Aéronautique : l'OPA sur Latécoère inquiète à tous les niveaux

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À Toulouse, l'équipementier est une référence dans le secteur aéronautique depuis plus de 100 ans.
À Toulouse, l'équipementier est une référence dans le secteur aéronautique depuis plus de 100 ans.
En juin, le fonds d’investissement Searchlight Capital Partners annonçait l'élaboration d'une offre publique d’achat (OPA) sur le Toulousain Latécoère. Devenue officielle le 3 décembre, l'annonce a suscité de vives réactions à Toulouse. Même si la direction de l'équipementier aéronautique assure que cette opération s'est effectuée avec leur accord, certains députés, le maire de Toulouse et des syndicats sont inquiets de voir passer Latécoère sous pavillon américain.

L'offre publique d'achat (OPA) sera close vendredi 20 décembre. Annoncée en juin, l'OPA du fonds d'investissement Searchlight Capital Partners sur Latécoère est officielle depuis le 3 décembre. Une décision qui a fait s'élever de nombreuses voix et notamment à Toulouse. Dans la Ville rose, l'équipementier est une référence dans le secteur aéronautique depuis sa création en 1917.

Dès septembre, Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie, s'inquiétait de voir l'américain Searchlight "rapatrier tout ou parties des activités d'ingénierie et industrielles de l'autre côté de l'Atlantique". Il implorait même le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, de "défendre notre industrie" et "d'étudier en urgence [...] toutes solutions alternatives".

Du côté du maire de Toulouse, même son de cloche. Le 7 décembre, Jean-Luc Moudenc, soulignait, dans un communiqué, que cette OPA n'est pas "sans conséquence". Il précisait notamment avoir demandé au gouvernement de mettre à l'étude "la possibilité pour Bpifrance d'acquérir les 10 % du capital de Latécoère" et "les méthodes permettant d'écarter tout risque industriel lié à cette OPA".

Lire aussi : OPA sur Latécoère : l'Etat invite Tikehau Capital à se renforcer dans le capital

Une "fuite vers l'étranger de technologies"

Resté sans réponse, Jean-Luc Moudenc craint alors "la fuite vers l'étranger de technologies telles que le Lifi (internet par la lumière)". Une technologie, selon le maire de Toulouse, qui "promet d'importantes avancées en matière de communication et de sécurisation des données" et dont il ne faudrait pas perdre le leadership.

"Nous ne pouvons fermer les yeux sur ce risque et perdre la souveraineté sur nos technologies les plus innovantes. La puissance publique doit prendre toute sa part et assurer ainsi un droit de regard sur l'avenir industriel de Latécoère et celui de ses salariés", insiste le président de Toulouse Métropole.

Le Conseil départemental de Haute-Garonne partage les mêmes inquiétudes vis-à-vis du Lifi. L'OPA serait un "pillage technologique évident, via l'accaparation de brevets", selon la collectivité. Celle-ci demande d'ailleurs à l'État "d'assumer le plus rapidement possible ses responsabilités".

"Latécoère représente un fleuron de l'industrie française, qui emploie 5 000 personnes à travers le monde. La logique monopolistique du fonds américain Searchlight est alarmante pour l'avenir de cette entreprise qui participe grandement au dynamisme économique de notre territoire. Encore une fois, nous constatons les dérives de l'économie néo-libérale guidée par le profit et le rendement immédiat", a lancé récemment dans un communiqué, le président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric.

Enfin, même inquiétude pour 17 députés. Ces derniers avaient envoyé une lettre au Premier ministre, Edouard Philippe, pour alerter sur l'OPA et surtout les transferts de technologie. En effet, le Lifi est appelée "à devenir critique" avec des implications en matière de transfert de données et de cybersécurité, d'après les députés.

"Cette opération soulève de nombreuses questions pour la préservation du savoir-faire de la base industrielle et technologique de défense française au moment même où l'on défend le concept d'autonomie stratégique européenne face à l'extraterritorialité du droit américain  et la réglementation ITAR", relèvent-ils.

