"En Occitanie, il y a une culture d'entreprendre qui n'existe pas ailleurs"

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À l'occasion du lancement de son 7ème Book Éco, La Tribune a organisé une table ronde sur l'émergence des grandes entreprises de demain.
À l'occasion du lancement de son 7ème Book Éco, La Tribune a organisé une table ronde sur l'émergence des grandes entreprises de demain. (Crédits : Rémi Benoit)
À l'occasion du lancement de la 7ème édition du Book Éco, La Tribune a organisé une table ronde portant sur le territoire régional d'Occitanie et comment celui-ci permet l'émergence "d'entreprises remarquables". Il en ressort que les habitants de la région ont une passion entrepreneuriale plus forte qu'ailleurs. Pour autant, ce territoire doit encore évoluer pour faire émerger de nouveaux champions régionaux.

Naïo Technologies, Sigfox, Delair, Nataïs, Ethiquable, Lyra, Easymile et la liste pourrait être bien plus longue... La région Occitanie regorge d'entreprises qui sont devenues importantes à travers les années, au fil de leurs succès commerciaux et de leurs produits innovants réalisés. À son image, sa capitale administrative Toulouse regorge d'entrepreneurs talentueux. Ce qui lui a permis d'être labellisée coup sur coup Capitale européenne de l'Innovation et Capitale French Tech notamment.

"Toulouse est une capitale des réussites. Pour preuve, on dénombre plus de 200 startups sur l'agglomération. Elles sont parvenues à lever 400 millions d'euros au total sur les trois dernières années et cela va continuer", se réjouit Bertrand Serp, l'adjoint au maire de Toulouse et vice-président de la Métropole en charge de l'Innovation et du Numérique.

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L'élu croit au talent des Toulousains pour donner naissance aux grandes entreprises de demain. (Crédits : Rémi Benoit)

À l'échelle de la région, cette tentation de l'entreprenariat ne cesse de se renforcer. Le nombre d'entreprises créées en Occitanie est en hausse de 17 % en 2019 par rapport à l'année précédente. Parallèlement, la Banque de France avance que les défaillances chutent de -4 % la même année dans la région.

"Cette culture entrepreneuriale, que l'on retrouve aussi bien à Montpellier qu'à Toulouse, provient de votre écosystème local dans l'éducation. Beaucoup d'écoles et d'organismes proposent une option autour de l'entrepreneuriat dans leur enseignement, ce qui est bénéfique au territoire. Néanmoins, cette initiative doit être renforcée dans le cadre d'une stratégie régionale sur le long terme", analyse Christina Theodoraki, enseignante-chercheuse à la Toulouse Business School.

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La chercheuse de la TBS a réalisé sa thèse sur le sujet de l'entrepreneuriat (Crédits : Rémi Benoit).

Une dépendance à l'aéronautique qu'il faut affaiblir

De plus, cette riche offre de formation dans tous les domaines au sein de la région Occitanie attire les grands groupes à l'image de Continental, implanté à Toulouse depuis 1979.

"L'ancrage de Continental dans la région se justifie par le grand réseau d'écoles que l'on y retrouve. Pour nous, c'est un élément déterminant afin de pouvoir aller chercher l'excellence dans les systèmes embarqués", explique Stefan May, le nouveau CEO de Continental Automotive, la branche de l'industriel en charge de développer la voiture connectée présente dans la Ville rose.

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Stefan May est le nouveau CEO de Continental Automotive (Crédits : Rémi Benoit).

Cet intérêt s'explique aussi par la bonne santé économique du territoire ces dernières années, portée en grande partie par le dynamisme de l'industrie aéronautique et son donneur d'ordres Airbus. Ainsi, la Région Occitanie est la seule région de France à afficher un excédent dans sa balance commerciale pour ce qui est du commerce extérieur, avec un solde de 12,8 milliards d'euros.

"Nous sommes à contre-courant de ce qu'on voit ailleurs ! D'après les chiffres communiqués par la Banque de France, la croissance pour l'année 2019 dans les secteurs de l'industrie (+2,6%), les services (+5,6%) et la construction (+7,6%) sera bien meilleure que les prévisions. Sans oublier que notre région a créé +2% d'emplois salariés l'année passée", explique Alain Di Crescenzo, le président de la CCI Occitanie.

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Malgré ce bilan réjouissant, le patron de la CCI Occitanie est inquiet pour les commerces après les nombreux mouvements sociaux (Crédits : Rémi Benoit).

Pour autant, si le dirigeant toulousain se félicite de ce bilan, le paysage économique a besoin d'évoluer selon lui afin de moins dépendre de l'aéronautique, poumon économique de la région depuis des dizaines d'années.

"Le jour où il y aura un problème dans ce secteur, même si je ne le souhaite pas, cela fragilisera toute l'économie régionale. Alors il est important de favoriser d'autres filières dans nos politiques afin d'avoir de nouveaux relais de croissance. Nous devons profiter de notre réseau d'entreprise et de la culture d'entreprendre qui n'existent nulle part ailleurs, ajoute le porte-parole du monde économique régional.

Des collectivités locales qui doivent être au rendez-vous

Pour créer et/ou soutenir ces nouvelles filières comme celle de la voiture autonome et connectée, ou encore la santé, le tissu économique compte sur le Conseil régional d'Occitanie, collectivité qui dispose de la compétence Économie dans ses missions.

"Notre rôle, à nous acteurs de la puissance publique, est d'être facilitateur de l'initiative. Et pour avoir les champions de demain, il faut faire l'alliance entre le monde économique et la recherche", avance Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région Occitanie en charge du Développement Économique, de la l'Innovation, de la Recherche et de l'Enseignement supérieur.

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La vice-présidente de Région croit en l'alliance des chercheurs et des industriels (Crédits : Rémi Benoit).

C'est dans cette optique que la Région a investi près de 60 millions d'euros dans le projet Inspire qui doit permettre de trouver des solutions industrielles notamment pour permettre de vieillir sans perdre son indépendance et développer la télémédecine. Dès lors, les infrastructures de télécommunication doivent répondre aux nouveaux besoins de la société, ce que doivent garantir les collectivités locales afin de ne pas freiner le développement de leur territoire, à l'image de Fibre 31.

"La région Occitanie n'a pas été en avance pour le développement des infrastructures de haut débit. Mais grâce à un contexte économique favorable sur les dernières années, aujourd'hui 82% de l'Occitanie est contractualisé pour avoir la fibre d'ici 2025. Que ce soit pour développer les nouvelles formes de travail comme le télétravail ou attirer des entreprises sur son territoire, ces infrastructures sont un aspect à ne pas négliger", explique Pierre Borda, le directeur général de Fibre 31.

Même problématique pour ce qui est des mobilités, une compétence qui dépend totalement des collectivités locales et d'une volonté politique. Certains entrepreneurs regrettent la situation de l'agglomération toulousaine, où la saturation du réseau est de plus en plus forte.

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La dirigeante Valérie Jimenez regrette la politique transport à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

"Toulouse est attractive par sa qualité de vie, mais avec les nouveaux habitants qui arrivent en nombre, on peine tous les jours à cause de nos infrastructures routières et de transports qui ne répondent pas aux besoins du territoire. Faire un nouveau pont sur la Garonne permettrait de désengorger en partie la ville mais cela fait 30 ans qu'on en parle et cela n'avance pas", regrette Valérie Jimenez, la PDG de Jimenez Transport et Location.

Une situation également dénoncée par Alain Di Crescenzo évoquant "20 à 30 ans de connerie" pour les transports toulousains.

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