Fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ? Les élus réagissent

Dans son discours à la presse du 14 janvier, François Hollande a exprimé le souhait de voir le nombre de régions françaises "évoluer". Elles pourraient ainsi passer de 22 actuellement à seulement une quinzaine. Le phénomène va-t-il concerner directement Midi-Pyrénées ? Pour les élus locaux, rien n'est moins sûr. Pas franchement opposé au principe posé par le président, on se dit cependant "pas concerné".

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La région Midi-Pyrénées va-t-elle absorber une partie de Languedoc-Roussillon ? Pas si sûr.
La région Midi-Pyrénées va-t-elle absorber une partie de Languedoc-Roussillon ? Pas si sûr.

Un pavé dans la mare. Le président de la République a indiqué le 14 janvier dernier, à l'occasion de sa rencontre avec la presse, son souhait de voir le nombre de régions françaises "évoluer", dans le cadre de son plan de simplification. "Les régions se verront doter, dans une prochaine loi de décentralisation, de nouvelles responsabilités et seront même dotées d'un pouvoir réglementaire local d'adaptation, pour donner plus de liberté aux élus pour travailler", a ainsi annoncé François Hollande. Avant d'ajouter : "Les collectivités seront également incitées et invitées à se rapprocher. Les Régions, d'abord, dont le nombre peut aussi évoluer. Il n'y a pas de raison à ce qu'il soit le même dans quelques années." Un message qui n'a pas manqué de susciter depuis les conjectures en tous genres. Dans les faits, sur les 22 régions actuelles, il ne pourrait ainsi en subsister finalement "qu'une quinzaine", selon le député PS de l'Essonne Thierry Mandon.

Un rapprochement avec Languedoc-Roussillon ?
Midi-Pyrénées pourrait-elle être concernée par ce processus de fusion des régions françaises ? C'est en tout cas l'une des hypothèses aujourd'hui esquissées. Un redécoupage proposé en 2009 lors des travaux du Comité Balladur, portant justement sur cette question, prévoyait un possible regroupement avec deux départements de Languedoc-Roussillon : l'Aude et les Pyrénées-Orientales. Tandis que l'Hérault et le Gard rejoindraient la Provence et que la Lozère reviendrait soit à l'Auvergne-Limousin, soit, elle aussi, à Midi-Pyrénées. De son côté, l'Aquitaine pourrait être enrichie de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Vienne.

Un scénario que Christian Bourquin, président PS du Conseil régional Languedoc-Roussillon, balaie du revers de la main. "Concernant la diminution du nombre de régions, le Languedoc-Roussillon n'est à l'évidence pas concerné", peut-on lire sur son blog. Ses arguments, l'élu les a exprimés très clairement lors d'une conférence de presse organisée hier 16 janvier. "Le Languedoc-Roussillon est la huitième région de France. Elle fait jeu égal avec le 22e état des États-Unis. Si Obama supprimait les états américains du 22e jusqu'au 51e, cela n'aurait pas de sens. Donc ma réponse à cette proposition de François Hollande est "non". Et je saurai fédérer contre ce projet."

"Ne pas regrouper pour regrouper"
Martin Malvy, président du Conseil régional Midi-Pyrénées, est moins catégorique. Pour lui, la proposition présidentielle de réduction du nombre de régions ne doit surtout pas être dissociée de celle qui consisterait à apporter aux collectivités régionales davantage de responsabilités. "Si on se contente de dire "il faut redécouper le territoire", alors c'est le même discours que l'on entend depuis vingt ans. C'est un peu tarte à la crème. Il ne sert à rien de regrouper des régions pour les regrouper. Les régions réclament des responsabilités, des compétences plus affirmées. Si on les leur donne, alors il devient logique de s'interroger sur la pertinence des périmètres. Certaines régions n'auront peut-être pas les dimensions et les capacités nécessaires pour exercer leurs responsabilités. Mais cela doit se réfléchir territoire par territoire. Rassembler deux petites régions en une seule peut par ailleurs permettre de générer des économies de gestion."

L'obsession du redécoupage ?

