Municipales à Blagnac : 5 listes en présence, ça se corse pour Bernard Keller

Bernard Keller, maire sortant (PRG) de Blagnac, se dit toujours favori pour les élections municipales de 2014. Mais avec 4 listes adverses, dont une menée par son ancien 1er adjoint Bernard Loumagne, il sera plus difficile pour lui d'être élu dès le premier le tour, comme ce fut le cas en 2008. Accusé de mégalomanie par son ancien bras droit, le maire de Blagnac dénonce une liste de "revanche et de rancœur". L'UMP, le Front de Gauche et le FN sont aussi dans la course.

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Michel Indelicato, Bernard Loumagne, Bernard Keller, David Gerson, André Bernardini
Michel Indelicato, Bernard Loumagne, Bernard Keller, David Gerson, André Bernardini


Il l'admet, en 2014 "ce sera plus compliqué" qu'en 2008. Lors des dernières élections municipales, Bernard Keller, déjà maire sortant, avait remporté le scrutin haut la main dès le premier tour avec 57,12% des voix. Trois listes concourraient alors pour prendre la mairie de Blagnac (22 000 habitants), qui accueille les sièges d'Airbus et d'ATR. Les règles du jeu ont changé en 2014, avec 5 listes en présence, et une gauche divisée.

4 adversaires
La décision de Bernard Loumagne de présenter sa propre liste pour les municipales "n'a pas été prise le matin en se rasant". L'ancien premier adjoint, fidèle bras droit de Bernard Keller durant son 1er mandat, dénonce "une dérive politique" durant le 2e mandat du maire, notamment en ce qui concerne les investissements (Aeroscopia, extension de la mairie, réhabilitation de la ferme Pinot). Sa liste, "pour les Blagnacais", sera dévoilée fin janvier et présente la particularité d'être totalement apolitique selon lui. "Je suis très connu à Blagnac et il y a un engouement populaire très fort autour de ma candidature. À la différence de mes adversaires, je ne suis dépendant d'aucun parti" se targue le candidat. Un coup dur pour Bernard Keller, qui avoue son incompréhension. "C'est une liste de revanche, de rancœur. Ce n'est pas comme cela qu'on construit un projet".

Mais Bernard Loumagne n'est pas seul "dissident" de la majorité à se présenter. Michel Indelicato mènera lui-aussi sa propre liste étiquetée Front de Gauche. Avec des ambitions moindres : "je ne deviendrai pas maire du jour au lendemain" concède le conseiller municipal d'opposition, qui souhaite, humblement, que le Front de Gauche "existe à Blagnac". "Je fais de la politique et je l'assume" explique le communiste, qui reprend pour sa campagne les grandes lignes édictées par Jean-Luc Mélenchon : démocratie, écologie, solidarité. Il reproche à Bernard Keller un manque d'exercice de la démocratie.

Sur la ligne de départ, le candidat UMP David Gerson (qui a pris la relève de Sacha Briand, présent quant à lui sur la liste de Jean-Luc Moudenc à Toulouse) se délecte du spectacle : "nous sommes d'accord sur le constat : il y a une dérive budgétaire, et des investissements injustifiés à Blagnac, ce n'est pas pour rien que monsieur Loumagne se présente, même s'il a réagi un peu tard". Le candidat promet de baisser les impôts et de réanimer un centre-ville qu'il juge "délaissé". Le manque de notoriété ? Pas un problème selon lui, qui compte sur le contexte national pour favoriser sa candidature.

Enfin, dernière candidature déclarée, celle du Front National. André Bernardini, néo-Blagnacais de 40 ans, mènera une liste Bleu Marine, qui sera dévoilée au dernier moment. Sa stratégie est celle de son parti, "montrer à chaque personne que le FN n'est pas loin, présent sur le territoire". Objectif visé : 5 à 6 sièges au conseil municipal. Thèmes de campagne : l'immigration, l'inégalité, l'insécurité et l'intégration. Pour le soutenir, André Bernardini devrait inviter le député Gilbert Collard courant février.

Bernard Keller, "mégalo" ?
Certains ont le sens de la formule pour décrire le bilan de Bernard Keller. "Le maire se prend pour un pharaon" déclare le candidat UMP David Gerson, tout en précisant dans la foulée qu'"il ne s'agit pas de faire de l'anti-Keller". Un discours partagé par Bernard Loumagne : "à travers Andromède, le projet d'agrandissement de la Mairie ou le musée Aeroscopia, on entrevoit une certaine mégalomanie". Michel Indelicato parle quant à lui d' "un problème dans l'exercice de la démocratie". "Mégalo", Bernard Keller ? Celui qui est accusé de faire de Blagnac une ville de prestige, au détriment de ses habitants, répond en présentant son bilan : "le quartier Andromède est une réussite, les habitants sont fiers d'y habiter. Contrairement à ce que dit David Gerson, je n'ai pas augmenté les impôts, c'est un menteur. Et puis, si j'avais vraiment pris le melon, tous mes conseillers seraient partis avec Bernard Loumagne, or ce n'est pas le cas !" Dans la ville qui accueille le siège d'Airbus, Bernard Keller peut également se féliciter de ne présenter aucune dette. "C'est facile, Blagnac est une ville riche", juge son adversaire UMP qui promet de faire baisser la taxe foncière et la taxe d'habitation. "Une promesse irresponsable" tranche Bernard Keller.

Aeroscopia cristallise les reproches
Le musée de l'aéronautique Aeroscopia, dont les portes doivent ouvrir durant le premier trimestre 2014, est la cible de nombreuses critiques. "Personne n'est contre un musée de l'aéronautique à Blagnac explique Bernard Loumagne. Mais il y a une dérive dans le financement. Blagnac a pris à sa charge un désengagement de l'État pour plus d'un million d'euros". Pour l'ancien premier adjoint, qui avait voté le projet, "la question se posait de tout arrêter". David Gerson de son côté évoque "une dérive budgétaire astronomique. Tout ça pour remercier Airbus. Le prestige, oui, mais ce n'est pas la priorité des Blagnacais".
Des critiques qui ont le don d'énerver Bernard Keller. "Ce musée aurait du être fait il y a 20 ans déjà ! C'est facile de voter le projet et de retourner sa veste en période de campagne électorale !" Le maire rappelle que la ville autofinance tous ses projets : "j'aurai pu comprendre les reproches si Blagnac était endettée, mais là, ils sont à coté de la réalité !" Concernant la ferme Pinot (ancien centre de loisirs des enfants de Blagnac), qui jouxte le futur musée, Bernard Keller met également les choses au clair. Soupçonné par Bernard Loumagne de vouloir en faire un restaurant haut-de-gamme pour accueillir le Cercle d'Oc (dont il est le fondateur), il promet que ce sera "un lieu réceptif pour des colloques et des séminaires".
Le maire de Blagnac, qui brigue donc un 3e mandat, se prépare à encaisser, et à répondre aux coups. Malgré une campagne qui s'annonce retord, il se dit "confiant".

Sophie Arutunian
©photo DR / Rémi Benoit

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