peut-être que l'investissement dans le TFC est une sorte de cheval de Troie qui permettra à ce fonds de réaliser d'autres opérations très rentables.

Comment pouvez-vous expliquer que cela soit particulièrement des investisseurs américains qui s'engagent dans des clubs de football professionnels ces dernières années, comme Bordeaux et Marseille peuvent en témoigner ?

C.L. - Cela s'explique surtout par le fait que beaucoup de fonds d'investissements se trouvent sur le territoire nord-américain. Pendant un temps, ce sont les entreprises chinoises qui investissaient beaucoup dans le football. Il y a des phénomènes de mode mais aujourd'hui, ce qui les attirent c'est principalement cet espoir de rentabilité dans le football, je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'on gagne toujours de l'argent dans le football. Il faudrait interroger Frank McCourt sur le sujet (l'actionnaire américain de l'Olympique de Marseille, ndlr). Mais ce sont des fonds qui viennent sur ce marché car il y a des perspectives de croissance assez importantes en raison de la forte augmentation des droits de diffusion et de sa capacité à façonner des talents dans un marché des transferts en forte inflation. C'est certain et c'est la seule explication rationnelle.

Est-ce-que la crise sanitaire qui se transforme en crise économique pour les clubs français doit être l'occasion à saisir pour fonder un nouveau modèle économique pour le sport professionnel, et notamment le football ?

C.L. - Ce n'est même plus un choix, c'est une obligation et une nécessité. La crise sanitaire a mis en exergue que les entreprises sportives, y compris les supposées plus puissantes d'entre elles, n'étaient que des PME avec de très petites marges de manoeuvre en terme de trésorerie, avec seulement quelques mois de trésorerie devant elles, en danger si leur activité s'arrête brutalement. Il est évident qu'il faut anticiper pour rendre plus durable sur le plan économique les entreprises du sport professionnel et en particulier du football.

Il faut avoir cette réflexion, avec tous les acteurs, au niveau français, pour penser une régulation beaucoup plus forte et plus stricte du secteur. Mais il faut aussi pousser ce sujet au niveau européen car le football est une industrie mondialisée, avec une forte concurrence entre tous les pays, et qu'il faudrait que ça s'applique partout sinon cela n'aurait pas de sens de le faire tout seul de notre côté. C'est le bon moment pour avancer sur la régulation. Il faut peut-être penser à un plafond salarial, une limitation de la taille des effectifs et revoir le fonctionnement du marché des transferts, en mettant au centre de la réflexion la pérennité du secteur et l'intégrité des compétitions.

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