Forum de l'industrie : pourquoi il faut ancrer les usines sur le territoire

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Une première table ronde consacrée à l'ancrage territorial des entreprises industrielles
Une première table ronde consacrée à l'ancrage territorial des entreprises industrielles (Crédits : Alexandre Léoty)
Le Forum de l'industrie, organisé ce 3 décembre à Entiore par la CCI de Toulouse, était placé sous le signe de la prospective. Le thème de cette 4e édition : "L'avenir de l'industrie, vers une nouvelle révolution industrielle". L'occasion pour Alain Di Crescenzo, président de la CCI toulousaine, d'appeler au renforcement des stratégies d'ancrage territorial des entreprises industrielles.

Deux tables rondes et quatre ateliers organisés simultanément sur des thèmes aussi variés que la virtualisation de l'usine, les applications spatiales, la mobilité et l'alimentation, mais aussi un "parcours business" permettant au public de découvrir des PME innovantes du territoire : pour la 4e édition de son Forum de l'industrie, la CCI de Toulouse avait fait les choses en grand. Cette année, le rendez-vous des acteurs de l'industrie et des services à l'industrie du territoire avait un pied dans le futur. Son thème ? "L'avenir de l'industrie, vers une nouvelle révolution industrielle".

"Une véritable relance de la production industrielle"

Pour Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse, 2014 aura été "une année charnière".

"Après des reculs importants au cours des années précédentes, la production industrielle française est restée relativement stable, constate-t-il. En Haute-Garonne, la croissance de l'activité a été de 4,5 %. Et ce mouvement se poursuit cette année. L'économie américaine est ainsi soutenue par son industrie, malgré un niveau du dollar qui ne l'aide pas... En France, la production industrielle de ce dernier trimestre est en croissance de 0,6 % par rapport à fin 2014. Nos carnets de commande sont les plus hauts depuis quatre ans. Nous pourrions assister à une véritable relance de la production industrielle, après une longue période de panne."

Un optimisme qui n'empêche pas l'élu consulaire d'afficher sa volonté de "mettre les bouchées doubles", notamment en matière de digitalisation de l'industrie. "Nous devons accompagner la transition de notre tissu local vers l'industrie du futur", martèle-t-il. Et à ceux qui douteraient de la pertinence d'investir dans de nouveaux modèles de production faisant la part belle aux outils numériques, Alain Di Crescenzo oppose ses arguments pour "démystifier l'industrie du futur" :

"Nous devons faire face à un triple défi, à la fois écologique, numérique et sociétal."

Et d'avancer cinq grandes priorités : "Nous devons à la fois déployer les technologies innovantes, valoriser les savoir-faire régionaux, croiser la demande des industriels et les aspirations des jeunes, accompagner les entreprises dans leur stratégie d'industrie du futur et favoriser le business." Avec, en filigrane, une ambition. Celle de développer des "stratégies d'ancrage territorial".

Être le "jardinier" de son territoire

Un vœu partagé par les acteurs économiques présents ce matin lors de la table ronde inaugurale du forum. Ainsi, pour Vincent Charlet, directeur du cercle de réflexion La Fabrique de l'Industrie, "nous sommes face à un cercle vertueux. Plus les entreprises s'enracinent, plus elles renforcent leur territoire et plus elles en tirent profit. Elles sont en quelque sorte les 'jardinières' de leur territoire".

Selon le professeur en sciences économiques à l'Université Toulouse 1 (Lereps) Gabriel Colletis, "les facteurs d'ancrage territorial sont liés aux stratégies de recentrage des industriels, qui se concentrent désormais sur leurs cœurs de métiers. L'industrie, ce n'est pas une somme d'entreprises, mais une somme de relations entre ces entreprises. C'est un système". Tout l'enjeu consiste alors à trouver les compétences complémentaires dont les industriels ont besoin. Et si possible en proximité.

"Si on ne les identifie pas localement, alors on va les chercher ailleurs", résume Gabriel Colletis, qui ajoute : "Il faut par ailleurs faire en sorte que ces compétences soient organisées en réseau et que la confiance s'établisse entre les acteurs".

L'ère des partenaires

Cette notion de confiance est absolument centrale, estime Thierry Casale, directeur des programmes d'ATR. "Aujourd'hui, notre supply chain est impliquée dans une démarche collaborative, assure-t-il. Les notions de donneurs d'ordres et de sous-traitants appartiennent au passé. Nous sommes désormais des partenaires. Passer, comme nous l'avons fait en l'espace de dix ans, de six avions produits chaque année à plus de 90, cela implique de donner confiance aux acteurs de la supply chain !" Une supply chain majoritairement implantée dans la région.

"Cet ancrage est très important pour nous, confie Thierry Casale. Nous trouvons ici tout ce dont nous avons besoin. Et nous préparons l'avenir avec nos partenaires. Nous devons être capable de leur dire : 'Voilà quelles sont les compétences dont nous aurons besoin dans cinq ou dix ans'."

L'obstacle de l'offset

L'équation est plus complexe pour Jean-Pierre Vialaneix, directeur de l'établissement Thales Alenia Space de Toulouse qui, s'il indique injecter quelque 100 millions d'euros dans le territoire chaque année, doit faire face à des contraintes fortes en matière de localisation de ses outils productifs. "Le phénomène de l'offset (les clients conditionnent leurs achats à un engagement contractuel de la part du fournisseur, qui prend souvent la forme d'une implantation industrielle dans le pays des clients, NDLR), qui est relativement nouveau, change la donne, analyse-t-il. Nos clients veulent eux aussi créer des emplois dans leur pays. Cela nous amène à revoir notre supply chain. C'est un obstacle à l'ancrage territorial."

Mais l'industriel insiste : les atouts régionaux restent malgré tout indéniables.

"Midi-Pyrénées possède un précieux creuset de compétences, dans notre domaine et dans d'autres, plus transverses. Sans oublier la proximité, la langue et le soutien important des acteurs publics."

Le chercheur Gabriel Colletis l'assure : "L'ancrage territorial est le corolaire d'une mondialisation réussie".

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