Lire aussi : Ventes de Photonis et Latécoère : 17 députés souhaitent une approche souveraine

Les syndicats sceptiques

Pour ce qui est des syndicats, l'OPA a reçu un accueil mitigé. Si la CGT est sceptique et attend fermement plus d'informations sur la suite des événements, le syndicat FO est plutôt satisfait.

"Pour le moment, tout ce que l'on sait on l'a entendu lors du comité d'entreprise, en juillet. Searchlight nous a indiqué vouloir permettre à Latécoère de doubler son chiffre d'affaires, qui est une nécessité impérieuse selon la direction. Celle-ci pense d'ailleurs que Searchlight serait un investisseur qui conviendrait au groupe", indique Florent Costes, secrétaire du syndicat CGT Latécoère.

"Cette OPA va nous permettre de grossir et d'évoluer. Searchlight va relancer la dynamique de la société et nous faire grandir", ajoute Stéphane Faget, secrétaire du syndicat FO de Latécoère.

Le seul point sur lequel se rejoignent les représentants du personnel est l'emploi. Tous deux redoutent les conséquences que l'OPA pourrait avoir sur les salariés.

"Ils nous ont dit qu'ils ne voulaient pas délocaliser ni supprimer des emplois. Mais nous ne connaissons pas leurs intentions réelles. Les anciens actionnaires, Apollo et Monarch, par exemple, n'ont pas fait que du bien à Latécoère. 200 postes ont été supprimés et un chantier a été délocalisé en Bulgarie. Nous redoutons donc le pire. Et le pire ce serait un plan de licenciement et une délocalisation", estime Florent Costes.

"Même si Searchlight nous a assuré qu'il n'y aurait pas de perte d'emplois en France, nous allons veiller à ce que cet engagement soit respecté. C'est un sujet sensible que nous suivons de près. Pour autant, le décisionnaire principal restera la direction", assure Stéphane Faget.

Pour les deux syndicats, aucune crainte de voir déménager le siège social de Latécoère de l'autre côté de l'Atlantique. "De mon point de vue, si le fonds avait été poitou-charentais, cela ne nous aurait pas plus rassuré. S'il devait y avoir une délocalisation ce serait celles des chantiers et des usines vers des pays pauvres", signale le secrétaire du syndicat CGT. "Le groupe est présent en région Occitanie depuis des années, je vois mal les gens de Searchlight s'attirer les foudres des politiques", confie le secrétaire du syndicat FO.

Lire aussi : Latécoère va-t-il devenir américain?

La délocalisation ? "Un fantasme"

La direction de Latécoère, qui avait assuré que l'OPA de Searchlight s'était effectuée avec leur accord, a d'ailleurs elle aussi assurer que l'équipementier resterait à Toulouse. "Les rumeurs de délocalisation relèvent du fantasme. Le maintien de l'emploi est de ma responsabilité pas de celle de Searchlight", précisait Yannick Assouad, la directrice générale de Latécoère, dans la presse locale.

L'Américain, qui était entré dans le capital de Latécoère en avril dernier, à hauteur de 26,48%, en rachetant les parts d'Apollo et Monarch, pourrait accéder à 90% du capital ce 20 décembre 2019, date à laquelle la seconde fenêtre d'achats d'action sera clôturée. Un pourcentage que Searchlight espère atteindre et qui retirerait le groupe toulousain de la Bourse. Mais si la part du fonds d'investissement est inférieure à 90%, l'équipementier continuera à être coté.

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Commentaires
a écrit le 02/01/2020 à 10:12 :
Reponse a KIKOU .On a privatise l aeroport de TOULOUSE un FOND SPECULATIF JAPONAIS s est porte acquereur et la revendu a EFFAGE avec un gain de 330 millions d euros il est ou le KIKOU
a écrit le 28/12/2019 à 9:10 :
Les fonds de pensions Américains entre dans le capital puis deviennent majoritaire ensuite récupère les brevets pompe les dividendes pendant trois ans et se débarrasseront de la boite.
Rendez vous dans 3 à 4 ans . Ne faut-il pas penser à une renationalisation des outils stratégique pour la France. Nous sommes en guerre économique ne l'oublions pas et la plus d'alliés.
Réponse de le 02/01/2020 à 8:01 :
nationalisation !! encore plus de fonctionnaires -pauvres français !

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