Pas question en revanche pour Martin Malvy de parler d'une éventuelle fusion entre Midi-Pyrénées et une autre région, que ce soit d'ailleurs Languedoc-Roussillon ou Aquitaine. "Midi-Pyrénées est la plus grande région de France, rappelle-t-il. Nous devons rester attentifs à ce qui justifie la décentralisation : le principe de proximité. On gère mieux quand on est plus proche. Or, notre région compte déjà huit départements. Alors, sauf à ce qu'il y ait un grand mouvement national, je ne vois pas de pertinence à regrouper Midi-Pyrénées avec d'autres territoires."

L'élu, s'il glisse "sous forme de boutade" que "l'accès direct à la Méditerranée ne serait pas pour (le) gêner", reste ferme. "Il ne faut pas être obsédé par le redécoupage, martèle-t-il. En revanche, il peut exister encore davantage de coopérations interrégionales. Il n'y a pas de frontière administrative qui vaille pour tout."

La question de la métropole
Reste une autre question : celle des départements situés dans les grandes aires métropolitaines de France, qui devront selon François Hollande "redéfinir leur avenir", à l'image de ce qui a été réalisé tout récemment dans le Grand Lyon, qui a aspiré une partie du Rhône. Le Conseil général de la Haute-Garonne (CG 31) pourrait-il ainsi être concerné par un rapprochement avec la métropole toulousaine ? Contacté aujourd'hui par la rédaction Pierre Izard, président du CG 31, n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Il indiquait cependant le 8 janvier dernier, six jours avant les annonces présidentielles, que selon lui, "il ne faut pas que la métropole se substitue systématiquement et sans dialogue aux compétences du conseil général". Et d'ajouter, au sujet du fameux millefeuille administratif : "Je ne pense pas qu'il y ait trop de niveaux, du moment que les responsabilités sont bien réparties."

Vers un affaiblissement du Conseil général 31 ?

Un son de cloche relativement proche de celui de Martin Malvy sur le sujet. "Il faut éviter de mettre en avant la suppression des départements, estime le président du Conseil régional. Par contre, il faut s'interroger sur qui est le mieux placé pour exercer un certain nombre de compétences. Tout est question d'opportunité. À Toulouse, un rapprochement pourrait être pertinent si les hommes et les institutions en décidaient ainsi." Avec une réserve, cependant : "Il ne faudrait pas qu'un conseil général qui transfère ses compétences à la métropole devienne une structure tellement faible qu'elle n'aurait plus les moyens de mener des politiques sur le reste de son territoire. Un transfert de compétences laisserait le Conseil général de la Haute-Garonne un peu exsangue."

"Nous ne sommes pas concernés"
Sur les deux sujets - celui de la région comme celui de la métropole -, les injonctions de François Hollande semblent ainsi plutôt compliquées à mettre en œuvre localement. Une situation qui pourrait être jugée embarrassante, alors que toutes les institutions concernées sont aux mains du Parti socialiste et que Martin Malvy a récemment été chargé par François Hollande de copiloter une mission sur la modernisation de l'action publique.

Joël Bouche, premier secrétaire fédéral du PS 31, se veut cependant serein. "Sur le sujet de la métropole, nous sommes face à un fait, assure-t-il. Le fait métropolitain est une réalité. Les métropoles ont la possibilité de prendre des compétences des conseils généraux. Il y a cependant le danger de voir se développer un département à deux vitesses. Il y aura donc des discussions, après les échéances des élections municipales, lorsque nous aurons davantage de visibilité. Et je ne doute pas que des institutions du même bord parviennent à trouver un accord". Si le dossier de la métropole reste ainsi à débattre, la question d'une éventuelle fusion de la région Midi-Pyrénées avec un autre territoire voisin est bien plus hypothétique. "Pour certaines régions, cela peut être pertinent, mais pour nous, je ne le pense pas, confie Joël Bouche. L'ampleur de notre territoire ne plaide pas pour une fusion. Nous ne sommes pas concernés." Nombreux sont les militants du PS 31 qui considèrent d'ailleurs en coulisses que le débat n'est pas urgent. "C'est bien de se préoccuper des dépenses, mais il faudrait aussi travailler sur la rationalité des recettes", nous confie-t-on.

Alexandre Léoty
© photo Rémi Benoit

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