Aéroport Toulouse-Blagnac, mais que vont faire les Chinois ?

Le gouvernement a annoncé jeudi 4 décembre dans la soirée son intention de vendre à un consortium chinois 49,9 % des 60 % que possède l'État dans le capital de la société gestionnaire de l'aéroport Toulouse-Blagnac pour 308 M€. La stratégie du repreneur est encore floue, même si les collectivités ont obtenu un certain nombre de garanties.

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Le gouvernement a annoncé jeudi 4 décembre dans la soirée son intention de vendre à un consortium chinois  49,9% des 60% que possède l'État dans le capital de Toulouse-Blagnac pour 308 millions d'euros. © photo Rémi Benoit
Le gouvernement a annoncé jeudi 4 décembre dans la soirée son intention de vendre à un consortium chinois 49,9% des 60% que possède l'État dans le capital de Toulouse-Blagnac pour 308 millions d'euros. © photo Rémi Benoit

Le consortium Symbiose, composé de deux acteurs non aéroportuaires (Shandong Hi-Speed Group et le FPAM Group) associés au canadien SNC-Lavalin (qui apporte son expertise en termes de concessions d'aéroports), a été choisi par le gouvernement pour racheter 49,9% des parts d'ATB, la société de gestion de l'aéroport Toulouse-Blagnac. La procédure avait débuté le 11 juillet. Les investisseurs chinois tablent sur un trafic de 18 millions de passagers en 2030 contre 7,5 millions en 2013. Contacté, le nouvel actionnaire ne souhaite pas s'exprimer pour l'instant. Il évoque le respect de la procédure en cours (notamment la consultation des instances représentatives du personnel de l'aéroport). On sait cependant que plusieurs exigences des collectivités locales auraient été satisfaites.

Ce qu'obtiennent les collectivités

Le maire de Toulouse, qui a organisé un point presse "informel" au Salon rouge du Capitole ce matin, se dit "vigilant". Mais Jean-Luc Moudenc est également prêt à "faire confiance" au nouvel actionnaire "pour la bonne raison qu'ils ont répondu favorablement aux exigences édictées par les quatre collectivités (Métropole, CCI, Région et Département NDLR)". Le 21 novembre, les collectivités actionnaires ont rendu un "avis" à l'Agence des Participations de l'État, pour demander aux quatre candidats alors en lice de respecter certains engagements : le développement de l'aéroport au-delà du seul rachat, des garanties à long terme sur le foncier dédié à Airbus, des investissements au profit du territoire (futur Parc des expositions), la recherche d'une modération des nuisances, la pérennisation de l'équipe de direction en place et le maintien des conditions de travail de tout le personnel.

Les actionnaires locaux ont aussi obtenu "une gouvernance équilibrée", se félicite Jean-Luc Moudenc. "Le nouvel actionnaire ne décidera rien tout seul, car il faudra une majorité qualifiée pour prendre les décisions stratégiques". Sur les quatre candidats, trois répondaient à ces critères selon l'édile toulousain. Les fonds chinois se seraient par ailleurs engagés à financer le Parc des expositions à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros. L' information est confirmée par Jean-Luc Moudenc, mais il n'a pas donné plus de détails.

L'État s'engage à ne pas vendre les 10%

Si les investisseurs chinois deviennent l'actionnaire principal d'ATB, sur le papier, la majorité reste publique avec 50,1% des voix, puisque Emmanuel Macron s'est engagé à ne pas vendre les 10,1% restants des parts de l'État. Une exigence des collectivités locales qui réaffirment ce vendredi matin leur vigilance. "La question de la majorité publique reste néanmoins posée de par la nature de la relation entre l'État et le consortium privé, rappelle Pierre Izard, le président socialiste du Conseil général de Haute-Garonne. Car dans une entreprise, la majorité dépend plus des accords passés entre les actionnaires que de la répartition des actions."

Une entente aurait-elle été nouée entre le consortium chinois et l'État pour laisser aux fonds d'investissement le contrôle de la stratégie ? C'est ce que croit savoir un connaisseur du dossier qui affirme : "une clause va être signée entre le consortium et l'État pour que ce dernier vote comme lui." "C'est juridiquement impossible, rétorque Jean-Louis Chauzy, le président du Ceser. Et ce serait très grave que l'État s'aligne sur un repreneur privé étranger". Un tel "pacte" serait "étonnant" réagit pour sa part un cadre bancaire régional.

