"Les régions n’ont pas à dicter leur loi aux métropoles." L’opération lobbying de Jean-Luc Moudenc auprès des parlementaires

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Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole et président de l'Association des maires de grandes villes de France
Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole et président de l'Association des maires de grandes villes de France (Crédits : Rémi Benoit)
Le projet de loi NOTRe, qui doit notamment répartir les compétences entre les différentes collectivités territoriales, a été adopté le 10 mars en première lecture par l’Assemblée nationale. Au cœur des enjeux, la prérogative du développement économique, que régions et métropoles se disputent. À la recherche d’un "équilibre", Jean-Luc Moudenc, en sa qualité de président de l’Association des maires de grandes villes de France, mène depuis plusieurs mois une opération de lobbying active auprès des parlementaires. Interview.

Y a-t-il un risque de voir les métropoles perdre du pouvoir ?
Les régions n'ont pas à dicter leur loi aux métropoles. Il y a un risque, on le voit avec les discussions parlementaires. La mouture initiale de la loi NOTRe proposait un équilibre. Je regrette que le Sénat ait rompu cet équilibre en organisant la suprématie des grandes régions par rapport aux métropoles. Je souhaite que cette erreur soit corrigée par l'Assemblée nationale. S'il y a un équilibre, alors la réforme territoriale sera une réussite. Si, au contraire, il y a un déséquilibre, il y a un risque de voir s'instaurer une guerre entre la région et les métropoles. Et, à la fin, c'est le territoire qui y perdra.

Comment concilier l'émergence de la nouvelle région avec la montée en puissance des métropoles ?
En anticipant. C'est la ligne de conduite que nous avons eue, alors même que la loi n'était pas votée. Il a fallu que les métropoles dialoguent, alors qu'elles n'en avaient pas l'habitude. Nous avons souhaité instaurer une coopération, avec un discours commun. Ainsi, nous montrons que nous travaillons ensemble et que nous souhaitons travailler avec la nouvelle région dans un rapport équilibré. Les métropoles sont une chance pour la région.

Comment pourront s'articuler les compétences entre les deux collectivités, notamment en matière de développement économique ?
Le développement économique, que ce soit l'accompagnement des filières, le soutien à la création et l'aide aux entreprises, c'est la région qui doit en avoir le leadership. Tout le monde est d'accord là-dessus. Mais les métropoles ont la politique foncière, l'accompagnement de l'espace, des zones d'activités, l'accueil des pôles de compétitivité. Nos missions sont donc complémentaires. Si les futurs schémas économique et d'aménagement du territoire sont écrits sous la dictée des seules régions, il y aura conflit. Il faut garantir, sur ce point, une égalité dans le rôle des deux collectivités.

Pour mener ce combat de "l'équilibre", en tant que président de l'Association des maires de grandes villes de France, vous menez une action de lobbying au Sénat et à l'Assemblée nationale...
En effet, depuis plusieurs mois, nous avons constitué une force parlementaire réunissant des élus de territoires urbains, de toutes les tendances politiques. Il s'agit d'un noyau dur d'une vingtaine de députés et d'une vingtaine de sénateurs. Ils veillent à défendre notre point de vue, à la fois en commissions et en séance. Nous avons notamment à nos côtés Gérard Collomb (maire PS de Lyon et président de la métropole lyonnaise, NDLR), Johanna Rolland (maire PS de Nantes et présidente de Nantes Métropole, NDLR), Catherine Vautrin (présidente UMP de Reims Métropole, NDLR) et Louis Nègre (1er vice-président UMP de la métropole Nice Côte d'Azur, NDLR). Face à nous, d'autres lobbys sont à l'œuvre. Nous savons qu'Alain Rousset (président PS du conseil régional d'Aquitaine et président de l'Association des régions de France, NDLR), par exemple, est très actif pour faire prévaloir les régions. Mais je suis confiant car, sans équilibre, la réforme ne réussira pas.

