Pierre-André Buigues : "S'il n'y a pas d'industrie, il n'y a pas de recherche"

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(Crédits : TBS)
Professeur à Toulouse Business School, l’économiste Pierre-André Buigues cosigne avec Élie Cohen "Le décrochage industriel" (Fayard), une enquête sur la désindustrialisation française. Le constat est inquiétant et la prescription claire : il faut réformer la fiscalité française. Interview.

Objectif News : Vous vous inquiétez de la désindustrialisation massive de la France. Pourquoi est-ce grave ?

Pierre-André Buigues :
C'est une bonne question car, effectivement, certains économistes pensent que ce n'est pas dramatique et ne comprennent pas pourquoi on met l'accent sur cette désindustrialisation. Nous estimons, avec Élie Cohen, que la désindustrialisation rapide de la France pose problème pour la simple raison qu'il n'y a pas de recherche-développement sans industrie. Si l'industrie décline, on décroche sur le plan de la recherche. Or, on constate que malgré les efforts considérables faits avec le crédit d'impôt recherche (4 milliards d'euros), les dépenses en R&D françaises n'augmentent pas. Pas d'industrie, pas de recherche, c'est mécanique. On a beau décider de se spécialiser sur les services à haute valeur ajoutée, on se rend compte que ces services ne se développent que grâce à l'industrie. Apple, par exemple, est dans l'industrie et dans les services, l'un ne va pas sans l'autre.

Les politiques menées par le gouvernement sont-elles efficaces ?

Le problème, en France, c'est que dès qu'il y a un problème, on veut relancer la consommation. Or, c'est sur l'offre française qu'il faut travailler car elle est anémique. Conséquence : nous avons une croissance forte des importations !

Que faut-il faire pour que l'offre soit produite en France ?

En Suède, par exemple, qui est un pays qui ressemble à la France (égalitaire, redistributif, avec une vraie politique sociale), la fiscalité a évolué, la TVA est à 25 %. Les impôts économiques sont très importants. En France, vu ce qu'il vient de se passer avec l'écotaxe, ce n'est pas bien engagé. En revanche, en Suède, les taxes sur le capital et les entreprises sont beaucoup plus faibles que chez nous. Une réforme fiscale très forte est un passage obligé pour rétablir l'industrie française.

Le premier point est donc la réforme fiscale. Mais vous évoquez deux scénarii possibles pour redresser le potentiel productif...

L'une des rares forces de l'économie française réside dans ses grands groupes. Mais ces grandes entreprises, que font-elles ? Elles produisent à l'étranger ! Il faut les faire revenir en France mais, pour cela, il faut changer la fiscalité.
Deuxième scénarii : on ne mise pas sur les grands groupes mais sur les PME et les nouvelles technologies. Il faudrait alors, par exemple, réserver le crédit d'impôt recherche aux PME. On mise alors sur l'économie future.

Avec le vin et les avions, Midi-Pyrénées s'en sort bien ?


Tout à fait. L'industrie automobile française a glissé vers le milieu ou bas de gamme et s'est finalement effondrée. En revanche, sur le vin et les avions, on mise sur l'excellence, notre main-d'œuvre est qualifiée et cela fonctionne.

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