Rétrocession de 16%

Le consortium Symbiose a annoncé son intention de rétrocéder "à un investisseur français ou local" une partie des 49,9 % du capital qu'il va acquérir, à hauteur de 16%. Regrettant le choix d'une offre "qui n'est pas la meilleure au regard de nos attentes économiques et sociales", Bernard Keller, le maire de Blagnac, demande à voir concernant la proposition de rétrocession. "Si le consortium tient sa promesse, tant mieux. Dans le cas contraire, nous pourrons douter de leurs autres engagements, analyse le vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'Aéronautique. Je suis favorable à ce qu'un groupe d'investisseurs locaux industriels et bancaires se mette en place."

Les collectivités pourraient-elles donc se porter acquéreurs de ces 16% ? "Hors de question" pour Jean Luc Moudenc, qui évoque le manque de moyens de Toulouse Métropole. Une hypothèse pourtant étudiée par Martin Malvy dont l'objectif principal est le maintien d'une majorité publique : "Soit l'État garde les parts qu'il possèdera encore, soit le candidat désigné cède une partie de celles qu'il va acquérir. Je suis prêt à étudier cette hypothèse avec les autres collectivités locales, la Chambre de commerce et d'industrie et le réseau bancaire régional, voire d'autres investisseurs. Nous pourrions nous réunir au tout début de la semaine prochaine pour faire avancer une réflexion déjà engagée sur la base d'un consortium ou d'un pacte d'actionnaires en y associant l'État."

Pour Alain Di Crescenzo, président de la CCI "la cession d'une partie des 49,9% est une opportunité donnée par Symbiose pour réaliser un pacte local qui pourrait détenir, si le montage financier et juridique l'autorise, la majorité du capital et des droits de vote d'ATB. La CCI de Toulouse travaille activement sur cette possibilité et nous sommes d'ores et déjà en contact avec des investisseurs."

Parmi eux justement, Banque Populaire Occitane se montre déjà intéressé. "Si les collectivités locales, et en premier lieu la Chambre de commerce et d'industrie de Toulouse, veulent acquérir une part des actions acquises par le consortium, BPO sera présente, confirme Alain Condaminas, le directeur général de BPO. L'aéroport de Toulouse est le poumon de la région. Nous ne sommes pas intéressés par le rendement mais par la gouvernance au sein d'ATB. Les acteurs locaux devront pouvoir prendre part aux décisions stratégiques concernant la gestion du foncier notamment." La Caisse d'Épargne de Midi-Pyrénées a pour sa part indiqué qu'il était "à ce stade" trop tôt pour communiquer.

Par ailleurs, après avoir rassemblé plus de 18 M€ de promesses d'investissements dans son opération "Rachetons l'aéroport de Toulouse", Thierry Merquiol, le cofondateur de la plateforme de crowdfunding Wiseed, devrait "faire une offre" au président du Conseil régional Martin Malvy.

Procédure et calendrier

Avant de confirmer la vente à ce repreneur "pressenti" par le gouvernement, une procédure de consultation des instances représentatives des salariés va être mise en œuvre. "Nous ne connaissons pas encore le contenu de l'offre, relève Patrick Gaudicheau, délégué syndical CFDT. Les représentants de Symbiose viendront la présenter au Comité d'entreprise à une date indéterminée pour l'instant. L'APE a envoyé un courrier confirmant le maintien du directoire et la sauvegarde des emplois et de l'intéressement pour les salariés."

Après la consultation des salariés, viendront la rédaction des statuts et la mise en place d'un pacte d'actionnaires. Ce contrat qui lie entre eux les différentes actionnaires, et qui doit permettre d'éviter la perte de contrôle de l'une ou l'autre des parties, est un document souvent confidentiel.

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Commentaire 1
à écrit le 28/01/2015 à 14:19
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Beaucoup de bla bla, ce qui est évident c'est que l'on vend une partie de notre patrimoine à des chinois, et le plus inquiétant est la dernière phrase de l'article. Les chinois ne sont pas des mécènes, ils feront ce qu'ils veulent le moment venu.

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