À Toulouse, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz dénonce l'austérité de l'économie européenne

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Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001
Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001
La seconde édition du Tiger Forum, initié par TSE, se déroule cette semaine dans les locaux de l'Université Toulouse 1 Capitole. Événement marquant : la remise du prix Jean-Jacques Laffont de la ville de Toulouse à Joseph Stiglitz, professeur à l'Université Columbia de New York et prix Nobel d'économie en 2001. Chef de fil des néo-keynésiens, il condamne l'austérité, défend l'idée de relance par la demande et plaide pour une réforme des institutions.

Ce n'est pas tous les jours qu'un prix Nobel est de passage à Toulouse. La raison de la venue de Joseph Stiglitz, lauréat 2001 du Graal de la recherche économique, c'est le Tiger Forum. Organisé par Toulouse School of Economics, cet événement réunit cette semaine chercheurs de renommée mondiale et décideurs économiques autour de débats et conférences. À cette occasion, Joseph Stiglitz s'est vu remettre le prix Jean-Jacques Laffont par Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, en récompense de ses récents travaux, cosignés dans l'ouvrage Créer une société de la connaissance : une nouvelle approche de la croissance, du développement et du progrès social, écrit avec Bruce C. Greenwald. L'économiste américain y expose notamment sa vision de l'économie européenne où transparaît son inspiration keynésienne. Les récents résultats du Front National aux élections européennes, qu'il ne juge "pas surprenants", lui font dire que "la mauvaise structure de la zone euro et l'inefficacité de ses institutions ont généré un ras-le-bol général des peuples". Il lance un cri d'alarme : "les politiques d'austérité sont en train de tuer l'Europe".

La relance par la demande

Le professeur Stiglitz soutient la politique de relance, prônée par Keynes dans les périodes de faible croissance, comme actuellement en France. "Le problème majeur est le manque de demande. La question est de savoir comment stimuler cette demande." La réponse suggérée par l'ancien conseiller de Bill Clinton est de "trouver un équilibre entre emprunts et investissements". Il le martèle : "Il faut plus de dépenses publiques." Pour les financer sans creuser le déficit public, une augmentation des taxes est nécessaire. "Il faut réfléchir à quels types de taxes et quelles dépenses sont les plus positives pour l'économie. Je suis pour des impôts progressifs." Joseph Stiglitz se prononce également en faveur d'une taxe commune européenne et avait déjà, par le passé, affiché son assentiment aux taxes sur les transactions financières, taxe carbone et "taxe à 75 %" de François Hollande.

Indispensable réforme des institutions
Le professeur Stiglitz rappelle que "la zone euro n'est pas considérée comme zone monétaire optimale par les économistes". En d'autres termes, la zone euro gère mal sa monnaie commune. Le prix Nobel s'était déjà, au cours de l'année 2014, montré très critique ("l'euro a été une erreur"), et même pessimiste : "sortir de l'euro c'est douloureux, y rester c'est pire !" Cependant, il considère qu'il est encore possible de créer les conditions propices à la relance. "Le challenge des années à venir, c'est la transformation structurelle des institutions. Il faudrait un système où les institutions soient capables de répondre aux chocs." L'économiste préconise également d'investir dans le système éducatif. L'idée centrale de son nouveau livre est la promotion de l'apprentissage. À l'heure de l'abondance de l'information sur internet, il résume : "Il faut apprendre à apprendre."

Adrien Serrière
© photo Rémi Benoit

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