Crise des éleveurs : en Haute-Garonne, la grogne monte aussi

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Le barrage filtrant est prévu à partir de 10 heures au péage de Lestelle-de-Saint-Martory, dans le sud de la Haute-Garonne.
Le barrage filtrant est prévu à partir de 10 heures au péage de Lestelle-de-Saint-Martory, dans le sud de la Haute-Garonne. (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Malgré les annonces faites par le gouvernement pour soutenir les éleveurs, le mouvement de grogne se propage. Après la Bretagne et la Normandie en début de semaine et Lyon aujourd'hui, un barrage filtrant est prévu demain matin 24 juillet sur l'A64, au péage de Lestelle-de-Saint-Martory. Les éleveurs demandent que soient relevés les prix de la viande et du lait.

"La situation est simple. Nous vendions la tonne de lait 356 euros l'an dernier. Nous ne la vendons plus qu'à 305 euros aujourd'hui, alors qu'elle nous coûte 310 euros. Nous travaillons à perte."

À ces conditions-là, n'importe quelle entreprise mettrait la clef sous la porte. C'est d'ailleurs ce que prévoit Patrick Pintat, éleveur laitier à Saint-Lys du Salat, en Haute-Garonne, si rien ne change d'ici à deux ans. Référent de la filière éleveur laitier à la chambre d'agriculture de Haute-Garonne, Patrick Pintat n'est d'ailleurs pas très optimiste quant à l'avenir de sa profession.

"Il y avait 2 000 exploitations laitières dans le département en 1984, contre 190 aujourd'hui, assure-t-il. Avec la sécheresse actuelle et le cours du lait qui baisse de 20 %, un bon nombre d'entre elles va mettre la clef sous la porte cette année."

Des cours en baisse

Le cours du lait (et de la viande) : voilà ce qui met les agriculteurs en grogne ces jours derniers. "Des accords ont été passés avec la grande distribution, mais ils n'ont pas été respectés, déplore l'exploitant. On nous explique que du lait belge et allemand arrive sur le marché. On ne sera jamais concurrentiel car ils ont des fermes de 2 000 ou 3 000 vaches et font appel à de la main d'œuvre étrangère bon marché." Moins cher, ces nouveaux concurrents font baisser les cours. "Les industriels et la grande distribution répercutent la baisse sur les éleveurs", s'alarme Patrick Pintat.

Comme leurs collègues de Normandie et de Bretagne, les éleveurs de Haute-Garonne demandent une revalorisation des cours "pour que l'on puisse se dégager un revenu mensuel au moins égal au RSA (513 euros)".

Alors que la grogne monte dans le département, le préfet Pascal Mailhos a visité deux exploitations lundi 20 juillets pour prendre le pouls. "Il a écouté ce que l'on avait à dire et a fait remonter à Paris", remarque Patrick Pintat.

Face aux barrages mis en place dans le nord-ouest du pays, le gouvernement a envoyé le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll mardi 21 juillet à Caen au-devant des éleveurs. Mercredi, après le conseil des ministres, un plan d'urgence de 600 millions d'euros a été annoncé pour soutenir les éleveurs.

Le plan de soutien ne convainc pas

Adhérent à la FNSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs dirigé par Xavier Beulin, le président du groupe agro-industriel Sofiprotéol, Patrick Pintat n'est pas convaincu par ce nouveau plan gouvernemental. "Le report des cotisations sociales, nous n'en voulons pas. Cela a déjà été fait et nous finissons toujours par devoir les payer, affirme-t-il. Nous voulons un observatoire des prix et des marques pour contrôler les marges."

L'augmentation des cours reste cependant la revendication principale des éleveurs.

"Nous voulons que la marge revienne aux producteurs. Nous demandons aux intermédiaires de jouer le jeu. Les laiteries doivent se restructurer comme nous l'avons fait et la grande distribution doit être raisonnable."

Parce qu'il a "l'impression de se faire enfumer par tout le monde, grande distribution et industriels", Patrick Pintat rejoindra ses collègues vendredi 24 juillet au péage de Lestelle-de-Saint-Martory sur l'A64 pour mettre en place un barrage filtrant à partir de 10 heures.

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