Quelle position revendiquez-vous vis-à-vis du département où est implantée votre métropole ?
La position du pragmatisme. J'espère que le législateur donnera la possibilité d'instaurer un dialogue libre entre la métropole et le département. Je ne suis pas favorable à un processus de dépouillement du département, qui conduirait à un affrontement frontal. Si on organise la guerre, cela ne génèrera que des complications. Je ne suis pas partisan que soit appliqué de manière automatique et systématique le système lyonnais. Je plaide pour que le transfert de compétences se fasse au cas par cas. Sur l'action sociale, par exemple, nous ne voyons pas l'intérêt d'un transfert de la compétence du département vers la métropole. En revanche, en ce qui concerne la voirie, un transfert serait tout à fait rationnel.

Toulouse et Montpellier sont-elles rivales ?
Non. D'ailleurs, historiquement, les deux villes n'ont jamais été en rivalité. Et nous ferons en sorte qu'il n'y en ait pas. Il n'y a pas de raison qu'il y ait la guerre.

Quelles synergies pourraient voir le jour entre les deux métropoles ? Sur quels grands sujets pourrez-vous travailler ensemble ?
Les sujets sont nombreux. L'université et la recherche, par exemple. Nous sommes deux terres de savoir. La LGV est également un dossier qui nous réunit. Nous devons nous battre ensemble pour que soient réalisés les maillons manquants, Toulouse-Narbonne et Montpellier-Espagne. Et il y a bien d'autres sujets, comme le tourisme, le développement économique, la santé, la culture...

Les couleurs politiques différentes des deux métropoles pourraient-elles constituer un frein à leur collaboration ?
D'emblée, nous avons démontré que notre dialogue dépassait les clivages politiques. Les Français sont fatigués des guerres politiques permanentes. Ça les désespère et les pousse vers l'abstention ou vers des votes extrémistes ou populistes. Lorsque deux hommes politiques de deux bords différents savent mettre la politique au vestiaire pour construire ensemble dans l'intérêt général, ça fait du bien à la démocratie. C'est un message positif.

Toulouse métropole a nommé un "Monsieur Montpellier" et la métropole montpelliéraine a fait de même. Comment se concrétisera leur collaboration ?
Ils vont coécrire une feuille de route stratégique commune, afin que nous soyons en capacité, début 2016, d'aller voir la nouvelle présidence de région et la nouvelle préfecture de région et de parler le même langage. Nous entamons un travail de fond. Nous passons d'une phase de symbole politique à une phase plus opérationnelle.

En impulsant dès l'été 2014 cette collaboration entre les deux métropoles, vous souhaitiez prendre la région de vitesse ?
Non. Nous souhaitons être des partenaires positifs de la grande région, en parlant d'une même voix. En évitant la cacophonie, nous éviterons que la nouvelle région ait à départager deux belligérants. Donc, je dirais qu'au contraire, nous lui facilitons la tâche. Nous faisons en sorte qu'elle puisse s'appuyer sur ses deux métropoles.

Peut-on imaginer un futur pôle métropolitain Toulouse-Montpellier ?
Nous y réfléchissons. Montpellier est en train de se structurer dans ce sens. Nous-mêmes, nous développons un "dialogue métropolitain", susceptible, nous le verrons, de devenir un pôle métropolitain. Se posera ensuite la question de faire se rencontrer les deux démarches et, pourquoi pas, de les faire converger en une seule, le pôle métropolitain Toulouse-Montpellier. Je n'exclus rien, mais tout se fera en partenariat avec l'ensemble des agglomérations concernées.

Quelle capitale préconisez-vous pour la grande région ?
Je préconiserais la capitale qui a la préférence de mon cœur, bien évidemment. Mais je n'en parle pas trop car, d'une part, ce sera à l'État de décider et, d'autre part, nous avons convenu que cette question ne serait pas centrale. Quelle que soit la capitale, de toute façon, la coopération sera organisée entre nos deux métropoles. Nous ne faisons de cette question ni un préalable, ni un absolu.

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Commentaires
a écrit le 13/03/2015 à 19:22 :
Un pôle métropolitain Toulouse-Montpellier ? Quelle idée ridicule ! Sans jouer dans le registre de la compétition entre les deux villes, à un moment donné, il faut arrêter de tout fusionner, sinon plus rien n'a de sens. Il y a 2 pôles métropolitains dans la nouvelle région, on peut les faire travailler la main dans la main sans forcément les faire fusionner.

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