Didier Gardinal, le président de la CCI Midi-Pyrénées, se réjouit du départ d'Arnaud Montebourg. Interview

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Didier Gardinal
Didier Gardinal
À la suite de sa lettre ouverte à Arnaud Montenbourg, Didier Gardinal, le président de la CCI Midi-Pyrénées, devait rencontrer le ministre lundi soir pour évoquer ce qu'il appelle "la mort des CCI". La démission hier du gouvernement et le départ du ministre en a décidé autrement. Une nouvelle dont se réjouit le trésorier du réseau CCI France qui compte maintenir la pression sur le nouveau gouvernement. Interview.

À la suite de sa lettre ouverte à Arnaud Montenbourg, Didier Gardinal, le président de la CCI Midi-Pyrénées, devait rencontrer le ministre lundi soir pour évoquer ce qu'il appelle "la mort des CCI". La démission hier du gouvernement et le départ du ministre en a décidé autrement. Une nouvelle dont se réjouit le trésorier du réseau CCI France qui compte maintenir la pression sur le nouveau gouvernement. Interview.

Votre rencontre avec Arnaud Montebourg lundi soir à été annulée après la démission du gouvernement. Comment réagissez-vous ?
Je ne suis pas déçu du tout. Je suis très content qu'il soit parti. Quel que soit le ministre qui va le remplacer, je considère qu'on ne pouvait pas avoir pire. Son successeur ne peut qu'être plus compréhensif envers les chambres de commerce. En plus, avec les leçons qu'il nous a données, ce n'est pas digne de quelqu'un qui assume ses convictions. S'il n'était plus d'accord avec le gouvernement, il n'avait qu'à démissionner. Or, il a choisi une stratégie pour se faire démissionner. Sa méthode montre à quel point il est très calculateur.

Qu'avait donné la rencontre du 1er juillet entre Carole Delga et une délégation de la CCI ?
Cela a abouti aux annonces du 25 juillet qui ont confirmé les options les plus dures présentées par Montebourg : le prélèvement de 500 M€ dans nos réserves et la baisse de 36 % de nos ressources sur les années 2015, 2016, 2017. Et là, il nous met à genoux. Carole Delga, ex-secrétaire d'État chargée du Commerce sera peut-être renouvelée. Nous lui avions fait savoir que nous pouvions être une région test pour la réforme. Jusqu'ici, nous n'avons pas reçu de réponse. Elle était sous la tutelle de Montebourg. Elle ne pouvait rien dire, même si elle a le mérite d'avoir essayé d'arrondir les angles. Mais Montebourg disait : "Je veux piquer le pognon des chambres de commerces. Point barre". Il était intraitable. Il nous a plus maltraité encore que les entreprises qu'il a cassées.
Petite anecdote : Dimanche soir, on m'a fait savoir que Montebourg était très mécontent de ma lettre. J'ai répondu à la personne qui m'appelait que j'avais dit ce que je pensais avec mes tripes. Et que je serai encore membre consulaire alors que Montebourg ne serait plus ministre. Et le lendemain, le gouvernement démissionnait. C'était un peu cocasse.

Quel est l'état d'esprit du bureau CCI France qui s'est réuni ce mardi matin ?
Nous attendons la nomination de notre nouveau ministre de tutelle. Le président de CCI France, André Marcon, prendra immédiatement rendez-vous avec lui. Nous allons dénoncer officiellement les propositions de M. Montebourg. Le 18 septembre, tous les présidents de chambres de commerce se réuniront à Paris. D'ici là, nous espérons avoir eu un entretien avec le ministre ou le Premier ministre. En fonction de leurs réponses, nous déciderons d'une action plus ou moins dure. Nous ne lâcherons pas la pression sur le gouvernement.

En juin, Carole Delga a annoncé que les missions d'apprentissage, de formation et de gestion des ports et aéroports allaient être préservées. Cela ne vous a pas rassuré ?
Si nous arrêtons de subventionner l'aéroport de Castres et qu'on retire l'ensemble de notre personnel, qui va prendre le relais ? Carole Delga n'avait pas envie de dire qu'on allait fermer ces outils-là. Nous avons un tas de menaces sous le coude. Si une journée entière, nous fermons tous les établissements gérés par les chambres de commerce : les aéroports, les ports, les ponts, les parkings, les parcs d'expositions, les centres de formations pour apprenti et les écoles supérieures... Vous verrez le bazar qu'il y aura en France.

C'est une action qui pourrait avoir lieu en septembre ?
C'est une possibilité. Mais ce n'est pas une méthode de chef d'entreprise. En faisant cela, nous savons que nous allons gêner des chefs d'entreprise. D'autres actions sont envisagées, mais nous sommes capables d'en avoir de très dures. Si le choix est de supprimer les chambres, qu'ils aient le courage politique de le faire. Mais qu'ils ne mettent pas les chambres de commerce à genoux. Ce sont 7.000 collaborateurs qui risquent d'être mis sur le carreau.
Le 3 septembre, je vais réunir mes collaborateurs pour leur présenter la situation. Nous allons être obligés de licencier entre 150 et 250 personnes sur 2.500 titulaires et vacataires en Midi-Pyrénées. C'est valable pour l'Aquitaine et le Languedoc-Roussillon.

Quel compromis accepteriez vous avec votre futur ministre de tutelle ?
Nous savons qu'ils vont nous prendre une partie de nos réserves. Si le ministre nous dit : "participez en 2015 à une baisse de 10-15 % et après, envoyez-nous vos propositions sur une mutualisation et une réorganisation des chambres", là ça va. On a 1,25 Md€, il nous faut 1 Md€ au minimum pour faire fonctionner les institutions aux services des entreprises.
Nous avons proposé à Montebourg de supprimer 50 chambres. En Midi-Pyrénées, la chambre régionale et celle de Toulouse vont fusionner. On est déjà dans cette dynamique. Mais cela ne se fait pas en deux jours. Il faut du temps. Pénaliser le fonctionnement des chambres, c'est se tirer une balle dans le pied. Je ne pourrai même pas payer les primes de licenciement si je n'ai plus de réserves de fonctionnement.

Propos recueillis par Gael Cérez
© photo Rémi Benoit

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